Les listes transnationales en théorie et en pratique : la nomination des candidats

, par Juuso Järviniemi, Traduit par Lorène Weber, Traduit par Loris Birkemeyer

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Les listes transnationales en théorie et en pratique : la nomination des candidats
Des citoyens européens font la queue pour voter à l’élection présidentielle française de 2017 à Toronto, Canada. © Canadian Pacific // Flickr (CC BY-NC 2.0)

Un article précédent appelait à des listes transnationales pour les élections européennes. Elles renforceraient la dimension européenne de ces élections, ainsi que le contrôle démocratique des citoyens sur le Parlement. Le Brexit constitue une excellente opportunité pour l’adoption de listes transnationales, mais trop peu de choses sont faites pour défendre et mener à bien cette initiative.

Et si le rêve européen devenait réalité et que des listes transnationales voyaient le jour ? Qui se présenterait, comment, et qui finirait par être élu ? Ces questions n’ont pas souvent été posées, mais plus nous nous rapprocherons d’une circonscription électorale européenne, et plus elles deviendront pertinentes.

Les « visages européens » sont précieux mais rares

Le type de candidat mis en avant par les partis européens peut dépendre de la taille de leurs listes. A partir de là, supposons que le nombre maximum de candidats représentant la liste d’un parti n’excédera pas le nombre de candidats à être élus sur la circonscription.

En toute logique, les mieux placés pour être élus en se présentant spécifiquement sur une liste transnationale devraient se présenter sur une telle liste. Pour une personnalité politique ayant une bonne visibilité nationale, le chemin le plus simple vers le Parlement européen demeurerait la traditionnelle circonscription nationale ou régionale. Prenons l’exemple des Verts (favorables aux listes transnationales) : Pekka Haavisto, arrivé second à l’élection présidentielle finlandaise de 2012, serait un Finlandais approprié pour la liste européenne des Verts, mais s’il tient à devenir eurodéputé, il serait sûrement plus facile pour lui de se faire élire au sein de la circonscription de la Finlande. Ceux qui sont connus à travers l’Europe, plutôt que simplement connus dans leur État membre, ont un avantage naturel sur les listes transnationales et son plus susceptibles d’être élus. Ainsi, ces figures typiquement européennes pourraient logiquement se positionner sur une liste transnationale.

Si l’idée d’une circonscription de 25 eurodéputés - proposée par Andrew Duff [1] au Parlement européen - était adoptée, il y aurait juste assez de « visages européens » pour combler les sièges européens au Parlement. Cependant, même dans ce cas, des problèmes se poseraient au sein des partis quand il s’agirait de nommer les candidats. Peu de pro-européens passionnés, et encore moins de citoyens ordinaires, pourraient facilement désigner 25 Verts. Et comme illustré plus haut, même parmi ceux qu’on pourrait nommer, tous ne conviendraient pas parfaitement aux listes transnationales. Ska Keller [2] pourrait se présenter sur une circonscription européenne, mais qui seraient les 24 autres ?

Si la taille de la circonscription était de 73 eurodéputés au lieu de 25, un nombre plus large de personnalités politiques inconnues serait amené, non pas uniquement à se présenter, mais aussi à remporter un siège. Quelle que soit la taille de la circonscription cependant, en partant du principe que les partis ne veuillent pas prendre le risque que leurs meilleurs talents soient exclus, tous les partis devraient proposer au moins quelques candidats relativement inconnus.

Qui apporte le « transnational » dans les listes transnationales ?

La question des « visages européens » mis à part, une flopée d’autres questions reste à considérer. Tout d’abord, à quel point les électeurs seraient-ils enclins à voter pour un candidat « européen » issu d’un pays autre que le leur ? De ce point de vue, la valeur des listes transnationales pourrait augmenter avec le temps. Initialement, les électeurs pourraient préférer leurs compatriotes, si cela est politiquement faisable. Cependant, avec un public qui s’habitue à l’idée d’être représenté politiquement par un « étranger » (pourtant concitoyen européen !), le « transnational » dans « listes transnationales », devient, petit à petit, plus visible.

