Reportage. Lors des Journées d’été d’Europe Ecologie Les Verts (EELV), à Grenoble le 21 août dernier, les cinq députés du groupe français ont dressé devant les militants un bilan mitigé des deux premières années de leur mandat. Selon eux, les droites en progression au sein du Parlement détricotent les acquis de la mandature précédente.

Alors que l’élection présidentielle occupe tous les esprits en cette rentrée 2026, les députés européens écologistes français étaient réunis dans les amphithéâtres de l’université de Grenoble pour un bilan des deux premières années de la mandature actuelle. Ils ont fait part de leur quasi-impuissance au sein du Parlement européen, devant un parterre de militants qui participaient aux Journées d’été des écologistes.

Recueillant 5,5% des suffrages le 9 juin 2024 et obtenant 5 des 81 sièges réservés à la France aux dernières élections européennes, les députés Verts ne pèsent pas grand-chose… Une tendance à la baisse qui concerne aussi les députés envoyés par les autres pays européens puisque le groupe des Verts/Alliance Libre Européenne (ALE) est passé de 70 à 53 sièges sur les 720 que compte le Parlement européen par rapport aux élections européennes précédentes de 2019. Un nombre insuffisant pour peser dans les rapports de forces au sein de l’hémicycle au moment où l’extrême-droite connaît, elle, une forte progression. Entre 2019 et 2024, le nombre de députés appartenant à un groupe d’extrême droite s’élevait à 118. Pour cette nouvelle mandature, il s’élève désormais à 187. Dans ce contexte, “Nous sommes passés d’un mandat de victoire à un mandat de résistance” souligne avec force Marie Toussaint, tête de liste aux élections européennes de 2024.

Faire face à la convergence des droites

Le constat pour les Verts est implacable : le poids de l’extrême droite au sein de l’hémicycle est plus important que jamais. En 2024, la liste RN a remporté 31,37% des suffrages en France tandis que Reconquête, le parti de Eric Zemmour, obtenait un score similaire à celui des Verts. Une tendance au renforcement de l’extrême-droite qui s’observe dans de nombreux pays européens.

Même s’ils sont divisés en trois groupes - les Conservateurs et Réformistes Européens (CRE), les Patriotes, et l’Europe des Nations Souveraines (ENS) -, les partis nationalistes populistes de droite pèsent ensemble bien plus que durant les mandatures précédentes. Pour Mounir Satouri, député écologiste depuis 2019, les Verts et les partis progressistes constatent leur impuissance devant la convergence sur certains sujets qu’opèrent les partis de droite traditionnelle comme le PPE avec les partis d’extrême droite.

Le député européen parle même de “majorité alternative visant à détricoter les politiques publiques construites précédemment”. Le Président de la Délégation des Verts français, David Cormand, explique “que l’on retrouve les mêmes logiques d’alliances de circonstance qu’à l’Assemblée Nationale française, en pire !”.

Réélue par le PPE, les socio-démocrates, les libéraux et les Verts à la tête de la Commission européenne, “Ursula von der Leyen devait être la garante de la majorité pro-européenne qui avait assuré son élection”, souligne David Cormand. Pourtant, le PPE, groupe politique dont Ursula von der Leyen est issue, a joint ses forces à celles de l’extrême-droite lors de l’adoption de certains textes vivement réprouvés par les Verts. Dans ce contexte, et face à un mariage politique qui ne dit pas son nom, les écologistes ont jugé sévèrement le rôle de la présidente de la Commission.

L’eurodéputée Marie Toussaint explique, frustrée, que c’est par exemple sous la présidence de Ursula von der Leyen II que les réglementations environnementales auxquelles sont soumises les entreprises ont été affaiblies sous prétexte de simplification.

L’environnement et les droits humains remis en cause

Majdouline Sbaï, sociologue de formation et eurodéputée verte depuis 2024, explique que “l’extrême droite est mobilisée sur les questions migratoires, de droits humains, mais aussi sur l’agenda libéral et de dérégulation totale des règles européennes” en matière environnementale notamment. Des règles qui permettent, ajoute t-elle, à de grandes entreprises chinoises “de faire du business en Europe”.

Pour les députés verts français, la plus grande des défaites de l’année écoulée est liée à l’adoption des “Hubs de Retour”, un règlement permettant aux pays européens d’externaliser les demandes d’asile dans des pays tiers. Approuvé le mercredi 17 juin 2026 par les députés de droite et d’extrême droite réunis, ce texte constitue sans doute la mesure la plus dure jamais adoptée par le Parlement européen en matière de gestion des flux migratoires. Les députés Verts placent désormais leurs espoirs dans les blocages que pourraient exercer l’Espagne et la France au niveau du Conseil de l’Union Européenne.

Marie Toussaint ajoute que l’adoption de ce texte, avec une partie de l’hémicycle scandant “send them back !” (Renvoyez-les chez eux !) constitue un souvenir glaçant. Il existe, affirme-t-elle, une attaque organisée visant à détruire les acquis européens, tant en matière d’environnement que de droits humains.

Les Verts ont également évoqué l’usage abusif des “omnibus”, un dispositif législatif permettant de modifier des textes existants avec un niveau de normes à la baisse pour faciliter la vie des entreprises. David Cormand affirme que l’usage excessif de cet outil conduit à une perte l’ambition initiale de certaines lois. Il cite en exemple le devoir de vigilance, destiné à contrôler les multinationales, qui a été , affirme-t-il, “complètement dévitalisé par un omnibus”. Mounir Satouri parle “d’un usage à la tronçonneuse !”.

La société civile en renfort des députés

Les députés ont cependant cherché à ne pas décourager les militants présents à Grenoble en faisant part de quelques victoires obtenues dans ce contexte difficile.

Mélissa Camara, eurodéputée et ancienne travailleuse sociale à Lille, explique notamment que “face à cette dynamique réactionnaire, les députés, la société civile et les citoyens peuvent former des ponts” et agir efficacement.

Ainsi, l’initiative citoyenne européenne de l’association “Ma Voix, mon choix” a permis d’agir sur la question de l’avortement. Grâce à son intervention, les femmes vivant dans un pays qui interdit l’avortement pourront désormais aller faire pratiquer l’intervention dans un pays qui le permet en voyant leurs frais de voyage remboursés, complètement ou partiellement, par le fonds social européen.

Madjouline Sbaï cite, elle, un autre exemple significatif : l’initiative sur l’interdiction des pratiques de conversion forcée à l’encontre des personnes LGBTQ+ qualifiées de “pratiques de tortures”. “Une initiative citoyenne européenne enregistrée le 24 janvier 2024 par la Commission européenne, a recueilli plus de 1 128 063 déclarations de soutien vérifiées. Ces méthodes ont été abolies grâce à la mobilisation de la société civile”, explique-t-elle.

La députée se félicite également d’avoir pu rassembler la moitié des parlementaires autour d’un recours juridique suspensif contre le Mercosur, dans l’attente de l’avis de la Cour de Justice de l’Union Européenne : “Je suis allée chercher les parlementaires un par un” dit-elle avec un grand sourire, sous les applaudissements des militants.

Mais Madjouline Sbaï considère que la victoire la plus retentissante a été les amendes record de 550 millions d’euros à l’encontre d’AliExpress et de 200 millions contre TEMU pour ne pas avoir respecté la législation sur les services numériques (DSA). C’est-à-dire, pour des manquements liés à la mise en vente de produits illégaux, dangereux ou contrefaits sur le marché européen.

Pour Mélissa Camara : « même dans un contexte difficile, gagner, c’est possible ! ».