Pacte Vert : « Les processus de marché sont les grands perdants »

, par Eric Drevon-Mollard

Pacte Vert : « Les processus de marché sont les grands perdants »
(Source : Pixabay)

OPINION. Le 9 décembre 2020 était lancé le Pacte Européen pour le Climat, plus communément nommé Pacte Vert européen. Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne est responsable de la mise en place de cette véritable planification de l’économie pour les décennies à venir. Présenté comme l’opportunité de construire une économie moins polluante et plus innovante, ce virage à 180° de l’Union tourne le dos au sacro-saint principe de la concurrence libre et non faussée, pourtant inscrit dans les traités fondateurs. L’économiste qui a retenu les leçons de l’histoire est en droit de s’interroger sur les conséquences qu’aura une telle politique sur la prospérité des européens.

Une planification écologique ambitieuse

Ambitieux, ce Pacte Vert l’est. Les émissions de gaz à effet de serre devront être réduites d’au moins 55% d’ici 2030, et à 0 d’ici 2050. Mais pour y parvenir, il ne faudra pas compter sur le nucléaire, qui sera exclu des financements du Pacte Vert. Seules les énergies renouvelables (éolienne et solaire) devront être déployées, et l’efficacité énergétique des bâtiments devra assurer d’importantes économies d’énergie. Plus de 600 milliards d’euros financeront directement le Pacte Vert européen. Des obligations « vertes » européennes seront émises à hauteur de 250 milliards d’euros afin d’alimenter un Fond Social pour le Climat. 72,2 milliards d’euros sur 7 ans devront aller à la rénovation énergétique des bâtiments. L’Union européenne a également l’ambition d’exporter sa « transition énergétique » dans le monde entier (y compris en Chine) en la subventionnant à l’étranger. L’objectif : parvenir à 1/3 du financement public mondial de la lutte contre le changement climatique.

Pour faire décroître les émissions de dioxyde de carbone de manière aussi rapide, brutale et radicale, l’Europe prévoit en outre d’interdire les voitures thermiques d’ici 2035, obligeant de facto les constructeurs à vendre exclusivement des véhicules 100% électriques.

Des obstacles purement technologiques à cette transition

Or nous savons que, pour la seule France dont la production électrique est très nucléarisée, si nous devions remplacer notre parc automobile thermique par un parc purement électrique, il faudrait construire plusieurs nouvelles centrales pour alimenter les véhicules. Nous avons pourtant fermé celle de Fessenheim, et nos voisins, qui ont bien entamé leur transition « écologique » vers plus de renouvelables, subissent déjà des pénuries d’électricité importantes lors d’épisodes anticycloniques froids sans vent en plein hiver. L’Allemagne, notamment, importait notre électricité nucléaire afin d’éviter les black-out ces dernières années. Ce sera impossible cet hiver, vu que la centrale de Fessenheim est fermée, et que nous risquons nous-mêmes d’être en difficulté en cas d’une telle situation climatique.

Généraliser cette transition dans tous les pays européens, c’est-à-dire remplacer des sources d’énergies constantes (comme le charbon, le gaz et l’atome) par une production intermittente, conduirait à des coupures de courant récurrentes et de longue durée (de l’ordre de plusieurs jours). En effet, le vent dépend des conditions climatiques, et s’arrête régulièrement même dans les régions les plus ventées ; le soleil disparaît toutes les nuits, et durant les courtes journées brumeuses d’hiver en Europe du nord, il produit très peu d’énergie alors que c’est la période où les consommateurs en ont le plus besoin.

Les subventions aux énergies renouvelables faussant le marché, elles favorisent la construction d’éoliennes dans des régions ventées, comme le nord de l’Allemagne ou la côte ouest de l’Irlande, mais aussi indistinctement dans des régions peu ventées, comme le nord de la Bourgogne. La seule utilisation rationnelle de ce type d’énergie consiste à servir d’appoint pour économiser de l’eau des barrages en été dans des régions où le mix énergétique est principalement hydraulique, et qui sont ventées, par exemple en Norvège. Mais dans une telle configuration, nul besoin de subventions : comme la production éolienne est rentable, le marché se charge très bien d’allouer les capitaux nécessaires.

Cette transition risque donc soit de se traduire par des pénuries ingérables avec des black-out généralisés, couplée à une hausse très importante du prix de l’électricité (condamnant les classes populaires à vivre dans le froid glacial), soit par l’utilisation de vieilles centrales à charbon et à gaz pour maintenir le réseau électrique, ce qui se traduira par plus d’émissions de dioxyde de carbone. La comparaison des émissions par habitant entre la France très nucléarisée et l’Allemagne enfermée idéologiquement dans son Energiewende montre que jusqu’à présent cette transition a abouti au contraire de ce qui était souhaité par les hommes politiques (ou en tout cas de ce qu’ils affichent comme souhaité : le cas de Gerhard Schröder, ancien chancelier allemand pantouflant chez Gazprom, interroge...).

Des obstacles économiques et démocratiques à cette transition

Les processus de marché sont les grands perdants de ce Pacte Vert, dont la justification repose précisément sur le déni de leur efficacité. Sa conception part du principe que la planification est plus efficace.

Or qu’est ce que les processus de marché ? La liberté pour chacun de faire ses choix et d’arbitrer en fonction de ses préférences, d’investir et de consommer. Ces décisions sont individuelles, nécessairement subjectives, elles sont donc une synthèse de ce que chacun souhaite, la forme la plus parfaite de démocratie.

