Madeleina Kay, héroïne anti-Brexit : « On ne sait pas apprécier ce que l’on a jusqu’à ce qu’on le perde »

, par Juuso Järviniemi, Translated by Patrick Michnowicz

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Madeleina Kay, héroïne anti-Brexit : « On ne sait pas apprécier ce que l'on a jusqu'à ce qu'on le perde »
Madeleina Kay en spectacle à la March for Europe, co-organisée par le Young European Movement Edinburgh (JEF-Edinburgh) et le European Movement in Scotland, en mars 2018. Madeleina est l’ambassadrice de Young European Movement UK. CC - Alexandre Person

Depuis plus de deux décennies, la Schwarzkopf-Stiftung octroie le prix Young European of the Year à un(e) européen(ne) engagé(e) dans la promotion de l’unité en Europe. Cette année, le prix a été attribué à Madeleina Kay, l’activiste pro-européenne de Sheffield, au Royaume-Uni.

Madeleina Kay est connue pour sa marque Alba White Wolf (Alba, le loup blanc) qui tire son nom d’Alba, le berger allemand blanc de Madeleine, et de son personnage UE Supergirl. Elle a notamment écrit des livres pour enfants comme Alba White Wolf’s Adventures in Europe mais aussi des protestations sur le thème du Brexit et des chansons parodiques telles que Fields of Wheat, interprétées lors d’évènements pro-européens. Madeleina est également connue pour avoir été escortée hors d’une conférence de presse de Michel Barnier/David Davis tout en étant déguisée en Supergirl.

Alors que l’Article 50 prévoit que le Royaume-Uni se retire de l’Union européenne (UE) d’ici le 29 mars 2019, les activistes comme Madaleina Kay appellent à un referendum sur tout accord qui pourrait être trouvé entre les négociateurs britanniques et européens sur le Brexit. Que la mission ait été couronnée de succès ou non, l’opinion publique sur l’appartenance à l’Union européenne divise encore les britanniques. Parmi les activistes anti-Brexit, Madeleina est connue comme une personne « qui brandit fièrement le drapeau européen » et qui est engagée dans le processus laborieux de générer une identité européenne dans le Royaume-Uni. The New Federalist, l’édition anglophone du Taurillon, a interviewé la Young European of the Year, sur ses personnages, la vie en campagne électorale et le futur européen du Royaume-Uni.

The New Federalist (TNF) : Quelle était votre relation à l’Union européenne avant de rejoindre les activistes pro-UE ? Comment votre engagement en faveur de l’UE a-t-il débuté ?

Madeleina Kay (MK) : « Je n’ai jamais été engagée dans une campagne politique avant le vote du Brexit le 23 juin 2016, et je sais que cela me décrédibilise, mais je ne faisais pas partie de la campagne Remain avant le référendum. J’ai bien entendu voté pour rester dans l’UE. Mon vote reposait sur les connaissances apportées par mes parents, tous deux universitaires, et de ma propre expérience lorsque j’étudiais avec des étudiants Erasmus, quand je voyageais à travers l’Europe et travaillais en France.

Cependant, ma connaissance de l’UE n’était alors pas comparable à celle que j’ai actuellement ; elle était même plutôt pauvre. Malheureusement, je pense qu’il s’agit d’un de ces exemples où l’on ne sait pas apprécier ce que l’on a jusqu’à ce qu’on le perde. Le Brexit m’a projeté dans l’activisme politique. J’ai énormément appris au cours de ma campagne, sur les activités de l’Union européenne, son fonctionnement, et sur les conséquences désastreuses que le Royaume-Uni connaîtra en la quittant. Mais plus préoccupant encore, c’est le fait que mon niveau de connaissances avant ce référendum était probablement supérieur à celui de la plupart de mes concitoyens, tout en étant trop faible pour prendre une décision éclairée. Le Brexit était une décision née de l’ignorance, un moment décisif où l’on a menti aux personnes les moins informées, où on les a manipulées et trompées. Alors l’un des objectifs principaux de ma campagne est d’informer et de communiquer la réalité sur le Brexit, simplement et efficacement. J’essaye de le faire d’une façon amusante, ludique, facilement compréhensible et aussi stimulante pour les personnes qui ne sont pas intéressées par la politique. »

TNF : Vous avez donné un spectacle déguisée en pirate et un autre déguisée en Supergirl. D’où vous est venue l’idée de ces personnages et costumes ? Pourquoi Supergirl ?

MK : « J’ai beaucoup de costumes différents, aux thèmes variés. J’ai un « pirate saboteur », EU Supergirl, un « elfe de Noël UE », une « factrice du Royal Mail » et une « infirmière UE ». Le but principal de ces costumes est de créer un personnage engagé qui attire l’attention des gens et véhicule les idées que nous essayons d’exprimer.

J’ai appris assez rapidement que les médias sont friands de bonnes images, accrochantes, car ça leur donne un bon support pour ensuite raconter l’histoire. Se déguiser et créer des affiches tape-à-l’œil sont donc des moyens d’assurer une couverture médiatique et de faire passer votre message. Inspirer l’imagination des autres et les motiver à poursuivre leur campagne a également quelque chose d’amusant. Le concept derrière EU Supergirl est simple : le Royaume-Uni a besoin d’un héros pour le sauver du Brexit. Je pense également que l’UE a besoin d’un héros pour la sauver de la montée du populisme à travers l’Union, mais également pour aider les institutions à engager les citoyens de façon efficace. »

TNF : Vous vous êtes engagée dans des activités pro-européennes il y a près de deux ans. Comment l’atmosphère a-t-elle évolué au Royaume-Uni depuis ?

