Les Capitales européennes de la Culture, limites d’un programme culturel face aux problèmes d’intégration

, par Harold Cottin

Les Capitales européennes de la Culture, limites d'un programme culturel face aux problèmes d'intégration

Au terme d’une visite à Marseille les 29 et 30 octobre derniers, une délégation de députés européens a souligné le caractère « exemplaire » de la Capitale européenne de la Culture 2013. Pourtant, à Marseille comme à Košice, co-Capitale, plusieurs événements ont aussi révélé le décalage entre les discours et la réalité de ce programme culturel phare de l’Union européenne.

Entre la désignation d’Athènes, première Capitale en 1985, et la nomination de La Vallette et Leeuwarden pour 2018, le programme de la Capitale européenne de la Culture n’a cessé d’évoluer. Alors que chaque année, une seule Capitale devait initialement incarner « les liens culturels qui unissent les Européens », deux Capitales sont désignées depuis 2011. Les villes candidates, de plus en plus nombreuses, courent après les retombées économiques et touristiques croissantes du programme. Certaines, comme la ville polonaise de Wrocław désignée pour 2016, voient également dans ce titre l’occasion d’asseoir leurs statuts de villes européennes et multiculturelles.

Depuis l’édition 2013, la procédure de sélection des Capitales européennes de la Culture est mixte, faisant intervenir les échelons national et européen. Au cours de la procédure, les critères de sélection sont au centre de l’attention : les villes candidates doivent « fait ressortir la richesse de la diversité culturelle en Europe » et « mettre en évidence les aspects communs des cultures européennes. »

Marseille 2013, Košice 2013, Wrocław 2016…toutes multiculturelles

Pour répondre à ces critères de sélection, Marseille avait fondé une partie de sa candidature sur son « son expérience du partage et de l’intégration » qui devait lui permettre de « servir l’Europe mieux que d’autres » . Pourtant, aujourd’hui, la ville fait parler d’elle par la multiplication des fait-divers mettant en scène ses violences urbaines, ou encore les protestations des rappeurs marseillais qui regrettent que le comité d’organisation les ait ignorés dans la programmation des festivités. Plus largement, certains acteurs de la vie culturelle locale, telle que la romancière Minna Sif, ont reproché au programme de privilégier une culture d’élites et d’omettre la culture populaire.

De la même manière, dans son dossier final de candidature, l’équipe de campagne de Košice, également Capitale en 2013 et seconde ville de Slovaquie, proposait de créer « un endroit où les individus peuvent échanger, entre eux, avec la culture et avec l’Europe entière » . Pourtant, le 19 août dernier, la Commissaire européenne chargée de l’Éducation et de la Culture, Androulla Vassiliou, demandait dans une lettre adressée au maire de Košice la destruction sans délai d’un mur "anti-Rom" érigé dans sa ville. Dans sa lettre, la Commissaire estime que cette construction, entraînant la « ségrégation » d’une partie de la population, « est en contradiction avec la raison d’être du titre de Capitale européenne de la Culture. »

Entre discours d’intention et réalité

Tous ces événements semblent traduire un décalage entre les valeurs que souhaite promouvoir le programme de la Capitale européenne de la Culture, les discours de campagne des villes candidates, et la réalité.

Ainsi, afin de respecter les critères de sélection, certaines candidatures ont mis en récit l’histoire de leurs villes et se sont lancées dans une véritable démarche de marketing urbain. Une vision mythifiée du retour de Wrocław entre les mains polonaises après 1945 et l’omission des processus violents de dégermanisation ont ainsi protégé l’image d’une candidate multiculturelle et tolérante dans le dossier de candidature de la ville pour 2016 .

Košice emprunte les mêmes arguments mais semble échapper à ces déformations. Au contraire, la candidature de la ville étonne en posant d’emblée la question de l’intégration des Roms, dès la onzième page, comme une des étapes les plus contemporaines de son histoire. Avec la volonté d’un développement social par les communautés (ou empowerment), la municipalité affiche son souhait d’intégrer l’ensemble de ses habitants aux festivités liées au titre.

Cependant, entre discours d’intention et réalité, il restera à évaluer les véritables retombées de ce programme et surtout leur éventuelle prolongation après l’année du titre. Pour le moment, la construction du mur à Košice, ainsi que les protestations et les violences urbaines à Marseille, semblent remettre en question les retombées positives du titre de Capitale européenne de la Culture.

Ces événements ne marqueraient-ils pas les limites de ce programme européen, du marketing urbain et de l’empowerment, face à de profonds problèmes d’intégration sociale ?

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