Le marché est également un prodigieux vecteur d’informations, producteur d’intelligence collective, parce que le système de prix condense les préférences et les décisions rationnelles des milliards d’habitants de la planète Terre, alors que la planification gouvernementale, même pilotée par les meilleurs experts, ne synthétisera au mieux que l’intelligence, certes individuellement supérieure, de seulement quelques centaines de hauts fonctionnaires.

Les européens des Etats-membres de l’Est peuvent témoigner des graves problèmes que rencontrait l’économie planifiée du Pacte de Varsovie : la population connaissait de graves pénuries de biens utiles, une surproduction et du gaspillage, conduisant à un équivalent de PIB par habitant de seulement quelques dizaines d’euros par mois.

Le Pacte Vert copie toutes les tares des plans quinquennaux soviétiques : objectifs contraignants et irréalistes, basés sur des présupposés idéologiques niant les contraintes de rareté (du vent, du soleil, des énergies nucléaire et fossiles) qui limitent et guident nécessairement l’action humaine, négation des préférences individuelles, gaspillage de capital, détournement d’argent par les oligarques (la production d’éoliennes est un cas d’école), tricheries et marché noir pour pallier aux pénuries.

Cette transition « écologique », trop planifiée, est également trop rapide : elle suppose une intense destruction de capital (les infrastructures qui servent à produire et distribuer les énergies fossiles), pour le remplacer par un autre capital qui n’augmentera pas la Productivité Globale des Facteurs ni les revenus des individus. Elle suppose donc une importante perte de revenu, d’une part parce que l’accumulation du capital nécessaire à cette transition devra se faire en sacrifiant les revenus actuels, d’autre part parce que les services rendus seront inférieurs (temps de charge des véhicules, coûts de l’énergie supérieur, diminution de la variété de l’offre).

Étalée sur plusieurs décennies, jusqu’à la fin du siècle, le temps que la fusion nucléaire et les technologies de stockage de l’électricité soient vraiment compétitives, une telle transition serait parfaitement acceptable, et acceptée, parce que son coût serait inférieur à ses bénéfices. Sans intervention des gouvernements dans l’économie, elle se produirait d’ailleurs très certainement du fait des préférences des consommateurs et du progrès technique. En revanche, au rythme envisagé par le Pacte Vert, les pertes de revenus seront immenses. Les plus pauvres et la classe moyenne en paieront le prix.

L’Institut Thomas More a évalué les conséquences du Pacte Vert européen : le pouvoir d’achat des ménages, à travers le logement et le transport, sera très lourdement impacté. Le secteur automobile, fleuron de l’industrie européenne, sera menacé, les composants des véhicules électriques venant largement de Chine. La conséquence sera la casse de l’appareil industriel européen.

La décroissance du PIB européen pourrait aller jusqu’à 3% par an d’ici 2030. Le chiffre ne semble pas si élevé, mais lorsqu’on cumule ce pourcentage chaque année jusqu’en 2030, on aboutit à une baisse du PIB d’environ 28% en 2030 par rapport à 2018. Pour information, la terrible dépression économique en Grèce à la suite de la crise de 2008 a abouti à une chute de « seulement » 25% du PIB en 2014 par rapport à 2007 ! Inutile de préciser qu’un tel appauvrissement, catastrophique pour l’immense majorité de la population, ne pourrait être imposé au peuple européen dans un environnement politique libre régi par l’état de droit. C’est probablement une des raisons pour lesquelles des mesures extrêmement coercitives sont imposées au prétexte de l’épidémie de Covid : l’objectif inavoué est de préparer le peuple à la coercition nécessaire pour imposer la « transition écologique » envisagée par les institutions européennes et les chefs d’État des grands états-membres de l’ouest.

Le Pacte Vert européen est très ambitieux, mais il repose sur des fantasmes de technocrates ignorant complètement l’état d’avancement de la science et le fonctionnement de l’économie. C’est une menace, très grave, à l’encontre de la prospérité des Européens. Tellement importante, qu’elle pourrait emporter notre état de droit et nos démocraties dans une dérive autoritaire afin de contrecarrer des révoltes dont le mouvement des Gilets Jaunes (provoqué rappelons-le par une modeste hausse des taxes sur le gasoil) serait seulement un petit avant-goût. Afin de préserver notre outil économique, nos démocraties et nos traités européens, il serait sage que les décideurs enterrent ce Pacte Vert de la manière la plus adroite possible pour ne pas perdre la face.

Rappelons pourquoi le projet européen a emporté l’adhésion des peuples : il leur a offert de nombreux avantages et une amélioration concrète de leur qualité de vie. D’abord les Européens ont profité d’un grand espace de circulation, de nourriture bon marché grâce à la PAC, d’une énergie abondante dès les origines avec la Communauté Économique du Charbon et de l’Acier. Ensuite il a assuré notre prospérité grâce au grand marché intérieur, aux politiques actives de libre-échange avec le monde entier et à un droit de la concurrence très rigoureux. Notre monnaie, forte grâce aux traités qui régissent le fonctionnement de la BCE a maintenu notre pouvoir d’achat et la valeur de notre épargne. Enfin nos droits fondamentaux ont solidement été garantis par la Cour de Justice de l’Union Européenne. Préservons nos valeurs et l’héritage de la construction européenne des idéologues, afin de conserver nos démocraties et notre prospérité.

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