Le charbon en Pologne

, par Pascal Malosse

Le charbon en Pologne

De façon inattendue, la conférence de la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques COP19 se déroule en ce moment à Varsovie. L’événement devait avoir lieu en Europe centrale et aucun Etat n’était vraiment chaud pour l’accueillir.

Sans grand enthousiasme, presque par défaut, le gouvernement polonais et la ville de Varsovie ont endossé cette responsabilité. En effet, la Pologne est le pays le plus réticent de l’UE à réduire ses émissions de CO2.

Au cœur des négociations

En 2008, l’UE a été précurseur au plan mondial en se fixant, pour 2020, deux ambitions contraignantes (20 % d’énergie d’origine renouvelable et 20 % d’émissions de CO2 en moins) et deux objectifs optionnels (20 % d’efficacité énergétique et 10 % d’énergies d’origine renouvelable dans les transports). La Pologne a accepté de contribuer à l’effort pour 2020, mais refuse l’idée de nouvelles étapes et de nouveaux objectifs contraignants.

Aujourd’hui, les discussions se poursuivent entre Etats au sujet de l’après 2020. La Commission a publiéun livre vert et lancé une réflexion en mars 2013 sur les objectifs à atteindre pour 2030. Une majorité d’Etats dont la France et l’Allemagne est favorable à une réduction de 40 % des émissions de CO2 en Europe d’ici 2030, et de 60 % d’ici 2050.

Le plan d’action de la Commission (Livre blanc ou communication) devrait être connu avant la fin de l’année 2013 et le Conseil européen de mars 2014, qui a lieu juste avant les élections européennes, sera sans doute décisif dans la recherche d’un compromis.

De l’importance du charbon en Pologne

D’énormes efforts ont été entrepris en Pologne depuis les années 90 pour réduire les émissions de CO2 : Avec la transition vers une économie de marché, de nombreuses anciennes industries ont été démantelées ou modernisées, améliorant considérablement le bilan carbone du pays (réduction des émissions de 32% depuis 1988). Néanmoins, la Pologne semble être arrivée au bout de ses possibilités sans remettre en cause sa principale source d’énergie : le charbon.

Environ 90% de la production d’électricité du pays est fournie par des centrales au charbon. La mine de Bełchatów, située a 150 km de Varsovie, est une mine à ciel ouvert dont la production annuelle de charbon est d’environ 50 millions de tonnes. Elle serait la plus importante mine de charbon de l’Union européenne avec des réserves estimées à 1,930 million de tonnes.

De même, la centrale thermique de Bełchatów que l’on aperçoit sur la ligne d’horizon (voir photo), est la plus puissante d’Europe avec une capacité de 5 053 MW. Elle fournit à elle seule 20% de la production électrique du pays.

Le secteur emploie encore plus de 250 000 personnes, quasiment toutes syndiquées et fait vivre des régions entières comme la Voïvodie de Haute-Silésie, l’un des vieux centres de la révolution industrielle du XIXe siécle et qui comprend un trés dense réseau de villes : Katowice, Gliwice, Bytom et Zabrze.

A la recherche de l’impossible compromis

Il existe en Pologne des ONG "anti-charbon" qui profitent de la conférence COP pour faire entendre leur voix. La majorité de la population est sensible aux questions climatiques et à la préservation de l’environnement. Cependant les Polonais s’inquiètent d’abord de la possible montée des prix en cas de sortie du charbon. En effet, le coût de l’électricité en Pologne reste très bas par à rapport à ses voisins occidentaux...

La Pologne n’est pas donc pas prête d’abandonner le charbon. Elle compte diversifier progressivement ses sources d’énergie, en se tournant vers le nucléaire (EDF et AREVA avec l’EPR, GE/Hitachi avec l’ABWR et Toshiba-Westinghouse avec l’AP1000 sont sur les dents pour remporter les futurs contrats du programme nucléaire polonais), timidement vers les énergies renouvelables et, autre sujet sensible, en exploitant les riches réserves de gaz de schiste. Le gouvernement polonais s’intéresse également aux technologies de récuperation du CO2, malheureusement encore trop coûteuses.

La solution d’un opt-out de la Pologne sur les objectifs de réductions de CO2 n’est pas à exclure. Comme d’habitude, un compromis mou, « présentable », constituera le probable salut des négociateurs épuisés.

La question de l’énergie démontre à quel point il est désormais impossible, dans un monde aussi complexe et interconnecté, de traiter chaque sujet séparément. Il faut réfléchir au cadre dans lequel nous vivons, en prenant en compte la dimension environnementale, sociale, économique et financière. Ne laissons plus les spécialistes et les experts de tout poil s’emparer de sujets aussi essentiels. C’est à nous, jeunes et moins jeunes, de nous y intéresser et de nous exprimer.

Cet article est réalisé dans le cadre de la préparation aux élections européennes.

Chaque semaine, découvrez un nouveau pays membre de l’Union Européenne. Cette semaine, la Pologne, force du triangle de Weimar, est mise à l’honneur.

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