Un sommet en Afrique du Sud marqué par le retrait américain
Johannesburg accueillait pour la première fois un sommet du G20, un évènement que le président sud-africain Cyril Ramaphosa a qualifié de « véritable honneur » pour son pays ainsi que pour l’ensemble du continent. Cette rencontre clôture un cycle de présidences tournantes du G20 confiées à des pays du Sud global, après l’Indonésie, l’Inde et le Brésil. En l’absence des États-Unis, membre fondateur du G20, il s’agissait pour les chefs d’État de rappeler que le multilatéralisme conserve sa pertinence et que la gouvernance mondiale ne saurait dépendre d’un seul acteur.
En effet, les États-Unis ont boycotté l’événement cette année. Début novembre, Donald Trump avait annoncé que son pays ne serait représenté par personne , accusant Pretoria de « violation des droits de l’Homme » envers la population blanche d’Afrique du Sud, des accusations que le gouvernement sud-africain a rejetées. Les États-Unis succèderont pourtant à l’Afrique du Sud à la présidence tournante du G20, nécessitant une cérémonie de passation. Elle devrait finalement se faire via le chargé d’affaires de l’Ambassade des États-Unis à Pretoria, d’après le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Ronald Lamola.
Des priorités économiques et sociales au cœur du sommet
La présidence sud-africaine avait placé la réunion sous le thème « solidarité, égalité et durabilité ». Pretoria souhaitait mettre au cœur du sommet la lutte contre les inégalités économiques et proposait à cette fin la création d’un panel international dédié aux inégalités. La question du surendettement des pays les plus vulnérables a également occupé une place importante, tout comme celle des minerais critiques nécessaires à la transition énergétique et les enjeux liés à l’intelligence artificielle. Le sommet a également été marqué par les négociations autour du plan en 28 points sur l’Ukraine, un dossier sur lequel Donald Trump exerce de fortes pressions.
Sur le plan économique, le sommet a permis à plusieurs pays africains de conclure de nouveaux partenariats. Par l’exemple, l’Allemagne va devenir actionnaire de l’ATIDI, une assurance panafricaine destinée à sécuriser les investisseurs et les entreprises. Berlin a également confirmé la relance du programme Compact for Africa, accompagné de nouveaux financements pour encourager les réformes et attirer davantage d’investissements sur le continent.
Une déclaration commune adoptée dès l’ouverture
Contre toute attente, Cyril Ramaphosa a déclaré dès la cérémonie d’ouverture du G20 qu’un consensus avait été trouvé pour adopter une déclaration commune. Cette dérogation au protocole, alors que la déclaration est habituellement conclue en fin de sommet, témoigne de la volonté sud-africaine de présenter, dès l’ouverture, un G20 réussi.
Le document, une déclaration d’une trentaine de pages articulée en 122 points, aborde un large éventail de sujets. Sur le plan international, elle réaffirme l’engagement du G20 en faveur d’une paix « juste, complète et durable » en Ukraine, au Soudan, en République démocratique du Congo et dans les territoires palestiniens occupés. Elle appelle par ailleurs à une réforme du système financier mondial pour permettre aux pays les plus pauvres de faire face à leur dette et demande aux créanciers davantage de transparence.
Les dirigeants ont également insisté sur la nécessité de protéger et de diversifier l’approvisionnement en minerais stratégiques, fortement exposés aux tensions géopolitiques, aux restrictions commerciales et aux risques de rupture des chaînes de valeur. Le texte insiste sur la gravité du changement climatique et reconnaît la nécessité d’augmenter « rapidement et substantiellement » les financements. Il évoque également les inégalités d’accès à l’énergie, en particulier en Afrique, et appelle à investir davantage dans des sources durables. La mise en place de systèmes d’alerte précoce pour les populations menacées par les catastrophes climatiques est également présentée comme une priorité. Si la déclaration n’a aucune valeur contraignante, Ramaphosa a défendu ce texte comme un engagement en faveur d’une responsabilité partagée face aux problèmes du continent.
Un bilan contrasté
En clôturant le sommet, Ramaphosa a rappelé que la présidence sud-africaine avait poursuivi l’effort engagé par l’Indonésie, l’Inde et le Brésil pour mettre les préoccupations du Sud global au centre de l’agenda du G20. La prochaine édition, prévue aux Etats-Unis, se tiendra dans un contexte diplomatique incertain, hérité du boycott par Donald Trump du sommet de Johannesburg et de fractures géopolitiques croissantes au sein du G20. Les réactions des dirigeants restent contrastées. Emmanuel Macron a regretté que le sommet peine à apporter des réponses aux grandes crises internationales, tandis que le Premier ministre britannique Keir Starmer a jugé que « le chemin à venir sera difficile ». Le Premier ministre chinois Li Qiang a, quant à lui, évoqué un monde où « l’unilatéralisme et le protectionnisme restent omniprésents ».
Le chef du gouvernement canadien Mark Carney a toutefois estimé que le consensus obtenu « a du poids », même en l’absence des États-Unis, et a souligné l’importance de maintenir le G20 comme un espace de ponts. Dans son discours de clôture, Ramaphosa a, lui aussi, défendu la valeur de l’accord, qu’il considère comme la preuve que le multilatéralisme continue de fonctionner. Si le sommet de Johannesburg présente un bilan contrasté, il aura néanmoins permis de placer les priorités africaines au centre des discussions et de montrer que le multilatéralisme, bien que fragilisé, continue de fonctionner.

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