La cravate, une histoire européenne

, par Marko Sankovic

La cravate, une histoire européenne

De nos jours, la cravate est un attribut vestimentaire incontournable de la mode masculine. Mais qui peut se targuer d’être au fait de son histoire longue de plusieurs siècles, pour le moins passionnante et fondamentalement européenne ?

Une origine croate

L’histoire de la cravate commença avec la Guerre de Trente ans ayant déchiré l’Europe entre 1618 et 1648. La France, solidaire du camp protestant dans le but de contrer la puissance de la maison Habsbourg du Saint-Empire germanique, avait besoin de troupes d’élite pour faire pencher la balance dans un conflit terrible mobilisant une vingtaine de belligérants et ayant entrainé une demi-douzaine de millions de morts. Alors même que la Croatie s’était mobilisée en faveur des Habsbourg, la France fit appel en 1635 aux mercenaires croates, forts de leur réputation de guerriers d’élite en Europe.

À l’époque, le roi de France était Louis XIII. À l’issue de plusieurs batailles où ils s’étaient illustrés par leur bravoure, les plus vaillants parmi les mercenaires croates furent introduits auprès du roi afin de recevoir un hommage. C’est alors, que le roi, toujours soucieux d’être au fait des derniers raffinements de la mode, fut intrigué par les morceaux de tissu nouées au cou de ces guerriers dont il estima qu’ils étaient de la plus haute élégance. Ainsi, la cravate fut-elle introduite à la Cour du roi de France.

Mais pourquoi ce morceau de tissu fut-il appelé cravate ? Nous ne sommes pas sans ignorer la difficulté qu’éprouvent les francophones à prononcer le son « h ». Or, c’est un son très courant dans la langue croate, présent par exemple dans le nom du pays. En effet, Croatie se dit « Hrvatska » en croate, tandis que le terme équivalent à Croate est « Hrvat ». Incapables de prononcer correctement le terme « Hrvat », les gentilshommes de la Cour se contentèrent de dire « Krvat », terme qui aboutit par la suite à la dénomination « cravate ».

Aujourd’hui, la cravate est devenue un symbole essentiel de la culture croate. Ainsi, après avoir noué en 2003 la plus grande cravate du monde (808 mètres de long et 25 mètres de large) autour de l’arène romaine de la ville de Pula, les Croates instaurèrent en 2008 une journée nationale de la cravate. Celle-ci est célébrée chaque 18 octobre.

Une mise au point française

La cravate traversa presque quatre siècles pour se présenter sous sa forme actuelle, elle doit beaucoup à la France qui joua un rôle essentiel dans sa mise au point. Initiée sous le règne de Louis XIII, la mode de la cravate fut reprise sous Louis XIV pour ne jamais quitter les hautes sphères de la politique, de la diplomatie et de l’armée française. De même, la forme de la cravate, qui était à l’origine un foulard noué autour du cou à la façon d’un fichu, fut innovée en 1692 lorsque les soldats français, attaqués par surprise à Steinkerque par une escouade anglaise, durent nouer à la hâte leur foulard. Ils plièrent le tissu de manière à former une étroite bande, au noeud simple et dont les extrémités étaient plongés dans la vaste.

Après avoir été utilisée sous la Révolution comme un signe d’appartenance politique, selon la couleur choisie, la cravate se diffusa au XIXème siècle, sous l’influence du mouvement dandy. Balzac pouvait alors écrire que la cravate était « encore une partie essentielle et obligée du vêtement qui, dans ses formes variées, apprend à connaître celui qui la porte ». C’est à ce moment-là que la cravate prit une forme proche de celle qui nous est si familière. La version finale fut conçue par l’Américain Jesse Langsdorf en 1924.

Le symbole de l’amitié franco-croate

À la suite de la bataille de Rocroi de 1643, les mercenaires croates intégrèrent le nouveau régiment de cavalerie Royal-Cravate portant la devise latine « Nuc pluribus impar », traduisible par dire « À nul autre pareil ». Actif sous Louis XIV et Louis XV, le régiment fut rebaptisé 10ème de cavalerie sous la Révolution, où il participa à la bataille de Valmy ainsi qu’à celle de Fleurus.

Sous Napoléon, le régiment devient 10ème de cuirassiers. Il prit part aux batailles d’Austerliz, d’Iéna, d’Eylau, de Wagram, ainsi qu’à la campagne de Russie. Le régiment de cuirassiers étaient alors rejoint par les régiments croates recrutés dans les Provinces illyriennes, territoires conquis par l’Empire en 1806 et correspondant en partie à la Croatie actuelle. Les hauts faits d’armes des régiments croates sont immortalisés par une plaque dans la Cour d’Honneur de l’hôtel des Invalides. En 1815, le 10ème régiment de cuirassiers fut reversé dans le 1er régiment nouveau, qui participa à la bataille d’Ypres en 1914, avant d’être intégré à la 4ème division cuirassée du général de Gaulle en 1940. Le 10ème de cuirassiers est aujourd’hui un régiment de réserve.

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