Nous avons besoin d’un président de l’Union Européenne élu !

, par Hannah Illing, traduit par Stéphanie-Fabienne Lacombe

Nous avons besoin d'un président de l'Union Européenne élu !
© Henri Malosse Henri Malosse, né en 1954, président du CESE de 2013 à 2015.

Malosse est un Européen convaincu, qui parle non seulement Allemand et Anglais, mais aussi Polonais et Russe. À 16 ans, il gagne un premier concours sur l’intégration européenne. Il critique la bureaucratie de Bruxelles et attire l’attention sur la situation précaire des ouvriers, en critiquant par exemple la directive Bolkestein. Il s’engage pour les Droits de l’Homme et s’est entretenu plusieurs fois avec le Dalai Lama.

Mr. Malosse, dans votre discours « L’Europe de Schuman » que vous avez tenu au CESE pour la journée de l’Europe en 2014, vous avez dit : « Il ne suffit plus de construire l’Europe. Nous devons construire des Européens. » Que vouliez-vous dire par cela ?

Je voulais dire que nous devons former plus fortement une identité européenne, avec les citoyens. Or la majorité de la population ne se sent pas européenne. Elle sent qu’elle a besoin de l’Europe, mais ne s’identifie pas à elle, ni les politiques. C’est sur cela que j’ai voulu faire remarquer.

Comment peut-on créer une telle identité européenne ?

Une identité européenne ne peut pas venir d’en haut, d’une décision du conseil par exemple. Elle ne peut venir que des citoyens. Moi-même me sens comme un enfant de la réconciliation franco-allemande après la Seconde Guerre mondiale. À 12 ans, j’ai déjà eu la possibilité de participer à un programme d’échange. Mon père était enseignant d’Allemand et pour lui, ces partenariats étaient une priorité. L’amitié franco-allemande m’a beaucoup marquée.

J’organise moi-même des échanges entre la République Tchèque et l’Allemagne. Or je trouve énormément difficile d’obtenir un financement européen. Cela n’a jusqu’à présent jamais marché pour nous.

C’est frustrant, tout dure très longtemps. Je pense que ce sont ces petits pas qui construisent l’Europe. Je me sens Européen depuis cet échange au sud de la France. La Commission avait un programme pour soutenir les échanges entre villes jumellées. Or ce fond n’existe plus.

Qu’est-ce qui a changé depuis vos premiers pas en tant qu’Européen ?

Bruxelles est technocrate, froide et sans âme. Les jeunes s’en sentent détachés. Ils participent peu aux élections, ne sont pas motivés. Vers la fin des années 1990 et au début des années 2000, de nombreuses erreurs ont été commises : on n’a plus investi pour les citoyens, mais pour l’économie, le libre-échange par exemple. Tout était très idéologique et théorique, à l’exception du programme Erasmus. Erasmus et le lancement de l’euro ont été les seuls programmes proches des citoyens. Quand l’Euro a été introduit, la plupart des gens étaient très positifs. À l’époque j’étais en France et j’ai pu observer les gens faire la queue pour recevoir les nouveaux billets. Ils étaient enthousiastes ! Cet enthousiasme s’est perdu avec la politique d’austérité de l’Union.

Que peut-on faire pour rapprocher de nouveaux citoyens et Union européenne ?

Je pense que nous ne pouvons pas faire beaucoup avec la politique européenne ainsi que les structures actuelles de l’UE. L’UE est devenue compliquée et inconnue. Mais il est néanmoins important d’avancer par petits pas. Je vous donne un exemple. Je suis en train de travailler sur un projet pilote avec le député européen Jean Arthuis et d’autres collègues, amis et députés : l’Erasmus pour jeunes apprentis. Un apprentissage dure trois an. Si un apprenti pâtissier français a la possibilité de travailler dans une boulangerie française pendant deux de ces années, et un an dans une boulangerie allemande, c’est un énorme enrichissement pour lui. Il pourra apprendre une nouvelle langue et connaître une nouvelle culture, il apprendra comment faire un pain noir. Un autre exemple sont les initiatives citoyennes que la Commission européenne ne prend pas très au sérieux malheureusement.

Devrait-on également changer la structure des institutions européennes ?

On devrait donner plus de poids au Parlement européen. Nous avons besoin d’un président du Parlement élu, je pense que cela pourrait amener la jeune génération à voter. Si par exemple l’ancien président tchèque Václav Havel se présentait comme candidat, il pourrait représenter un idéal pour lequel les jeunes voteraient. Le langage de Václav Havel était facile à comprendre, ni idéologique, ni technocratique. Peut-être parce qu’il était également écrivain. Mais des hommes politiques comme lui sont rares.

