Les violences faites aux femmes et aux filles : un débat européen entre avancées et instrumentalisations

, par Kassy Vallejo-Ramirez

Les violences faites aux femmes et aux filles : un débat européen entre avancées et instrumentalisations
Prise de parole de Marie Bjerren © European Union 2025 - Source : EP

Le 23 octobre 2025, les eurodéputés ont débattu à Strasbourg de « la lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles, y compris l’exploitation de la maternité ». Ce débat prend place après que l’Union européenne ait adopté en mai 2024 la Directive 2024/1385 destinée à mettre en place une législation commune sur la violence faite aux femmes et aux violences domestiques. Pourtant, dans l’hémicycle, la discussion s’est en grande partie cristallisée autour de la question de la gestation pour autrui (GPA), instrumentalisée par les formations d’extrême droite, au détriment d’un traitement global des violences de genre.

Un cadre législatif nouveau et l’urgence de la prévention

Le débat s’est ouvert en rappelant que la lutte contre les violences à l’égard des femmes et des filles est « une responsabilité commune », selon les mots de Marie Bjerre, membre du Conseil de l’Union européenne. Elle a souligné que le Parlement et le Conseil travaillent ensemble pour mettre un terme à ces violences, bien que le travail soit loin d’être terminé. Pour ce faire, trois piliers seraient à mettre en avant : « prévention, détection précoce, intervention ». Madame Bjerre a rappelé que « deux femmes sont tuées tous les jours dans l’UE par un partenaire ou un membre de leur famille » et que « la violence de genre coûte 290 milliards d’euros à l’Union européenne ».

De son côté, Dan Jørgensen, commissaire européen, a salué « l’importance de la lutte contre la violence faite aux femmes », pilier de « la stratégie pour l’égalité de genre ». Il a rappelé que la directive de 2024 instaure « des normes élevées pour venir en aide aux victimes partout en Europe », notamment la criminalisation du mariage forcé et la promotion du consentement. Celle-ci criminalise aussi les mutilations génitales féminines, le partage non consenti d’images intimes ou le cyber-harcèlement au sein des États membres. « Tant qu’on entendra parler de cas de violences sexuelles, de féminicides, on continuera nos efforts », a-t-il insisté.

Pour autant, malgré ces avancées, plusieurs intervenants ont rappelé la nécessité d’agir sur de nombreux fronts comme, le cyberharcèlement, la violence institutionnelle ou encore les inégalités économiques. Car comme l’a affirmé Elzbieta Katarzyna Łukacijewska(Parti populaire européen) : « Une femme européenne sur cinq est victime de violence économique. »

Un débat instrumentalisé par les groupes d’extrême droite

Lorsqu’on parle des violences faites aux femmes et de l’exploitation de la maternité, une multitude de réalités s’imposent : violences domestiques, féminicides, violences sexuelles et économiques, mariages forcés, mutilations génitales féminines, ou encore discriminations sur le lieu de travail. La liste de ces atteintes aux droits des femmes reste, hélas, loin d’être exhaustive. Pourtant, dans ce débat centré sur toutes les formes de violences faites aux femmes, la question de la gestation pour autrui (GPA) a occupé une place disproportionnée, portée par des élus d’extrême droite. Ainsi par exemple, Laurence Trochu (Conservateur et réformiste européen, ECR) a affirmé : « en utilisant les fonctions reproductives d’une femme au profit d’un autre, la GPA contrevient à la convention sur l’interdiction de l’esclavage. Car la GPA est de l’esclavage. » Jadwiga Wisniewska (ECR) a, elle aussi, dénoncé : « avec la GPA, la femme est un incubateur… La GPA ne peut pas être tolérée. » Par ailleurs, cette dernière a utilisé à plusieurs reprises la procédure du carton bleu, consistant à poser une question à un député à l’issue de sa prise de parole. Ce biais lui a permis d’interroger des élus sur leur position concernant la GPA, dès que ceux-ci ont centré leur prise de parole sur le sujet vers le cyberharcèlement ou encore les violences sexuelles par exemple.

Ce glissement idéologique fragilise le débat en effaçant l’enjeu principal : que chaque femme, chaque fille, puisse vivre sans peur, sans harcèlement, sans violence en ligne ou hors ligne, dans l’espace privé comme public. En outre, le fait que la directive européenne ne soit pas encore totalement transposée dans les États membres rend la situation d’autant plus urgente.

En définitive, ce débat a permis de rappeler que l’Union européenne dispose désormais d’un cadre législatif renforcé pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles, grâce notamment à la directive de 2024. Mais il a aussi mis en lumière la difficulté à maintenir le débat sur l’essentiel : la diversité et la gravité des violences de genre. L’instrumentalisation du débat par l’extrême droite, en recentrant la discussion sur la GPA certes un sujet important, mais non exclusif, risque de détourner l’attention des millions de femmes victimes de violences quotidiennes. Le véritable défi reste par ailleurs de transformer les législations en actes concrets protégeant les femmes et les filles.

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