Les nouvelles routes de la soie sont-elles une aubaine pour l’Europe ?

, par Le Drenche

Les nouvelles routes de la soie sont-elles une aubaine pour l'Europe ?
Crédits : Tim / Source : Flickr MV Hong Kong Express en Mer de Chine.

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  • Qu’est-ce que c’est les nouvelles routes de la soie ?

Les “nouvelles routes de la soie” ce sont tout d’abord un immense programme d’investissement lancé en 2013 par Xi Jinping. Depuis cette date, plus de 1000 milliards de dollars ont été investis dans différents projets.

Concrètement, ces investissements prennent la forme de la “Belt and Road Initiative”, soit la construction de milliers de kilomètres de rails, de routes, de ponts, l’aménagement et le contrôle de ports de marchandise… c’est-à-dire un vaste réseau d’infrastructures reliant la Chine à des partenaires commerciaux.

Les principales routes commerciales ainsi appelées à ouvrir déboucheront sur l’Europe mais aussi l’Afrique. Elles passeront par les provinces de l’Est de la Chine, puis l’Asie centrale et enfin l’Europe. Mais elles concerneront aussi les mers, depuis l’Océan Indien jusqu’à la Méditerranée, en passant par la Mer Rouge. Sources : France Culture

  • Quels sont les objectifs de ce projet ?

Le premier objectif de ce projet est d’ouvrir de nouveaux débouchés à l’économie chinoise en développant des routes commerciales sécurisées et rapides par lesquelles pourront transiter des marchandises et des matières premières. Mais il s’agit également de désenclaver la Chine (surtout ses provinces de l’Est) et de lui façonner un nouveau rôle dans la gouvernance économique mondiale, ce qui pourrait revenir à concurrencer les Etats-Unis, et donc bouleverser la géopolitique mondiale. Sources : France Info

  • Pourquoi on en parle en ce moment ?

Ces derniers mois l’Union Européenne est apparue très divisée sur la question. Plusieurs états d’Europe de l’Est et du Sud ont accepté de participer à ce projet (rachat du port du Pirée à Athènes, accords bilatéraux entre la Chine et l’Italie…). À l’inverse, la France et l’Allemagne appellent l’UE à tenir une position commune et à exiger plus de garanties en terme de transparence économique et de respect de normes internationales.

Bien que Pékin insiste sur le côté “gagnant-gagnant” de son programme, plusieurs exemples démontrent que certains risques existent (piège de la dette, clauses secrètes). Il s’agit donc d’éviter de perdre une opportunité économique exceptionnelle (l’ouverture du marché chinois) sans pour autant risquer une conquête économique unilatérale.

Se positionner

Le principe du Drenche est de présenter l’actualité sous forme de débats. Le but est qu’en lisant un argumentaire qui défend le « pour » et les arguments du camp du « contre », vous puissiez vous forger une opinion ; votre opinion.

Le « Pour » L’initiative chinoise « les nouvelles routes de la soie » représente une notable opportunité pour l’Europe Le « Contre » L’Europe ne peut ignorer la Chine mais doit imposer ses conditions
Billet rédigé par : Georges Haour, Professeur de management de l’innovation à l’International Institute for Management Development, spécialiste de l’innovation en Chine (https://www.imd.org/faculty/professors/georges-haour/) Billet rédigé par : Emmanuel Lincot, Professeur à l’Institut Catholique de Paris, auteur de "Chine, une nouvelle puissance culturelle ? Soft Power et Sharp power" (https://www.editionsmkf.com/produit/chine-une-nouvelle-puissance-culturelle/)
L’ambitieuse initiative des nouvelles routes la soie, « Belt & Road – BRI », lancée par la Chine en 2013, bénéficie certes d’abord aux firmes d’Etat chinoises. Elle offre aussi aux entreprises européennes la possibilité de participer à des projets d’infrastructures (routes, rail, ports, télécommunications) et de services (éducation, culture, …). Ainsi la Suisse prévoit d’utiliser la BRI pour aider les PME à mieux bénéficier de la globalisation.

