Dans la saga de la constitution des listes pour les élections européennes de mai 2014, les dernières annonces concernent le Grand-Est. C’est Nadine Morano qui devrait mener la liste UMP et Edourd Martin la liste PS. On assiste à nouveau à la mise en avant d’hommes et femmes politiques qui ne se s’intéressent que de loin à la politique européenne, au détriment d’eurodéputés sortants compétents et de militants motivés. Cette politique des partis est absolument inadmissible et profondément nocive au débat.

Les eurodéputés sortant, grands perdants des calculs électoraux

Ce sont les eurodéputés sortants du PS qui ont tiré la sonnette d‘alarme. Françoise Castex, tout d’abord, évoquait dans une tribune le travail perdu. Impliquée en effet dans de nombreux dossiers importants, notamment concernant la protection des données, elle a été évincée des listes du PS. Elle était pourtant en passe de devenir la rapporteure de la directive relative à la propriété intellectuelle. Ce fut ensuite Liêm Hang Ngoc, très impliqué dans les questions économiques et budgétaires, qui a dénoncé un « mépris » du travail des sortants.

Mais cela ne s’arrête pas là, puisqu’avec la mise en avant d’Edouard Martin, c’est au tour de Catherine Trautmann d’être reléguée en deuxième place de la liste Grand-Est. Joseph Daul, pourtant président d’un groupe de droite au Parlement européen (PPE), a déclaré : Ils sont fous. Ils n’ont rien compris. Catherine Trautmann mérite mieux que ce que le PS lui réserve.

Ces exemples concernent surtout le parti socialiste. C’est en effet le seul à avoir eu le mérite de proposer des listes suffisamment rapidement pour engager au plus vite un débat constructif. Mais le même scénario s’annonce à l’UMP. Nadine Morano souhaite se présenter comme tête de liste dans la région Grand-Est et Renaud Muselier dans le Sud-Est. On voit mal quelle place il restera alors aux eurodéputés sortants ayant fourni du bon travail au cours des cinq dernières années. Il est triste de constater que le seul eurodéputé sortant auquel il est accordé la confiance du parti est Brice Hortefeux. Beaucoup plus accaparé par ses fonctions de vice-président de l’UMP, il ne brille pas par son travail acharné au Parlement européen…

La victoire des considérations politiciennes franco-françaises

La composition des listes montre bien une victoire des considérations politiciennes françaises sur la défense de l’intérêt général européen. Depuis le traité de Lisbonne, le Parlement européen a particulièrement été doté d’un pouvoir plus grand. Prenons quelques exemples dans l’actualité de ces derniers mois. Entre le vote sur la technique du chalutage profond, l’accord de libre-échange avec les États-Unis d’Amérique sur fond de scandale de la NSA, la négociation du traité d’ACTA, sans parler du budget européen et de la crise qui frappe l’Europe, les sujets sensibles traités par l’Union européenne – et donc soumis aux votes du Parlement européen – sont légions.

Et pourtant, les partis français continuent de voir les élections européennes comme un faire-valoir pour des personnalités politiques à la mode ou pire, comme une retraite dorée pour les hommes et femmes politiques en mal de mandat national. Ce n’est que trop rarement que les futurs eurodéputés sont choisis pour leur capacité, leur attrait pour les questions européennes, voire tout simplement leur volonté d’aller siéger à Strasbourg. Il s’agit malheureusement bien trop souvent d’avoir un mandat rémunéré, en attendant la suite.

Les eurodéputés les plus compétents sont donc assez logiquement les perdants de ce jeu. Alors qu’ils travaillent en commission, ils ne peuvent pas passer sur les ondes françaises pour attaquer ou défendre telle ou telle position du gouvernement. Ils n’ont pas non plus le temps de travailler leur réseau d’influence au sein de leur parti pour se placer au mieux. Ils n’ont pas le temps car ils accomplissent avec détermination leur travail, respectant ainsi le mandat qui leur a été confié. Il est bien triste que les partis politiques préfèrent mettre en valeur des agitateurs médiatiques au détriment de personnes plus consciencieuses.

Des compositions de listes dangereuses pour le débat à venir

Brader ainsi les élections européennes est extrêmement périlleux. Comme nous l’avons dit, le Parlement européen a acquis un pouvoir de plus en plus grand. En ne proposant pas des gens compétents et impliqués pour y siéger, les partis politiques français font une erreur stratégique magistrale. Les extrêmes auront ainsi vite fait de s’engouffrer dans la brèche ainsi formée…

Le débat ne s’élèvera pas avec des candidats « parachutés ». Une fois de plus, on entendra parler en permanence de politique française alors que les questions ne sont pas là. On entendra Nadine Morano critiquer vertement le gouvernement et Vincent Peillon en défendre l’action. Ce n’est absolument là pas le débat qui doit avoir lieu pour des élections européennes.

Et les extrêmes l’ont bien compris, le FN notamment, en se rapprochant de ses homologues européens, prépare une campagne européenne à grands coups d’arguments chocs sur les travailleurs déplacés, pour ne citer que cet exemple. Face à eux, des personnalités ne s’étant jamais – ou rarement – intéressées à la politique européenne seront impuissantes, d’autant que les citoyens ne sont pas dupes. Ils comprennent les calculs politiques à l’œuvre et la vue de toute cette « cuisine » ne fera qu’accentuer leur désintérêt, voire leur dégoût, de la politique et, par la nature de ces élections, de l’Europe malheureusement.

S’il parait déjà trop tard pour que les partis politiques fassent marche arrière, souhaitons qu’ils prennent conscience du danger de la situation qu’ils ont créée, et, qu’à tout le moins, ils préparent leurs candidats et organisent un débat réellement européen.