La République d’Užupis, là où les arts s’épanouissent

, par Théo Boucart

La République d'Užupis, là où les arts s'épanouissent
Ancienne maison à la façade décorée dans le quartier d’Užupis, dans le centre de Vilnius, la capitale de la Lituanie. CC - Théo Boucart.

Petite escapade dans l’un des endroits les plus intrigants d’Europe de l’Est : Užupis, minuscule quartier au cœur de Vilnius, la capitale lituanienne et lieu de développement d’un art de vivre artistique et culturel assez unique.

Retour en arrière : 25 mai 2017. Je suis assis dans le Burger King de l’Alexanderplatz, à Berlin. Il est environ 20h et mon avion pour Vilnius doit décoller de l’aéroport Schönefeld à 7h. Autrement dit, j’ai énormément de temps à tuer. Je feuillette mon guide « Pays Baltes » au chapitre « Vilnius ». C’est alors qu’une chose insolite attire mon attention : un paragraphe m’apprenant l’existence de la « République d’Užupis », un quartier autoproclamé indépendant, refuge des artistes bohêmes. Tiens donc ! Vilnius n’est donc pas qu’un sanctuaire d’art baroque ou d’architecture soviétique ? Užupis sera donc l’un des premiers endroits à visiter une fois arrivé à Vilnius. Je foule le sol de cette « République » le 26 mai en fin d’après-midi. Le temps est radieux, la température agréablement douce. C’est un moment idéal pour visiter ce lieu. Užupis signifie en lituanien « de l’autre côté de la rivière ». La rivière en question s’avère être la Vilna, un petit cours d’eau se jetant dans la Néris, la rivière principale de Vilnius. En franchissant le pont fluvial, un panneau accueille le visiteur « Užupio - Res Publika », signalisation de Bienvenue dans le nouvel État. Une traduction en russe, yiddish, biélorusse et polonais du texte lituanien nous rappelle la richesse culturelle passée et actuelle de la « Jérusalem du Nord ».

Une République d’artistes fondée en 1997 sur les ruines de l’occupation soviétique

Le quartier autoproclamé indépendant d’Užupis ne fait que 60 hectares, ce qui en ferait le deuxième État le plus petit du monde (après la Cité du Vatican). Les 7000 âmes ayant la chance de vivre dans un endroit si pittoresque se concentrent le long d’une rue principale, l’Užupio gatvė (dont le prolongement vers les hauteurs boisées de Vilnius se nomme Krivių gatvė). C’est donc un quartier tout en longueur, légèrement en pente. La plupart des maisons n’étaient que bâtiments et granges délabrées au temps de l’URSS. Après la disparition de celle-ci en 1991, le quartier a vécu une renaissance étonnante : attirés par l’endroit, de nombreux artistes ont fait de celui-ci leur lieu de résidence et le 1er Avril 1997, la République d’Užupis est proclamée. En 2002, une statue d’ange a été érigée sur la place principale, symbolisant la renaissance d’Užupis.

Qui dit République, dit Constitution. Užupis, dans sa volonté universaliste, a fait traduire sa Constitution en une vingtaine de langues (en mai 2017, Užupis fêtait sa traduction en Hindi). L’ensemble des versions de ce texte est visible sur un mur de la Paupio gatvė. L’article premier, très poétique, se présente comme suit : « l’Homme a le droit de vivre près de la petite rivière Vilnalé et la Vilnalé a le droit de couler près de l’Homme » une fable écologique à elle toute seule… L’ensemble de la Constitution se veut très simple et touchant (l’article 10 stipule : « l’Homme a le droit d’aimer le chat et de le protéger ») voire loufoque (article 12 : « le chien a le droit d’être chien »). Užupis est donc un endroit où la douceur de vivre et la sensibilité à la nature et à l’art doivent l’emporter sur le tumulte d’une ville moderne.

Un lieu où chaque recoin recèle de curiosités

Malgré sa petite superficie, Užupis regorge de recoins atypiques : un minuscule lieu de recueillement bouddhiste entourés de Loungta de prières au bord de la rivière ; un porche donnant accès à une cour dont les murs sont recouverts de tableaux colorés ; une petite bibliothèque à l’intérieur de laquelle l’on peut trouver toutes sortes de livres en lituanien, biélorusse, yiddish ; une petite église catholique polonaise avec des livres de prières en biélorusse… Užupis est décidément riche d’art et de culture, un lieu de mémoire et de spiritualité qui laisse malgré tout se développer cafés et magasins modernes. Durant tout mon séjour à Vilnius (cinq jours), je visite Užupis tous les jours, par beau temps comme par temps pluvieux. Il y a toujours de nouveaux détails à remarquer. Un soir, je m’aventure jusqu’à un ancien cimetière juif, le senosios žydų kapinės, à l’extrémité de la Krivių gatvė, bien au-delà du centre d’Užupis. Seules quelques stèles aux inscriptions en yiddish témoignent du passé juif du quartier et de Vilnius. Les valeurs d’Užupis doivent être d’autant plus revendiquées contre les horreurs absolues de la Shoah.

La République d’Užupis est l’une des nombreuses curiosités de la capitale lituanienne, une ville qui, avec des églises baroques, son centre-ville aux couleurs pastels, son palais grand-ducal et ses nombreux espaces verts, mérite absolument le détour.

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