La puissance intemporelle des innovations féminines

Deux portraits inspirants

, par Laura Renucci

La puissance intemporelle des innovations féminines

La journée internationale des droits des femmes est la marque d’une reconnaissance et d’une célébration de la femme, c’est-à-dire de toutes les femmes. Elle va de pair avec l’avènement d’une lutte enflammée qui ne s’est jamais réellement apaisée. En effet, depuis des siècles les femmes ont fait l’objet, à des degrés divers, d’un traitement différencié des hommes, et ce indépendamment de leur origine sociale ou géographique. Cette situation d’injustice a été contrecarrée par des femmes exceptionnelles qui ont décidé d’agir en vertu des valeurs fondamentales inhérentes à tous les êtres humains à savoir : la dignité, le respect et l’égalité. Un article de Courrier d’Europe dans le cadre du Grand format européen de mars 2021.

Le courage, la persévérance et le désir d’émancipation comme fondements de l’identité féminine

Pour mener à bien leur projet de défendre l’identité qui les unit, les femmes ont bravé les fondements inégalitaires des sociétés dans lesquelles elles ont vécu et agit afin de bâtir un monde plus juste dans lequel chacune d’entre elles pouvait être mise en lumière pour exprimer librement ses revendications, opinions mais aussi ses accords et désaccords intrinsèquement liés à la vie dans la cité c’est-à-dire le cœur de la société.

Le cheminement de l’émancipation des femmes n’aurait été possible si les femmes n’avaient pas décidé de s’exprimer, de se faire entendre et de s’afficher en bonne et due forme aux yeux du monde de leur époque.

En cette semaine du 8 mars, cet article se propose de remettre en lumière le parcours de deux figures féminines qui ont joué un rôle percutant dans le domaine de la santé : Madame du Coudray et Florence Nightingale. C’est l’occasion de souligner l’affirmation de la femme et son désir d’émancipation dont les actions s’étendent au-delà des barrières du temps et de l’espace. La mise en lumière d’un petit bout de l’histoire de ces femmes est également un moyen de souligner leur rôle indéniable vers les chemins bien qu’escarpés, d’un monde plus juste et libre par et pour les femmes.

Angélique Le Boursier du Coudray : une vie consacrée à l’apprentissage et à l’éducation

Angélique Le Boursier du Coudray (1712-1794) était une sage-femme française devenue célèbre pour avoir enseigné la pratique des accouchements dans tout le Royaume de France avec les encouragements du roi Louis XV. La société française était imprégnée par une vision séparatiste et sexuée des rôles qui s’étendait à de nombreux domaines, en particulier à celui de la médecine. Autrement dit, les hommes se destinaient à des carrières de médecin alors que les femmes supposément dépourvues d’un savoir scientifique s’attelaient à des activités qui se prêtaient à un savoir-faire plutôt manuel plutôt qu’intellectuel. Cependant, quelques sages-femmes eurent la chance d’être formées à l’Hôtel-Dieu de Paris qui dispensait un apprentissage spécialisé.

C’est ainsi que Madame du Coudray obtint un brevet lui permettant de pratiquer en tant que « sage femme errante ». Sillonnant les quatre coins de la France, même les plus reculés, elle contribua à diffuser un savoir précieux à la population féminine notamment par son geste révolutionnaire qui consista à la « mise en place d’une pédagogie obstétricale fondée sur une éducation au geste et au toucher. » [1]. Pendant vingt-cinq ans, elle transmit l’art de l’accouchement à plus de cinq mille femmes. La longévité de son parcours ainsi que la diffusion de l’éducation à une large échelle, souligne le caractère extraordinaire de son destin et fait d’elle un pilier du rayonnement de la figure féminine et ce depuis le dix-huitième siècle.

Florence Nightingale : une femme à l’origine de l’invention de l’infirmerie moderne

Florence Nightingale (1820-1910) était une infirmière britannique « trop méconnue, elle est pourtant la pionnière des soins infirmiers ». Son parcours débute à l’âge de 24 ans, enivrée de la parole de Dieu qui lui aurait insufflé de débuter sa mission, elle décide d’accomplir une forme de dessein divin : « le but pour lequel je suis venue au monde » [2] c’est-à-dire de consacrer sa vie à s’occuper et promulguer des soins aux autres. Non-conformiste aux codes de vie de la société victorienne et refusant de se marier conformément aux souhaits de ses parents, elle partit faire ses études à Düsseldorf avant d’embarquer pour une traversée difficile dans le contexte de la Guerre de Crimée. Son incroyable implication et dévotion durant ces temps difficiles feront sa renommée et façonneront son image de « Dame à la lampe ». Ses connaissances de la pratique de soin la conduisirent à exercer à Londres, à Paris, à Istanbul où elle fut au service des malades et des blessés de guerre.

Elle rédigea d’innombrables articles et rapports pour apporter des changements structurels afin que les besoins d’hygiène, d’alimentation et de soutien moral des soldats puissent être encadrés pour assurer leur confort. Des lieux de soin furent érigés : « Nous avons mis en place une salle de lecture pour les convalescents. » [3]. La création de son école d’infirmière couronnée par la publication de Notes on Nursing sont considérés comme les évènements clés conduisant à la naissance du métier d’infirmière. Le 12 mai, date d’anniversaire Florence Nightingale est devenue un événement annuel et mondial pendant lequel est célébrée la Journée internationale des infirmières.

Cet article nous a permis de revenir sur le parcours de deux femmes qui ont laissé une empreinte indélébile et intemporelle dans l’Histoire des femmes. En révolutionnant les codes de leur époque qui décrédibilisaient la présence des femmes au sein de la société, elles ont su déjouer les pronostics pour s’affirmer admirablement dans les domaines de la santé et de l’éducation. Cette (re)découverte souligne de manière relativement philosophique, le pouvoir que les femmes ont à réaliser leurs potentialités et à les actualiser en tout temps et en tous lieux.

Notes

[1Julie Le Grac, Fabrice Virgili, L’Europe des femmes, p. 113.

[2Idem, p. 88

[3Lettre de Florence Nightingale à sa famille, 5 mail 1855

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