Václav Havel a tenu un discours intéressant à Strasbourg en 1994. Il a dit : « Le Traité de Maastricht a touché ma conscience, mais non mon cœur ». Vous êtes sceptique envers la bureaucratie européenne. Mais j’ai l’impression : nous pouvons en parler autant que nous voulons, de toute façon rien ne changera.

Et ça empire de plus en plus ! C’est vrai que nous n’avons rien changé dans notre système. Au début nous étions six États-membres, maintenant nous sommes 28, mais le système est toujours le même. En tant que président du CESE j’avais la chance de participer au Conseil européen. Les rencontres sont formelles, ennuyeuses, sans vrai débat. Personne n’écoute vraiment ses interlocuteurs. Comment attendre d’un tel comité qu’il rapproche l’UE et les citoyens ?

Personnellement, je connais de nombreux jeunes Européens. Ce qui me rend furieuse est la disparité des chances qui leur sont offertes. En Italie par exemple, il semble impossible de trouver un emploi une fois les études terminées. Comment les jeunes peuvent-ils se passionner pour l’UE s’il y a de telles inégalités ?

C’est vrai, je pense que les différences entre les pays se sont accrues après la chute du mur. D’une part nous avons une monnaie commune, d’autre part les chances ne sont pas les mêmes partout. Qu’est-ce que l’Europe apporte aux jeunes espagnols contraints d’émigrer à cause du marché du travail ? Rien. C’est plutôt un échec.

Est-ce une cause pour la montée du populisme en Europe ?

Rendez-vous compte que dans les 50 dernières années, la richesse de nos pays s’est accrue, le PIB s’est multiplié. Mais le niveau de vie a-t-il augmenté de la même manière ? Non ! Nous vivons dans un monde plus dangereux, il y a moins de possibilités d’emploi et les jeunes qui entrent sur le marché du travail ne sont même pas sûrs d’avoir une retraite. Le principe des « petits boulots » [emplois payés 450€/mois en Allemagne n.d.l.r] est un bon exemple de cette situation précaire. Les citoyens ne comprennent pas pourquoi les conditions se sont aggravées alors qu’a eu lieu un progrès. Les populistes peuvent facilement tirer partie de cette tendance.

Alors le populisme est la faute du néolibéralisme ?

Le néolibéralisme et la mondialisation, oui. Comment peut-on accepter que l’industrie soit délocalisée en Chine ? Je pense que les conséquences de la mondialisation et de l’échange mondial sont négatives pour les gens, même si les élites ne sont pas de cet avis. Il y a moins d’emploi, on est payé moins bien. Est-ce cela le progrès ?

Y a-t-il de l’espoir pour l’Europe ?

Nous n’avons aucune alternative. L’Europe est notre seule chance. Je pense comme Jean Monnet : l’idée européenne fondamentale est ancrée profondément dans les citoyens européens. Les jeunes sentent que nous en avons besoin. Jusqu’à présent, les politiques n’ont pas trouvé la vraie vision. Mais ça arrivera. Nous Européens sommes responsables de guerres civiles et du colonialisme. Notre responsabilité est de construire l’Europe, et cela avec les citoyens, pas contre eux. Nous avons besoin de personnes avec des visions, des projets concrets, un échange permanent et un mouvement politique pour un président de l’UE élu. Nous pouvons y arriver. La génération des jeunes doit commencer.

Merci pour l’entretien !

Vos commentaires

  • Le 16 décembre 2016 à 14:34, par Alain En réponse à : Nous avons besoin d’un président de l’Union Européenne élu !

    Un président du parlement élu, cela n’existe nulle part, le président d’un parlement est toujours élu par les parlementaires.

    Et si il croit que l’on va se déplacer en masse pour l’élection de quelqu’un sans pouvoir ... Le parlement européen n’a même pas le droit d’initiative parlementaire ; si la Douma russe avait aussi peu de pouvoirs que le parlement européen, on entendrait crier nos « démocrates » à la dictature !

    Tant qu’on approuve l’Europe des règles si chères aux Allemands au détriment d’une Europe politique avec un vrai débat (et non le TINA omni-présent) les peuples s’en détourneront de plus en plus jusqu’à la mort cérébrale

  • Le 21 décembre 2016 à 08:39, par Julien-e En réponse à : Nous avons besoin d’un président de l’Union Européenne élu !

    « Président du parlement élu »....

    L’article a été mal traduit. La version originelle parle d’un président de l’UE élu.

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