La Corse indépendantiste, loin d’une nouvelle crise européenne

, par Clément Di Roma

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La Corse indépendantiste, loin d'une nouvelle crise européenne
Les drapeaux corse et français, flottant l’un par-dessus l’autre. Une hiérarchie imagée. CC - Cyril Caton

Plusieurs semaines après la crise catalane, les corses rêvent encore d’autonomie. La coalition nationaliste a largement remporté les élections territoriales du 10 décembre, sans pour autant revendiquer l’indépendance. Les pulsions indépendantistes de l’île refont surface, tandis qu’une réorganisation territoriale se prépare.

Les médias européens se sont tournés vers la Corse avec une attention particulière en ce mois de décembre. [1] Deux ans après le triomphe des indépendantistes et des autonomistes aux élections locales, ils sont revenus victorieux au second tour des territoriales le 10 décembre dernier, en totalisant 56,5 % des suffrages.

Opposés à l’époque, les deux camps nationalistes ont récemment formé un front commun avec Pè a Corsica - ou Pour la Corse - afin de remporter les soixante-trois sièges des représentants territoriaux. Leurs modestes aspirations sont loin de celles des Catalans en octobre dernier. L’île y reste cependant sensible et a propulsé la coalition de Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, respectivement leaders indépendantistes et autonomistes, à la tête de la future collectivité territoriale.

À la suite du référendum et de la déclaration d’indépendance du Parlement catalan, l’Europe craint les inspirations nationalistes. Pourtant, les revendications de Simeoni et Talamoni sont bien modestes. À l’image d’une Corse qui ne dispose d’aucun moyen de pression sur le gouvernement français, les membres de Pè a Corsica réclament seulement une autonomie relative et une reconnaissance de la culture corse. Bruxelles n’a donc pas à s’inquiéter d’une nouvelle crise au Sud.

La Corse unique

Au-delà de cette victoire, les nouveaux élus devront préparer la prochaine réorganisation territoriale, engagée par la loi NOTRe - sur la Nouvelle Organisation Territoriale de la République - du 7 août 2015.

Deux départements et une collectivité territoriale fusionneront sur l’île au 1er janvier 2018. [2] L’objectif est de former une nouvelle CTU, ou Collectivité Territoriale Unique, qui rassemblera la Corse-du-Sud et la Haute-Corse. Cette future instance marquera un nouveau changement de statut pour les corses, après quatre réorganisations de leur territoire depuis 1982. Les élus seront à la tête d’une collectivité unique, avec une longue liste d’attributions, parmi lesquelles on retrouve l’aménagement du territoire et des routes, le développement économique ainsi que l’assistance sociale.

À la suite de la loi NOTRe, à l’origine la nouvelle organisation des territoires français, trois ordonnances du 7 mars attribuent 1,2 milliard d’euros à cette future CTU. [3] Les soixante-trois élus vont cependant se retrouver face à une dette écrasante de 600 millions d’euros. Avec un mandat court de trois ans et demi, le développement de la collectivité risque de laisser peu de temps aux élus pour faire valoir des convictions indépendantistes.

Une île sans levier

La Corse n’est pas prête à déclencher une nouvelle crise européenne. Avec ses 330 000 habitants et à peine 0,5% du PIB national, la situation de l’île est bien différente de celle de la Catalogne. Les indépendantistes corses sont moins gourmands. Ils visent modestement un statut d’autonomie relative dans les trois années à venir, qui viendrait s’inscrire dans un long processus d’autodétermination.

Jean-Guy Talamoni, chef des indépendantistes et président de l’Assemblée corse, voit toujours la France comme un pays “étranger, bien qu’ami” [4] et espère que Paris entendra les résultats du 10 décembre. Sans levier politique ou économique, à la différence des autonomistes catalans, il revendique une Corse “nation”, sans pour autant forcer une indépendance immédiate. “Si les Corses veulent [l’indépendance, ndlr] dans dix ans ou dans quinze ans, personne ne pourra s’y opposer", déclarait-il, prudent, au lendemain du premier tour. [5]

Après les résultats du 10 décembre, il menaçait de faire “le tour des capitales européennes” en cas de “déni de démocratie” de la part de l’État français. À la suite de ses déclarations, le Premier ministre Édouard Philippe a tenu à prouver son attention aux résultats des territoriales. Deux jours après l’écrasante victoire de Pè a Corsica, une “Madame Corse” est désignée à l’Elysée. L’heureuse élue est Jacqueline Gourault, déjà ministre auprès de Gérard Collomb, au ministère de l’Intérieur. Elle devient l’interlocutrice désignée pour le dossier corse et pour la délicate mission d’apaiser les légères tensions entre l’État et les représentants de l’île.

Un scrutin qui ne passionne pas

“Dans un mois, la Corse aura recouvré son unité”, pouvait-on lire dans Corse-Matin, avant le premier tour des élections. Le quotidien d’Ajaccio - la capitale corse - appelait clairement au vote. L’encouragement n’a pas été entendu. Parmi les 234 000 électeurs corses, seuls 52% se sont déplacés au premier tour. Le journal, qui voit déjà la Corse “indivisible”, assure pourtant que c’est “un mouvement d’avant-garde qui s’opère [...] dans une Europe qui se revendique encore des régions, l’avènement d’une collectivité unique de Corse fait sens”.

Bien qu’une collectivité unique et une autonomie renforcée soient les bienvenues pour l’île, l’indépendance reste hors de portée. Sans moyen de pression et avec seulement une moitié d’électeurs mobilisés, l’identité corse n’est plus si forte. Emmanuel Macron fait son possible pour engager le dialogue et ainsi éviter une crise institutionnelle similaire à celle rencontrée par l’Espagne en octobre. Il semblerait que les pulsions nationalistes catalanes n’aient pas trouvé d’écho dans l’Union européenne.

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