MK : « Globalement, je dirais que l’atmosphère n’a pas changé. Nous avons récemment connu une légère amélioration et d’autres personnes nous ont rejoints dans notre campagne pour s’exprimer contre le Brexit. Cependant, le Royaume-Uni reste très divisé et ses citoyens sont confus quant aux changements du paysage politique. C’est tragique à voir. De nombreuses personnes, familles et communautés issues de régions défavorisées souffrent à cause du Parlement britannique.

Les inégalités au Royaume-Uni sont effrayantes et l’élite des Tories (Parti conservateur britannique), alimentée par des motivations perverses, a présenté le Brexit à ces communautés frappées par la pauvreté comme une solution à leurs problèmes. Ces gens n’ont même pas exigé ou demandé le Brexit, ils pensaient honnêtement que sortir de l’UE leur apporterait des opportunités et de l’espoir pour leurs vies. Leur colère est justifiée face la façon dont ils ont été traités, mais ils doivent comprendre que c’est Westminster qui est à blâmer pour leur situation, et non pas Bruxelles. Néanmoins, communiquer ce message alors qu’on a été nourris de discours eurosceptiques par la presse de droite pendant des décennies est un défi presque insurmontable. Guérir la division que le Brexit a créé au cœur du Royaume-Uni sera un processus long et douloureux. »

TNF : Quelles ont été les expériences les plus mémorables de votre campagne jusqu’à présent ?

MK : « J’ai eu tant d’expériences et d’opportunité incroyables, et j’ai rencontré tellement de personnes géniales que je ne sais pas par où commencer ! Je pense que #EUsupergirl a probablement été mon grand moment. Mais aussi publier moi-même mon livre, remporter le concours de blog EUinmyRegion et voyager pour la première fois à Bruxelles, gagner le concours Great British postcard Competition (je dois encore me rendre à Dresde, le voyage étant le prix de cette année), ou encore m’être rendue à Berlin pour la première fois pour l’interview de Young European of the Year, tous ces moments ont été des expériences inoubliables. Débattre sur les chaînes Channel 4 News et participer au débat de groupe BBC Radio 4 Any Questions ont été de grandes opportunités. Pouvoir me lancer dans une joute verbale avec Nigel Farage dans le programme Daily Politics sur la BBC est l’un des plus beaux cadeaux d’anniversaire que j’aurais pu souhaiter ! Rencontrer des personnalités tels que Bob Geldof et Eddie Izzard, ça aussi c’était vraiment bien. Mais par-dessus tout, les amitiés que j’ai formé à travers des expériences communes et ma collaboration avec autrui figurent parmi les résultats les plus précieux et significatifs. »

TNF : Certains craignent que si le Royaume-Uni ne quitte pas l’UE, il demeurera un « partenaire bizarre » dont la présence entravera l’UE dans sa recherche de solutions. Que répondriez-vous à cet argument ?

MK : « Je pense que le Royaume-Uni a toujours été un poids pour l’UE, ce qui a souvent irrité les États membres plus enthousiastes. Cependant, cela n’a pas toujours joué au désavantage de l’Union. Disposer d’un avis critique, sceptique, peut souvent être bénéfique à la critique constructive et peut aider à réformer les politiques. L’euroscepticisme existe dans de nombreux États membres, et l’UE ferait bien de se souvenir que le « Brexit » n’est pas un problème uniquement relatif au Royaume-Uni. Nous devons apprendre des erreurs du Royaume-Uni afin de lutter contre les problèmes qui apparaissent ailleurs. De plus, les politiques européens au pouvoir ont clairement dit que la porte restait ouverte si le Royaume-Uni souhaitait revenir sur sa décision d’appliquer l’Article 50, car son appartenance à l’UE est une relation mutuellement bénéfique. J’espère que si le Royaume-Uni décidait de retourner dans l’UE, il le ferait avec un peu d’humilité et de bonne volonté en ce qui concerne les compromis. »

TNF : Qu’allez vous faire pendant les prochains mois ? Comment votre prix Young European of the Year contribuera-t-il à votre campagne ?

MK : « Le prix Young European of the Year est une aide précieuse puisqu’il rend mes propos légitimes aux yeux des critiques et des organisations de campagne officielles. En tant qu’artiste qui n’est soutenue par aucune institution officielle, je suis une sorte de personnage indésirable que l’on critique souvent et ce titre me permettra de mieux me défendre.

Être la Young European of the Year m’offre également la possibilité de communiquer mon message à plus grande échelle. En juin, je me rendrai deux fois à Strasbourg et à Berlin, mais également à tout autre évènement auquel on m’a invité. En avril, je vais voyager à Bruxelles pour la projection d’un documentaire dans lequel j’apparais, intitulé « Postcards from the 48% » (Carte postale de la part des 48%) au Parlement européen. Je vais également me joindre au bus Brexit Is It Worth It ? pendant une semaine plus tard dans le mois. On m’invite aussi à des évènements locaux et nationaux, mais ces derniers sont généralement organisés sur le court terme. Peu importe ce que je ferai, je suis certaine de participer à une campagne intense, excitante, passionnée et positive dans le but de mettre un terme au Brexit. »

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