Maia Sandu : la Présidente d’un petit pays qui défie Moscou

, par Le Courrier d’Europe, Teodora Bercea

Maia Sandu : la Présidente d'un petit pays qui défie Moscou
©European Parliament (Creative Commons Attribution 4.0 International)

La Présidente moldave, Maia Sandu, est souvent apparue dans les médias ces derniers mois suite à sa nomination par The Telegraph comme World Leader of the Year et ensuite pour ses déclarations sur un potentiel référendum d’unification entre la Moldavie et la Roumanie. Encore plus récemment, elle a été proposée aux prix Nobel par un membre du parlement de la Norvège, une nomination qu’elle a refusé, affirmant que les prisonniers de guerre ukrainiens en sont les véritables méritants. Mais qui est vraiment Maia Sandu ? Et que peuvent apprendre d’elle les autres dirigeants européens face aux pressions extérieures et aux défis de la résilience démocratique ?

Une carrière au service du pays

Économiste de formation, elle a commencé sa carrière dans les années 1990, dans une Moldavie post-sovietique, marquée par la crise économique et une démocratie faible, en travaillant dans l’administration publique auprès du ministère de l’Économie. Elle a continué dans ce secteur pendant plusieurs années et a également travaillé au bureau de Chișinău de la Banque mondiale.

En 2010, elle obtient un Master en Politiques Publiques à la Kennedy School of Public Administration de l’Université Harvard, aux États-Unis. Après ce diplôme, elle a été conseillère du directeur exécutif de la Banque mondiale à Washington pendant deux ans. Mais, en 2012, elle reçoit "une offre inattendue", celle de devenir Ministre de l’Education. En acceptant de revenir au sein du gouvernement moldave, elle “divise ses revenus par 15”, malgré le titre de Ministre, car les salaires en Moldavie ne se comparent pas aux salaires aux Etats-Unis ou en Europe Occidentale. En réalité, même aujourd’hui, en tant que présidente du pays, elle gagne environ 1100 euros par mois.

Pendant son mandat de Ministre de l’Éducation de 2012 à 2015, elle a mis en place de nombreuses réformes. Elle a notamment lutté contre la corruption et la tricherie aux examens, en introduisant des caméras de surveillance dans les écoles pendant les examens du Baccalauréat.

La Moldavie dans l’UE

En 2016, elle a fondé le parti Action et Solidarité, aujourd’hui le principal parti pro-européen du pays. Elle l’a dirigé tout en occupant plusieurs fonctions politiques majeures, notamment comme députée, puis comme Première ministre de la Moldavie, avant d’être élue Présidente en 2020. Depuis son arrivée au pouvoir, Maia Sandu s’est imposée comme l’une des principales promotrices du parcours européen de son pays, ainsi qu’une des figures les plus importantes de la résistance démocratique face à la Russie en l’Europe de l’Est.

C’est pendant son premier mandat présidentiel (2020 - 2024) que la Moldavie a obtenu le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne, en même temps que l’Ukraine en 2022, une étape historique qu’elle a activement portée. En 2025, elle entame son deuxième mandat, devenant ainsi le premier président moldave élu directement par le peuple à obtenir deux mandats, et les négociations d’adhésion à l’UE commencent officiellement, confirmant l’intégration européenne du pays comme priorité centrale de son leadership. Dans le même temps, elle continue de présenter la trajectoire européenne de la Moldavie comme une nécessité existentielle, notamment depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. « Le processus d’adhésion à l’Union européenne est une stratégie de survie », affirme-t-elle. L’invasion du pays voisin a éclairé la vulnérabilité sécuritaire, ainsi que la dépendance énergétique de la Moldavie sur la Russie.

Interférences russes dans les élections moldaves

Sa réélection en 2024, tant les élections parlementaires d’octobre 2025 (remportées par son parti avec plus de 50% des voix) ont été marquées par des tentatives d’ingérence attribuées à la Russie comme les campagnes de désinformation ou le financement illégal de certains candidats. Les autorités moldaves ont enregistré une campagne de désinformation russe d’une ampleur sans précédent. Selon Maia Sandu, ces derniers scrutins ont été la cible d’une campagne massive de déstabilisation orchestrée par Moscou : « La Russie a dépensé des centaines de millions d’euros dans cette élection, pour financer des partis qu’elle contrôle en Moldavie, en essayant de corrompre les électeurs. »

