Les délicates négociations de paix sur la Syrie ont repris ce mercredi 13 avril à Genève avec pour objectif la mise en place d’une transition politique mettant un terme à plus de cinq ans de conflit. La seule issue de ce conflit sera politique. Il faut poursuivre le processus de paix, entamé par l’ONU et rebâtir des institutions solides, afin que la Syrie puisse devenir un Etat fédéral et démocratique. L’Union européenne doit retrouver l’initiative dans ce dossier.

La cité antique de Palmyre a été reprise par les forces du régime syrien. Dix jours après la perte de Palmyre, Daech a également perdu le contrôle d’Al Raï, une ville stratégique située à la frontière entre la Turquie et le Syrie. Si Daech ne cesse de reculer sur tous les fronts en Syrie, la prise de villes importantes, comme Raqqa, Deir Ezzor ou encore Mossoul, s’annonce difficile. L’armée syrienne reste très faible, et le peuple syrien est toujours tenu en otage.

L’intervention russe : un choix intenable sur la durée

Fin mars, avec l’aide de la Russie, l’armée syrienne de Bachar al-Assad reprenait la ville de Palmyre, aux mains de Daech depuis mai 2015. Mais cette victoire reste avant tout symbolique, et la guerre est loin d’être achevée. La Russie a fait le choix temporaire d’une intervention militaire en Syrie. Un choix intenable sur la durée, dont les autorités russes ont officialisé l’achèvement. Le président russe, Vladimir Poutine, a en effet annoncé, le 14 mars, qu’il avait ordonné le début du retrait de « la majeure partie » des forces russes présentes en Syrie.

Tout au long de ce conflit, les Russes n’ont cessé d’osciller entre aventure et raison. Après un début offensif, digne d’une stratégie à la George W. Bush, les Russes ont finalement adopté une attitude plus conciliante avec les alliés occidentaux et plus posée avec les enjeux de cette région du monde. En l’état actuel, Daech perd du terrain, et tente de reporter l’attention ailleurs, en commettant des attentats majeurs, notamment sur le sol européen. L’armée syrienne reste extrêmement faible, au service d’un régime à l’agonie, qui fait fuir des millions de civils syriens principalement dans les pays voisins.

Barack Obama ou l’absence de vision

Alors que le mandat de Barack Obama s’achève aux Etats-Unis, il apparait comme évident que sa politique étrangère restera, la part la plus controversée de son héritage et de sa doctrine. Le président américain n’a porté aucune vision, réagissant de manière improvisée aux différents événements qui ont secoué le Moyen-Orient. Une autre voie est nécessaire pour le monde. De plus en plus apparaît pour l’humanité, cette nécessité de former un ensemble solide, au-delà des frontières, des langues, des différences. L’Union européenne de par son histoire et ses accomplissements est légitime pour impulser cette dynamique nouvelle. L’Europe a un rôle important à jouer sur la scène internationale.

C’est bien dans cet axe que s’est inscrit le président français, François Hollande, dans un entretien au journal allemand Bild, le mercredi 6 avril. François Hollande y affirmait que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, l’Europe de la défense était considérée comme une priorité. Le président français saluait également le concours militaire de l’Allemagne au Mali et en Syrie, tout en soulignant la nécessité pour la France et l’Allemagne de consentir à un effort budgétaire à leur défense, et d’agir à l’extérieur de l’Europe. François Hollande affirmait même : « Ne comptons pas sur une autre puissance même amie pour nous débarrasser du terrorisme. » Les mots sont justes. L’analyse répond aux enjeux de notre temps. Il s’agit désormais d’y associer les actes. Ce sont aux responsables politiques européens de faire avancer l’Europe de la défense ainsi que l’Europe politique.

Renforcer l’autorité de l’ONU

Il faut sortir de cette diplomatie théâtrale, de cette diplomatie qui se définit comme un jeu, parce que les événements tragiques qui se déroulent actuellement n’ont rien d’un divertissement. Il est important dans ce contexte, de poursuivre la résolution appelant à un plan de paix, qui a été adoptée à l’unanimité le 18 décembre 2015, par le Conseil de sécurité des Nations Unies. C’est notamment grâce à l’action diplomatique de l’ONU, qu’un cessez-le-feu se maintient depuis un mois en Syrie, entre le régime et l’opposition armée. C’est ce qui a permis au régime syrien de dégager les lignes de front avec l’opposition pour lancer une offensive sur Palmyre, qu’il n’aurait pas été capable de mener autrement, appui russe ou pas.

Dans sa résolution 2254, le Conseil de sécurité de l’ONU a appelé à la mise en place d’une « gouvernance » chargée de la « transition politique ». Le régime syrien souhaite un simple remaniement gouvernemental, mais la véritable solution serait de constituer un gouvernement de transition avec des hommes du régime et de l’opposition, de lui confier tous les pouvoirs, y compris militaires, qui sont jusqu’à présent dévolus à Bachar al-Assad et de faire de la Syrie un Etat fédéral dans lequel chacune des communautés disposerait de la plus large autonomie au sein de ses propres cantons. Cette restructuration de l’Etat syrien est une urgente nécessité. Le danger extrémiste se nourrit des faiblesses institutionnelles de régimes dépassés.

Il est important de poursuivre le processus de paix, au-delà des artifices guerriers et médiatiques. Mais il faudra également amorcer le renouveau d’un Moyen-Orient malade, déchiré par les rivalités irano-saoudiennes. En Iran, la population jeune et éduquée souhaite s’ouvrir au monde. Cette même population qui avait défié dans la rue l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad en 2009, avant d’être impitoyablement réprimée. Pendant que les puissants jouent, les peuples aspirent à la liberté.