Le calme après la tempête ?

Qu’en est-il du mouvement pour le climat, six ans après ?

, par Mathilde Wahl, Sofie Sindelarova

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Le calme après la tempête ?
Image d’illustration Pexels

Six ans après le point culminant des manifestations pour le climat, on constate que les ardeurs du mouvement se sont considérablement calmées. Seule une petite partie des participants d’autrefois se rend régulièrement dans les rues, tandis que beaucoup se consacrent à d’autres crises. Cependant, de jeunes activistes continuent de s’engager en faveur de la protection du climat et s’efforcent de trouver de nouveaux moyens d’exercer une pression politique et d’attirer l’attention de la société.

L’écho d’un espoir - est-ce interdit ?

Les rues sont vides. Des cris d’horreur résonnent encore comme un écho au loin. Où sont les habitants ? Ils doivent encore être quelque part dans les environs. Le chemin qui traverse les ruelles désertes porte des traces de craie de trottoir estompées par la pluie. Des slogans tels que « Nous sommes là, nous faisons du bruit, car notre avenir c’est le climat qui y nuit », sont à peine lisibles. Pourtant, entre-temps, six années se sont écoulées. Que se passe-t-il lorsqu’on ne s’en souvient plus ? Du sentiment de pouvoir avoir de l’impact en étant si jeune. De la grande appartenance qui avait lieu chaque vendredi. De l’espoir de pouvoir réellement mettre fin à la crise du climat.

En 2019, les manifestations liées au climat (Fridays for Future) ont atteint leur apogée : Le 20 septembre 2019, 1,4 million de personnes ont manifesté dans le monde dans plus de 70 villes en faveur de la protection du climat cohérente – voilà un signe que les politiques et la société ne pouvaient pas ignorer. Pourtant, est-ce que cela a laissé des traces ?

Pourquoi est-ce si silencieux ?

Pile six ans plus tard, le 20 septembre 2025, ce ne sont plus que 50 000 personnes qui vont manifester dans les rues en Allemagne contre l’ abandon du développement des énergies renouvelables sous Katherina Reiche (CDU). Jonas, un membre actif du mouvement Fridays for Future (FfF), ainsi que Georg Bronn d’Extinction Rebellion (XR), sont cependant convaincus que les mouvements sociaux fonctionnent par vagues. Les gens ne vont pas dans les rues chaque vendredi pendant six ans, c’est une évidence.

Ils insistent tous deux sur le fait que personne n’a changé d’avis sur la protection du climat. Le cercle d’amis politiques de Georg, par exemple, n’a tout simplement ni le temps ni l’énergie de se pencher sur la question, et encore moins de passer à l’action. Tous deux sont toutefois convaincus qu’une nouvelle vague de mobilisation contre la crise climatique va voir le jour.

Après que la pandémie de coronavirus, la guerre menée par la Russie, l’inflation et la question migratoire ont dominé les débats ces cinq dernières années, la société n’a plus guère la capacité de faire face à une nouvelle crise. Alors qu’en 2019, 63 % des Allemands considéraient la protection du climat comme plus urgente que la croissance économique, ils ne sont plus que 14 % à le penser en 2025. Pourtant, des études montrent que les technologies déjà disponibles permettent de réduire considérablement les émissions, sans nuire à l’économie. Fixer des priorités ne devrait pas pour autant être contradictoire. Les entreprises qui font des affaires durables et gèrent leurs ressources efficacement seraient flexibles, compétitives et stables - et ce même en temps de crise.

Pas de protection du climat au sein du capitalisme ?

Pourtant, cette « crise multiple » actuelle - la concomitance de plusieurs crises - peut-elle détourner l’attention du climat ; à tel point qu’aucune des 24 résolutions adoptées lors de la 30ème conférence mondiale sur les changements climatiques (COP30) ne fasse mention des « combustibles fossiles » ? Pendant ce temps, le chancelier allemand Friedrich Merz demande à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen de renoncer aux moteurs à combustion d’ici 2035. Comment est-ce possible que six ans après les manifestations importantes en faveur du climat, le lien entre énergie fossile et crise du climat soit encore tabou, et justement pour les politiques de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques ? De plus, comment les mouvements en faveur du climat doivent combler les manques laissés par une politique climatique qui ne fonctionne pas ? Jonas, qui fait partie du mouvement des FfF, est d’avis que l’Allemagne n’offre pas de protection climatique efficace. Néanmoins, pour le jeune homme âgé de 18 ans, tout comme pour Greta Thunberg, le visage des FfF, c’est parce que nous vivons dans un système qui tire profit de l’industrie automobile au détriment du bien-être de la population. Jonas affirme que « nous devons fuir un système axé sur le profit ». Son approche : Davantage de confrontation et de détérioration de la part des grands groupes.

