Après 55 ans, l’Exposition Universelle revient à Osaka. Elle a ouvert ses portes au monde et aux habitants de l’archipel nippon en avril 2025 et ce jusqu’au mois d’octobre. Avec pour thème : « Concevoir la société du futur, imaginer notre vie de demain », l’exposition rassemble plus de 150 pays du monde pour partager des avancées technologiques, notamment en intelligence artificielle, mais aussi des solutions vers la durabilité dans différents domaines.
À la fin du mois de mai, l’« île du rêve » (Yumeshima, 夢洲) sur laquelle se déroule l’exposition avait déjà accueilli plus de 15 millions de visiteurs. Ce rassemblement s’illustre déjà par de nombreuses propositions architecturales comme le « Grand Ring », un anneau dont la structure en bois représente l’unité des nations membres. Cette structure est par ailleurs la plus grande structure en bois du monde à ce jour avec une circonférence de 2 kilomètres et une hauteur dépassant à certains endroits les 15 mètres. Le pavillon français s’illustre lui aussi dans une certaine mesure, fort d’un grand succès auprès des visiteurs, dans un design représentant les valeurs de la République et entièrement construit en matériaux recyclables.
L’Exposition universelle d’Osaka 2025 : une Compétition Géopolitique
L’Exposition a évidemment plusieurs facettes qui reflètent les intérêts de différents acteurs. Dans un premier temps, elle permet aux visiteurs d’en découvrir plus sur les différents pays et cultures du monde, tout particulièrement dans un pays insulaire dont les habitants partent peu à l’étranger. Seulement, le véritable enjeu de cette exposition est d’affirmer la position géopolitique et la puissance économique des pays participants en Asie. Dans cette compétition à ciel ouvert, les différents pays participants démontrent leurs avancées en termes de technologies, à la fois dans la technicité des installations à l’intérieur des pavillons, mais aussi dans l’architecture et le design du pavillon en lui-même. Les pavillons du Portugal et de l’Espagne se font particulièrement remarquer de par leurs architectures, quand d’autres, comme la France et les États-Unis, misent sur la technique pour attirer les visiteurs.
Cette exposition est donc une formidable opportunité pour les participants, et particulièrement l’Union européenne, d’affirmer en Asie sa position pionnière dans la promotion des valeurs démocratiques, de la recherche scientifique et de sa diversité culturelle.
Et l’Europe dans tout ça ?
L’Union européenne profite-t-elle alors de cette opportunité pour briller au Japon ? À cette question, la réponse est un « non » catégorique.
La première chose qui frappe le visiteur lorsque celui-ci passe devant le pavillon de l’Europe est la très petite taille du pavillon européen, doublée d’une architecture générique qui sont incomparables à celles de son voisin belge. Une première impression fade qui n’encourage pas vraiment les passants à s’aventurer à l’intérieur.
Sur le fond, le pavillon présente de bonnes idées : il s’essaie, par exemple, à représenter la diversité des langues européennes à travers des conversations avec plusieurs robots pourvus d’intelligence artificielle. Nous pouvons aussi y trouver une grande emphase sur le développement durable, à la fois dans les matériaux et dans différents concepts mettant en avant différentes technologies (plantes virtuelles, présentation des projets environnementaux). Un œil aiguisé noterait l’absence de présentation des valeurs démocratiques européennes, mais le pavillon parvient, dans une certaine mesure, à transmettre les valeurs d’espoir et de coopération vers un futur meilleur , chères à l’UE.
Tout ceci est, cependant, négativement impacté par le manque de moyens et de créativité dans la création du pavillon, qui est évident. Un bras robot constitue la seule attraction un tant soit peu impressionnante, mais le reste des différents exposés est anecdotique, et le visiteur passe à travers le pavillon sans vraiment s’arrêter. L’aspect le plus marquant est le manque d’intention artistique, et cela saute encore plus aux yeux lorsque l’on compare le pavillon à d’autres comme les pavillons français ou belges qui emmènent leurs visiteurs dans une expérience tout en son et lumière. En essence, ce pavillon européen manque cruellement d’audace et se cantonne à de basiques origamis, une mascotte modeste et d’autres éléments qui sont incapables de représenter la véritable richesse culturelle et scientifique de l’UE.
Une Europe désunie sur l’archipel
Dans cette course géopolitique en Asie, l’Union européenne est en fin de peloton. Son pavillon ne lui rend pas hommage et renvoie une impression de fragilité , comme s’il était un simple spectateur plutôt qu’un acteur de premier plan. Il est évident, lorsque l’on observe le pavillon, que les priorités de l’Europe sont ailleurs qu’en Asie, malgré l’importance économique et géopolitique grandissante de cette région du monde. Sur ce continent dont les acteurs deviennent de plus en plus puissants (Chine, Inde, l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est ou ASEAN), l’UE donne une image désunie et économiquement faible lors de cette exposition où les relations internationales sont au-devant de la scène.
Ce pavillon en demi-teinte n’atteint pas vraiment la promesse d’un renforcement des relations avec les pays asiatiques pour un futur plus durable. En effet, le manque de moyens économiques apparent malgré la puissance financière de ses États membres reflète une Europe désunie et peu aidée par les différents pays européens. La faiblesse perçue est d’autant plus préoccupante qu’elle pourrait contribuer à une marginalisation progressive de l’Europe dans les futurs échanges et décisions stratégiques en Asie. Notons tout de même que les États membres s’illustrent tous individuellement, ce qui a un impact positif sur la position géopolitique de l’UE, mais contribue à renforcer le sentiment de désunion qui transparaît dans le pavillon européen.
Nous ne pouvons qu’espérer que l’Europe se montre plus impliquée dans les futurs projets internationaux en Asie (EXPO REAL Asia 2026 à Singapour par exemple) afin de ne pas renoncer à d’intéressants partenariats avec les pays asiatiques, qui sont non seulement essentiels pour sa croissance économique, mais aussi pour le maintien de son influence dans le nouvel ordre mondial qui se dessine.


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