Sa vie personnelle a également été ciblée par les fake news, en instrumentalisant les stéréotypes de genre et la culture conservatrice et chrétienne du pays. Maia Sandu est celibataire et n’a pas d’enfants. Ainsi, l’une des rumeurs visant à la discrediter prétendait qu’elle était lesbienne et qu’elle aurait acheté du sperme auprès de donneurs célèbres gay tels que Ricky Martin et Elton John pour avoir un enfant. Dans le même temps, son image publique contraste fortement avec ces tentatives de déstabilisation. Elle cultive un style personnel inhabituellement sobre pour un chef d’État. Contrairement à la plupart des dirigeants, Maia Sandu voyage régulièrement sur des vols commerciaux, y compris avec des compagnies low-cost. C’est un choix qu’elle assume publiquement depuis plusieurs années et qu’elle justifie par la nécessité de limiter les dépenses publiques, ce qui renforce la cohérence de son image : « Nous sommes un petit pays (…) nous devons dépenser le moins possible. C’est normal. » Cette simplicité, loin d’être un geste symbolique, renforce sa crédibilité auprès de la population et de ses partenaires européens, en cohérence avec son engagement contre la corruption et les privilèges des élites politiques.

Malgré ces attaques personnelles et campagnes de désinformation, son parti et le projet pro-européen continuent de bénéficier d’un soutien populaire. Elle a affirmé avec fermeté la souveraineté de son pays : « La Moldavie est notre patrie. Notre patrie n’est pas à vendre. »

En même temps, elle serait ouverte à une éventuelle unification entre la Moldavie et la Roumanie si la question était soumise à référendum, affirmant qu’ « il devient de plus en plus difficile pour un petit pays comme la Moldavie de survivre en tant que démocratie, en tant qu’État souverain, et de résister à la Russie. » Les deux pays partagent une histoire et une langue commune. La Moldavie orientale (Bessarabie) a fait partie de la Roumanie jusqu’en 1940, date à laquelle elle fut annexée par l’Union soviétique. Cependant, la République de Moldavie est indépendante depuis la dissolution de l’URSS en 1991, et l’idée d’une réunification avec la Roumanie reste minoritaire tant en Moldavie qu’en Roumanie.

Maia Sandu avertit également que l’Europe doit prêter une attention particulière à ce qui se joue en Moldavie, car la Moldavie ne défend pas seulement son propre avenir, mais se trouve en première ligne d’un affrontement plus large : « La cible n’est pas la Moldavie. La cible est l’Europe. ». Son leadership s’inscrit ainsi dans une vision qui dépasse les frontières nationales, faisant de son pays un symbole de résistance démocratique sur le continent. Selon elle, ce petit pays n’est pas un cas isolé, mais un laboratoire des ingérences russes, un signal d’alarme pour tout le continent.

Une reconnaissance croissante sur la scène européenne

Dans ce contexte tendu, avant les dernières élections parlementaires, plusieurs leaders européens ont exprimé leur soutien à Maia Sandu et au parcours européen de la Moldavie. Le 27 août dernier, le Président français Emmanuel Macron, le Chancelier allemand Friedrich Merz et le Premier ministre polonais Donald Tusk se sont rendus à Chișinău pour afficher publiquement leur appui au pays, qui célébrait les 34 ans de son indépendance. Les trois dirigeants européens ont pris la parole devant le peuple moldave afin de réaffirmer leur soutien politique et symbolique. Emmanuel Macron et Donald Tusk ont même prononcé une partie de leurs discours en roumain, un geste fort à l’égard de la population, qui a montré la proximité culturelle entre la Moldavie et les autres pays de l’Europe. En même temps, il s’agit d’un geste symbolique du soutien politique pour le parti pro-européen de Maia Sandu.

Cette posture lui a valu une reconnaissance croissante sur la scène internationale. Emmanuel Macron a notamment salué sa “détermination” face aux ingérences russes. Après les élections parlementaires, les dirigeants du triangle de Weimar ont également publié une déclaration conjointe pour la féliciter à la suite de sa victoire, réaffirmant leur engagement en faveur de la Moldavie et de son avenir européen. Pour de nombreux responsables européens, elle incarne aujourd’hui une nouvelle génération de leaders, définie davantage par l’intégrité, la résilience democratique et la lutte anticorruption que par le pouvoir ou le prestige.

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