Les entreprises européennes n’ont pas attendu pour commercer avec la Chine

L’initiative représenterait environ 1 000 milliards d’Euros, sur plus de dix ans. Ceci offre une augmentation appréciable du potentiel d’affaires pour les entreprises européennes, qui, bien sûr, n’ont pas attendu le BRI pour commercer avec la Chine. Les sociétés de travaux publics, surtout les multinationales, commencent à participer à des projets, qui vont créer emplois et revenus nouveaux. Chaque jour, plusieurs trains apportent déjà des marchandises chinoises au terminal de Duisbourg, en Allemagne. Aux entreprises européennes de produire de quoi remplir les containers pour le voyage du retour…

La participation européenne doit être lucide, ferme et cohérente, exigeant les pratiques habituelles aux contrats et financements internationaux, que recommande la Chambre de Commerce Internationale, à Paris. Les firmes doivent insister sur des conditions contractuelles qui minimisent les risques, financiers et d’ordre éthique. Tout en créant des richesses, elles doivent aussi bien veiller à ce qu’elles contribuent à régler les graves situations environnementales, en Chine, mais aussi dans les 65 pays concernés.

L’Europe doit négocier avec la Chine d’égal à égal

Il est impératif que les pays européens adoptent une approche commune, pour éviter que Pékin divise pour régner. Il ne s’agit pas seulement de faire des affaires. Cette initiative géopolitique est au cœur de la politique internationale de la Chine, qui poursuit des objectifs multiples.

L’Europe, qui est la région du monde la mieux équipée pour brillamment réussir au XXIè siècle, doit utiliser cet outil pour calmement affirmer ses valeurs, son remarquable modèle de société, et son rôle géopolitique. L’Europe doit négocier avec la Chine, sans arrogance, d’égal à égal, dans le respect mutuel – une innovation depuis la scandaleuse guerre de l’opium au 19è siècle… L’actuel champ de ruines du système multilatéral offre à ces partenaires-rivaux une chance pour contribuer à le refonder. L’Europe doit avoir du leadership, du courage, et une vision, audacieuse et ouverte, à long terme-comme la Chine. C’est ce qu’il faut souhaiter aux nations européennes et à la future Commission Européenne.
L’alliance entre la technologie et la vitesse a réduit considérablement les distances séparant la Chine de l’Europe. 11 heures de traversée en avion de Paris à Pékin. L’équivalent d’un Lille / Marseille par la route. Bref, la Chine est de facto notre voisine. Mais loin de rapprocher les peuples, ce raccourcissement des distances et la démultiplication des échanges qui s’en est suivie provoque des tensions voire des phénomènes de rupture. En somme, ce qui relie, peut être à la fois source d’adhésion ou source de rejet. La preuve par la Chine et son projet, les Nouvelles Routes de la Soie.

Une réflexion sur ce que nous voulons préserver

Les pays de l’Union Européenne les plus vulnérables, entendons ceux du Sud (Grèce, Italie, Portugal) et de l’Est (Serbie, Hongrie) y voient une opportunité tandis que la France et son Président, Emmanuel Macron, exigent une véritable réciprocité. Avec raison : le déficit avec Pékin n’a cessé de se creuser. Par ailleurs, la nature même du régime politique chinois est étrangère à notre culture démocratique.

La répression des communautés tibétaine et ouïghoure (un million de détenus dans des camps de rééducation sur dix millions d’habitants au Xinjiang), la surveillance systématique du territoire par le recours à l’intelligence artificielle et l’imposition d’un crédit social auprès de chaque citoyen chinois sont incompatibles avec les valeurs que nous défendons. Refuser de coopérer avec la Chine et Huawei dans le domaine de la 5 G n’est pas un aveu d’archaïsme mais bien une réflexion sur ce que nous sommes, sur ce que nous voulons préserver en termes de libertés individuelles, sur la protection de nos données stratégiques, sociales, médicales et partant, sur la défense de nos intérêts vitaux.

L’Union Européenne peut imposer ses conditions, à condition d’être ferme et vigilante

Enfin, le Chef de l’Etat chinois Xi Jinping subordonne l’avenir de l’économie chinoise à un projet d’investissements à vocation internationale dans le domaine des infrastructures de plusieurs milliers de milliards de dollars ; le succès de ce projet dépendant non seulement de la solvabilité des pays emprunteurs, mais aussi de la sécurisation de régions musulmanes en proie à une forte instabilité. Ce pari est évidemment périlleux.

Toutefois, le dilemme est bien que l’Union Européenne ne peut ignorer la Chine. C’est une puissance monde et, au contraire de l’ex-Union Soviétique, la globalisation de l’économie a créé une interdépendance telle qu’une rivalité ouverte contre la Chine serait contre-productive voire désastreuse. Dialectique oblige : l’opposé coopère…C’est dans cette contrainte volontaire que l’Union Européenne peut imposer ses conditions, à condition d’être ferme et vigilante.

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