Dans ce contexte, il serait pertinent de voir si l’élection se tiendrait dans un système de listes ouvertes, semi-ouvertes, ou fermées. Si l’ordre des candidats était prédéterminé par chaque parti politique européen, une égale représentation géographique pourrait être garantie. D’un autre côté, des jeux de pouvoirs rappelant des désignations aux postes clés de l’UE pourraient s’installer, créer la polémique, et irriter au sein des partis. Une liste ouverte ou semi-ouverte, par définition, permettrait mieux au public de réellement décider qui choisir. Dans tous les cas, une distribution géographique homogène des candidats pourrait s’attendre à gagner des voix. En tout cas, des questions délicates seraient susceptibles d’être posées si un parti présentait plusieurs candidats allemands mais aucun issu du Sud-Ouest de l’Europe.

La question de ce qu’il se doit d’appeler « nationalisme », influençant éventuellement le comportement électoral, nous amène à la polarisation vers les grands États membres qui pourrait se construire dans le système. Si chacun votait uniquement pour des candidats de son pays, ce serait les Français, les Allemands et les Italiens qui obtiendraient les sièges européens. Il convient de noter ici que les figures dominantes des groupes politiques au Parlement européen (comprendre « visages européens ») ont tendance à être issues des six États fondateurs et de grands États membres comme le Royaume-Uni et l’Espagne. Les personnalités politiques des grands États membres auraient ainsi un double avantage dans la circonscription européenne.

Avant de se lamenter de la domination des grands et des puissants au Parlement européen, il faut noter que dans son état actuel, le Parlement ne respecte pas le principe « un homme, un vote », comme le devrait la chambre des peuples européens. Les listes transnationales le font, elles. On pourrait dire que si les listes transnationales renforcent les grands États membres au Parlement, qu’il en soit ainsi. Ce serait un choix démocratique fait par le peuple, et actuellement, ce sont les grands États membres qui souffrent de la distorsion du principe « un homme, un vote ».

Contacté au sujet des campagnes « européennes » sur une base nationale, Andrew Duff a rétorqué que « personne ne sera élu sur une liste transnationale s’il mène une campagne uniquement nationale ». Pour les plus chanceux géographiquement (comme ceux issus de l’Allemagne de l’Ouest, densément peuplée), faire campagne au-delà de chez eux sera peut-être nécessaire, mais pour un aspirant politicien européen de Timișoara en Roumanie, c’est une condition sine qua non.

L’attitude du public est la clé dans la définition du degré de transnational dans la circonscription électorale européenne, mais les candidats peuvent changer cette attitude. Un candidat avec une compétence politique, une présence engagée sur les réseaux sociaux, et ayant de l’assurance lors de ses apparitions publiques dans des pays étrangers et dans des langues étrangères devrait gagner des soutiens au-delà des frontières nationales. S’il en a l’occasion, un parti européen serait mal avisé de ne pas placer un polyglotte à l’aise avec Internet sur la liste de ses candidats.

Plus il y aura de figures inspirantes comme celles mises en avant grâce aux listes transnationales, plus le public sympathisera avec le système. Et souvenez-vous : la relative pénurie de personnalités politiques connues et typiquement européennes impose forcément que des candidats inconnus ou prometteurs se présentent. La circonscription électorale européenne peut créer des histoires réellement exaltantes. Ne serait-il pas fantastique pour la légitimité du Parlement européen, en tant que représentant du peuple européen, ainsi que pour l’image publique des partis représentés par ces candidats, que les eurodéputés qui se sont mis en valeur de cette façon soient récompensés par des positions influentes au sein du Parlement ?

Notes

[1Note de la traductrice : Andrew Duff est l’ancien président de l’Union des Fédéralistes Européens (2008-2013) et un ancien député européen libéral-démocrate britannique (1999-2014).

[2Note de la traductrice : eurodéputée allemande des Verts depuis 2009 (réélue en 2014).

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