Les élections du Parlement européen de 2014 permettront une avancée démocratique si toutes les possibilités offertes par le Traité de Lisbonne sont appliquées. Le président de la Commission européenne émanerait alors d’une majorité politique démocratiquement élue. Mais l’enthousiasme premier est en train de s’émousser et des perspectives moins idéales semblent se dessiner.

Dans le même temps, les expressions politiques dans les pays d’Europe montrent la progression dans les opinions de néonationalismes les plus radicaux, aux relents racistes et xénophobes pour certains. Ils s’installent comme des forces alternatives aux jeux démocratiques discrédités, contre les classes politiques nationales et européennes. Ils sont contre l’ordre établi en et par l’Europe et adopte donc une posture révolutionnaire.

Le Parlement européen : une mécanique solide et fragile.

Jusqu’à présent, le Parlement européen peut jouer son rôle dans le système de codécision de l’Union européenne aux divers niveaux, par la création de majorités d’opinion, par le choix de dossiers sur lesquels il mène des batailles pour faire avancer l’intérêt général européen, comme sur le cadre financier 2014-2020 dernièrement. Lorsque les députés européens viennent à la rencontre des citoyens, ils témoignent. Ils montrent que ce fonctionnement est possible parce qu’un travail d’échanges entre les élus de tous les groupes, le respect des règlements communs et des procédures liées au multiculturalisme, permettent de créer des consensus et des majorités de projets. L’acceptation du système commun est le socle de cette mécanique. Les rares conflits médiatiques spectaculaires qui ont eu lieu dans l’enceinte de Parlement européen sont toujours restés limités par rapport à ce qui peut se passer dans les parlements nationaux. De plus de nombreux opposants à l’Union pratiquent un absentéisme assidu.

Par contre l’accroc lié au comportement du groupe Jobbik de Hongrie montre le risque de dérives pour l’avenir. En 2009, les trois députés se sont imposés en tenue paramilitaire dans l’enceinte parlementaire. Le comportement du nationaliste anglais Neil Farage est de même nature. Réprimandé et condamné, il perpétue ses saillies verbales. Ils sont peu nombreux…pour l’instant. Mais les eurodéputés qui ont assisté à ces événements soulignent leur extrême capacité de nuisance.

Que feront les nationalistes radicaux s’ils se retrouvent massivement présents dans l’hémicycle européen ?

Stratégies révolutionnaires ou entrée dans le rang ?

Les négociations actuelles conduites entre les forces nationalistes pour créer un groupe commun au sein du Parlement ont pour objectif politique de renforcer toutes les forces eurosceptiques et europhobes. Mais elles visent aussi l’obtention de moyens financiers et humains importants leur permettant de mener durablement leurs batailles.

Ces unions tactiques de forces, qui par nature ne peuvent s’entendre, se contenteront-elles de faire fructifier leurs acquis ? Rentreront-elles dans le rang ? Se contenteront-elles de faire les coucous dans une enceinte démocratique tout en menant de simples escarmouches pour conforter leurs partisans ? Ou bien la mécanique générale, l’horlogerie précise du système de décision leur apparaîtront-elles comme plus fragiles que nous le croyons ? Et alors l’offensive politique pour bloquer la machine européenne deviendra-t-elle leur priorité ?

Leur nombre pèsera dans les batailles à venir. Quelques mini-groupes ne peuvent casser durablement un outil parlementaire. Par contre au-delà d’une certaine masse critique, tout devient possible pour qui veut détruire.

Détruire l’Europe actuelle est leur objectif. Après avoir conquis une partie suffisante de l’opinion sur ces bases-là, leur crédibilité se jouera sur leur aptitude à changer effectivement les choses. Avec le Traité de Lisbonne, bloquer les décisions dans le Parlement européen, c’est bloquer l’ensemble de la machine européenne et la possibilité de se donner le beau rôle en se retournant vers l’opinion lors de chaque crise créée. Tous les comportements excessifs apparaîtront comme une véritable attitude révolutionnaire contre l’Europe honnie.

Le pire n’est jamais certain…

La bataille des élections européennes est donc cruciale. Tout moment de la vie démocratique l’est, mais 2014 sera marquée par de « nouvelles donnes », des bonnes et des mauvaises.

Les citoyens européens ont encore leur destin en main pour empêcher que des mauvaises nouvelles venues des horizons néo-nationalistes déferlent.

Tous les professionnels et les militants de l’éducation, qu’elle soit institutionnelle, permanente ou populaire doivent multiplier les démarches d’éducation civique pour faire refluer les vagues démagogiques contre les valeurs de la vie en commun, contre les xénophobies et les racismes et pour favoriser le débat, le dialogue, la tolérance.

Tous les démocrates doivent dénoncer les dangers que ces forces font courir à l’avenir pacifique et démocratique de l’Europe. Un véritable front démocratique doit s’exprimer, sinon s’organiser, pour porter ce message. C’est sans doute autour du Mouvement européen qu’il peut prendre racine.

Dans le même temps il faut offrir clairement aux citoyens la possibilité de choisir entre une Europe progressiste et une Europe conservatrice. Il faut pouvoir choisir entre une Europe de gauche ou de droite, selon l’interrogation débattue par les militants des Maisons de l’Europe à Strasbourg fin novembre. Savoir s’il faut une Europe intergouvernementale ou une Europe fédérale est un débat permanent, mais il doit être fortement corrélé aux choix précédents. Sinon le débat refermé sur la seule nature de l’Europe suscitera au mieux l’abstention.

La prédominance actuelle de l’influence conservatrice sur l’Europe exige donc le renforcement d’une expression politique autonome de combat en faveur d’une Europe progressiste. Cela est aujourd’hui vital pour la survie même de l’idéal européen.