Le Collège d’Europe : une université européenne ?

, par Simon Del Nin

Le Collège d'Europe : une université européenne ?
La ville de Bruges est située dans une zone très dynamique de l’Union européenne. Image : S. Hermann & F. Richter / Pixabay

Malgré la remise en question par certains de l’idéal européen du fait des différentes crises au cours de ces dernières années, la formation aux métiers de l’Europe est de plus en plus attrayante. Un établissement s’est fait une place de choix dans la formation post-universitaire européenne : le Collège d’Europe.

Le Collège d’Europe a été fondé en 1950 et a pour ambition de former de nouvelles classes dirigeantes européennes pour reconstruire l’Europe [1]. L’idée d’une institution pour former aux métiers de l’Europe voit le jour au Congrès de la Haye. Corollaire nécessaire à l’intégration européenne, le Collège d’Europe se veut porte-voix des valeurs européennes.

L’histoire du Collège d’Europe liée au projet européen

Le Collège d’Europe est un institut post-universitaire privé d’utilité publique fondé en 1950 à la suite du Congrès de la Haye de 1948. En effet, la commission culturelle, présidée par Salvador de Madariaga, adopte une résolution ayant l’ambition de créer un « centre européen de la culture » et un « institut européen de l’enfance et des questions de la jeunesse ». L’idée d’une université européenne est proposée durant les travaux de cette commission. En décembre 1949, une conférence, à la demande du Mouvement européen, se déroule à Lausanne où une résolution est prise pour l’ouverture du Collège d’Europe. Ce n’est qu’en 1950 que la première promotion voit le jour à Bruges en Belgique sous l’impulsion d’Henri Brugmans, alors président de l’Union européenne des fédéralistes, qui deviendra ainsi le premier recteur du Collège d’Europe.

Brugmans, lors de la séance d’ouverture le 12 octobre 1950, insiste sur l’idée de former une nouvelle classe dirigeante capable de refonder l’Europe. Il propose que cette institution ait comme objectif de « compléter la formation des étudiants dans le domaine des sciences humaines, envisagées sous l’aspect de la substitution d’une entité politique, économique, intellectuelle et sociale au cloisonnement actuel des États » [2] en langue française et anglaise. Selon lui, le manque de dirigeants ayant des connaissances sur l’Europe amènerait au totalitarisme.

La création d’une université européenne voit ainsi le jour et a pour objectif supranational de permettre à des étudiants de différentes nationalités d’apprendre et de vivre ensemble durant dix mois. Stefan Zweig, dans sa conférence Sur la désintoxication morale de l’Europe, émettait déjà l’idée qu’une université européenne « […] encouragerait tous les rapprochements pacifiques et amicaux et […] empêcherait tous les malentendus » [3]. Cette institution s’inscrivait donc dans cette idée cosmopolite existant depuis le XVe – XVIe siècle où les différentes élites nationales européennes partageaient une culture commune telle que les langues, les études, les clubs etc.

Aujourd’hui, 55 nationalités comprenant 350 étudiants sont représentées à Bruges mais aussi à partir de 1992, en Pologne, à Natolin dans le contexte de la réintégration des pays de l’Est à l’Europe. Les étudiants suivent des cours communs sur l’histoire, la politique de l’Union européenne, l’économie européenne mais décident aussi de leur spécialité avec un choix entre les relations diplomatiques, le droit… Le Collège propose ainsi un double enseignement académique à travers la rédaction d’un mémoire mais aussi professionnalisant à partir des simulations ou la rencontre avec des professionnels de l’UE.

En conséquence de quoi, l’intégration européenne serait difficile sans la formation d’individus connaissant les différentes cultures et langues européennes. Ainsi, l’institut promeut depuis sa création ce mélange de différentes cultures au sein de ces campus et de fait, l’existence de valeurs cosmopolites et européennes.

« L’esprit de Bruges » : un miroir sur l’Europe

Le Collège d’Europe encourage une diversité multiculturelle et l’ouverture des étudiants sur le monde. Au sein des différentes promotions, un « esprit de Bruges » se serait créé. Ce dernier est difficile à définir mais correspondrait à un endroit multiculturel où le mélange entre une formation intense, la vie en communauté et la diversité des langues parlées formerait un espace européen au-dessus du national. À travers huit résidences à Bruges, les étudiants vivent, étudient, mangent, sortent ensemble durant dix mois. Ce mécanisme peut ainsi générer une socialisation particulière que l’on peut qualifier d’« européenne » en ce sens qu’elle intègre les particularismes nationaux. En outre, les étudiants, du fait de leurs discussions multiculturelles, acquièrent des savoir-être internationaux permettant de favoriser un sentiment d’appartenance européenne.

Par ailleurs, le Collège d’Europe favorise cette identité européenne à travers différents mécanismes comme la symbolique, via notamment le nom des promotions. En effet, la promotion 1954-1955 se dénommait « Alcide DE GASPERI », celle de 1987-1988 « Altiero SPINELLI » mais encore plus récemment « Simone VEIL » pour l’année 2017-2018. De fait, cela produit un sentiment d’être en lien avec ces grands personnages ayant marqué l’histoire européenne.

Dans un second temps, le discours d’inauguration fait partie aussi de ce rituel dans la promotion de l’esprit européen. Chaque année, une personnalité politique ouvre l’année académique, des hommes et femmes célèbres sont venus promouvoir leur vision de l’intégration européenne : Angela Merkel, Jean-Claude Juncker, François Mitterrand, Simone Veil.

En conclusion, le Collège d’Europe permet l’émergence d’une identité européenne à travers l’apprentissage de savoir-faire et de savoir-être. Son jaillissement est intimement lié à l’intégration européenne. Cette institution privée d’utilité publique, en plus d’Erasmus et de l’Institut universitaire européen, promeut un plus grand développement du sentiment européen, de la formation européenne et de la mixité au sein des universités.

Notes

[1Henri Brugmans, Former des cadres pour l’Europe ». 1950. Accessed March 30, 2020.

[2Le Collège d’Europe ». 2020. Accessed March 30, 2020.

[3Zweig, S. « Appels aux Européens. » 2014.

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