Nouvelles stratégies UE-Chine : “Les mots ne suffisent pas”

, par Justin Horchler

Nouvelles stratégies UE-Chine : “Les mots ne suffisent pas”

La commission des affaires étrangères du parlement européen a adopté en juillet dernier un rapport contenant six piliers pour une nouvelle stratégie UE-Chine. Hier, elle a été débattue en plénière.

C’est en 1975 que Christopher Soames se rend en Chine. Ce voyage de l’ancien commissaire européen au commerce et aux relations extérieures marque le début de la relation entre l’Union européenne et le Pays du milieu. Le poids de la Chine dans l’économie mondiale a énormément augmenté à partir de 1978 grâce aux politiques de libéralisation de Deng Xiaoping. Les échanges entre le vieux continent et la Chine ont par conséquent connu une croissance exponentielle. Aujourd’hui, l’Europe importe principalement depuis la Chine, et y a exporté plus de 200 milliards d’euros en valeur de marchandise.

Le pays de Xi Jinping est également une puissance militaire et géopolitique. Selon le Stockholm international peace research Institute, l’armée populaire de libération aurait un budget de plus de 220 milliards d’euros en 2019, soit presque autant que les 27 réunis, et ce chiffre ne cesse de croître. La Chine multiplie les investissements partout dans le monde dans le cadre de son projet de Nouvelles routes de la soie, et est un partenaire incontournable dans de nombreuses régions.

Une nouvelle stratégie est donc nécessaire pour obvier à la puissance chinoise, et développer une nouvelle coopération.

Un dialogue ouvert sur les défis mondiaux

Les eurodéputés souhaitent plus de dialogue entre la Chine et l’Union européenne, notamment en matière de lutte contre le dérèglement climatique, de protection des droits humains ou d’innovation.

Situation sanitaire oblige, les députés plaident pour une coopération forte dans la prévention de futures pandémies. Le Parlement européen insiste : une enquête sur l’origine de la Covid-19 doit se tenir indépendamment et rapidement.

Une action sur les droits de l’Homme par le biais du levier économique

Une des principales préoccupations des différents groupes parlementaires est la situation à Hong Kong. En effet, en 1997, la Chine s’engageait à protéger une certaine indépendance d’Hong Kong pour 50 ans. Pourtant, ces dernières années, le gouvernement hongkongais, sous le contrôle de Pékin, a multiplié les lois liberticides.

La situation de la minorité musulmane des Ouïghours dans la province du Xinjiang est aussi abordée, ainsi que les différentes contre-sanctions qui touchent certaines entités de l’Union européenne. Sur les listes figurent par exemple les eurodéputés Raphaël Glucksmann et Reinhard Bütikofer, ou des chercheurs comme Adrian Zenz.

Les parlementaires s’accordent à devoir utiliser les différents partenariats comme outils, afin d’encourager la Chine à respecter ses engagements sur les droits humains ou le respect des conventions de l’Organisation internationale du travail. Le dernier en date est l’accord global sur les investissements. Il est négocié depuis 2013, n’est toujours pas ratifié, mais conclu et adopté en décembre 2020. Une sanction également envisagée est le boycott des Jeux Olympiques d’hiver de Pékin de 2022 par les équipes des différents États membres.

Une analyse des menaces et des défis

Les eurodéputés considèrent véritablement les aspirations chinoises comme des menaces. Les différentes initiatives et plans, par exemple son 14e plan quinquennal, “Made in China 2025”, “China Standards 2035” et “16+1” doivent être contrées selon la majorité des parlementaires par des équivalents en Europe ou des partenariats avec les États-Unis. Il est effectivement primordial pour les 27 d’avoir de grandes ambitions, et il est normal pour un pays comme la Chine de vouloir imposer sa puissance. Elle doit être libre de pouvoir continuer son développement, tant qu’il ne nuit pas à la souveraineté des européens ni aux valeurs qui nous unissent.

Il est donc nécessaire d’effectuer des audits sur la dépendance des États membres à la Chine  ; mais il ne faudrait pas se concentrer uniquement sur cette puissance. La Chine n’est pas le seul pays à vouloir s’ingérer dans les affaires internes des 27. Nul besoin d’aller si loin pour observer que certains régimes s’intéressent particulièrement à nos secteurs stratégiques ou à nos élections. Il est donc regrettable que le travail des députés se concentre exclusivement sur cet État, en oblitérant bien d’autres.