En tant que membre de l’organisation « Frankfurter Ortsgruppe », Jonas cite l’exemple du mouvement „Banny Bleibt“, une occupation de la forêt en bordure de sa ville. Depuis juillet 2024, les activistes de la ville appellent à une prise de conscience sur la situation du Langener Bannwald qui doit être détruit au profit de l’élargissement des gravières de l’entreprise Sehring. Pour Jonas, cette lutte représente plus que de défendre de simples arbres. « Nous devons faire prendre conscience au public qui est l’ennemi dans cette histoire : les lobbys des énergies fossiles et autres milliardaires. »

Ce n’est pas un fardeau, mais une chance ?

L’Allemagne, avec également d’autres pays de l’Union européenne comme la Pologne, la République tchèque ou la France freinent la politique du climat car, selon eux, celle-ci serait un poids pour l’industrie. Alors que de nombreux débats tournent autour des coûts supposés, Jonas ne considère pas les mesures de protection du climat comme un fardeau économique supplémentaire, mais comme une opportunité sociale : « le mouvement pour la protection du climat est là pour tout le monde, il veut un bel avenir pour tous. Nous ne voulons pas que cela se fasse au détriment des plus démunis. Nous voulons garantir l’équité sociale tout au long de ce processus. »

Georg Bronn d’Extinction Rébellion ajoute : Il existe un large groupe de personnes qui s’engagent en faveur de ceux qui ne peuvent se faire entendre, par exemple les animaux et la nature, qui ne peuvent pas parler, ou encore les personnes dont les paroles sont ignorées. Pour ce jeune homme de 28 ans, une chose est claire : la protection du climat et la justice ne peuvent être envisagées qu’ensemble. Le virage vers la droite de plus en plus poignant va de pair avec la diminution des chances de mettre en œuvre des mesures efficaces en faveur du climat. « Si le parti d’extrême-droite allemand AfD entre au pouvoir, c’est presque la fin des mesures en faveur de la protection du climat », affirme-t-il.

Du point de vue politique également, le changement climatique est compris en tant que question d’équité globale. Il prend ses racines dans une histoire au cours de laquelle les pays riches ont connu une croissance, au détriment d’autres pays. Jusqu’à présent, les émissions reflètent ces inégalités de taille. Conséquences : La sécheresse, l’augmentation du niveau des mers, les mauvaises récoltes et la pénurie d’eau touchent surtout ceux qui en sont le moins responsables. D’après l’indice de risque climatique ce sont notamment la République dominicaine, la Birmanie et Honduras qui ont été le plus sévèrement touchés par ces évènements météorologiques extrêmes. Les trois quarts restants du réchauffement de la terre sont dus à d’autres facteurs. Ce sont eux les ennemis : ceux qui alimentent le commerce des combustibles fossiles, « et non pas les personnes qui voyagent sur des canots pneumatiques ou celles qui perçoivent le revenu de base », comme le confirme Jonas.

Les manifestations sont-elles un moyen de protestation révolu ?

« Beaucoup de gens vont mourir et beaucoup de gens meurent déjà », déclare Jonas, de FfF, « mais je fais preuve de stoïcisme, car nous ne pouvons pas nous permettre d’arrêter. » Nous devons continuer le combat. » Pourtant, à quoi ressemble ce combat ? Jonas affirme que beaucoup de monde pense que les manifestations n’apportent rien de toute manière. Les responsables politiques n’ont pas vraiment agi, ce qui explique pourquoi les manifestations de masse ont fortement diminué.

« Nous savons que nous ne pouvons pas changer grand-chose par nous-mêmes. Nous voulons que les responsables politiques changent les choses », déclare Georg, membre de XR. Comment donc attirer suffisamment l’attention pour exercer la pression politique nécessaire ? Et si les manifestations perdent effectivement de leur efficacité : Pourquoi FfF se solidarise-t-il avec des groupes « plus radicaux », comme Extinction Rébellion, tout en continuant à organiser des manifestations avec autant de régularité ?

FfF tient le coup grâce à une meilleure compréhension au sein de la population générale, comme par exemple la dernière génération - Mais le citoyen lambda clique-t-il sur un article, à moins qu’il ne s’agisse justement de canaux vénézueliens teintés de vert ? « Nous attirons l’attention », explique Georg, membre de XR, « mais nous devons le faire de manière à ce que les autres s’en rendent compte ». Georg souligne : La compréhension du grand public ne signifie pas pour autant qu’il approuve, surtout s’il ne s’engage pas de lui-même dans cette voie.

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