Les députés de la Commission des affaires étrangères déplorent que certains accords soient signés unilatéralement sans informer la Commission européenne. Les États comme la Chine se servent du manque d’unité dans l’Union pour conclure des protocoles plus avantageux. Rappelons pour citer une célèbre fable de Jean de la Fontaine : toute puissance est faible, à moins que d’être unie. Comment un État comme la Hongrie, dont le PIB est 85 fois inférieur à celui de la Chine, peut jouer un rôle prépondérant lors des négociations ? En revanche, le PIB des 27 réunis est supérieur à celui de l’Empire du milieu, permettant de mieux peser autour de la table. L’Union européenne est une force, et s’accorder avec d’autres États sans mutualiser nos forces est une erreur ; face à la Chine, aux États-Unis ou tout autre puissance.

La mise en place de partenariats avec des acteurs partageant les mêmes valeurs

Il est essentiel de devoir nouer des alliances en mers de Chine méridionale, mais plus largement dans toute la région indopacifique. Les députés suggèrent de principalement s’appuyer sur Taïwan. Cet État souverain n’étant pas membre des Nations unies est stratégiquement situé. De plus, l’Union européenne entretient des relations très proches avec l’île, en y étant le premier investisseur. Le Japon ou la Corée du Sud peuvent également être des alliés dans la région.

La commission des affaires étrangères souhaite une union des démocraties, mais aussi des liens plus forts avec les autres organisations intergouvernementales (UA ou ASEAN). La relation avec les États-Unis doit être consolidée pour contrer l’influence croissante de la Chine au sein des organisations internationales. Le Parlement européen a conscience que l’Union seule ne peut lutter contre les ambitions chinoises. Mais il ne faut pas oublier qu’il est possible de conjuguer développement de la Chine et intérêts européens. Considérer ce pays comme une puissance nocive qui ne cherche qu’à dominer le reste du monde est une erreur. La coopération avec la Chine est absolument nécessaire et est bénéfique pour nos deux États.

La promotion d’une autonomie stratégique ouverte

Pour Hilde Vautmans, la rapporteure, nous devons nous doter d’un FBI et d’une CIA européens. La députée belge déplore le manque d’armée européenne et de politique commune en matière de défense et étrangère. La situation en Afghanistan a montré nos faiblesses. Elle plaide pour “La fin de la naïveté européenne face à la montée du dragon.”

Nathalie Loiseau regrette quant à elle la trop forte implication de la Chine dans le milieu universitaire. La multiplication du nombre d’Instituts Confucius inquiète, et la présidente de la sous-commission sécurité et défense souhaite que l’Union se préoccupe plus du “pillage des savoirs”.

Le rééquilibrage de la balance commerciale doit être une priorité des commissaires européens. Les députés demandent des conditions de concurrence plus justes, et le respect des protocoles internationaux ou de la propriété intellectuelle. Les investissements chinois doivent être mieux contrôlés sur le vieux continent, et leur marché, public notamment, s’ouvrir aux capitaux européens. Il est primordial de réagir à l’espionnage industriel ou aux attaques informatiques. Pour Assita Kanko, député belge, “il faut être plus ferme, les mots ne suffisent pas”.

La défense des valeurs et intérêts européens fondamentaux, en faisant de l’UE un acteur géopolitique

“Il est grand temps d’arrêter de penser que l’enjeu principal sont les échanges commerciaux : c’est la géopolitique !” s’est exclamé Reinhard Bütikofer, député vert visé par les sanctions chinoises, devant l’hémicycle européen.

L’Union doit s’imposer comme une puissance géopolitique. De nombreux eurodéputés souhaitent une plus forte coopération des 27 avec les États-Unis dans certains domaines stratégiques. Ce n’est pas ainsi que les européens deviendront un acteur géopolitique influent et décisif. Nous devrions plus nous concentrer sur nos propres industries, notre propre unité et stratégies que de dépendre d’autrui.

Il faut donc être prudent. La Chine n’est pas notre ennemi, elle doit même être une alliée dans de nombreux domaines. En revanche, il faut assurer la souveraineté de notre continent, et veiller à ce que les ambitions de certains États ne nuisent pas à nos intérêts. (Chine, mais aussi Turquie, États-Unis, Russie…) La coopération avec la Chine est essentielle dans la lutte contre le dérèglement climatique, la préservation des droits de l’Homme ou le maintien de la paix. Il est préférable de travailler ensemble main dans la main en étant toujours circonspect, et prêt à réagir en cas d’agression.

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