Parlement européen : un vote décisif sur l’huile de palme

, par Sarah Bonnefoix

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Parlement européen : un vote décisif sur l'huile de palme
Feu de forêt primaire déclenché pour replanter des palmiers à huile - Kalimantal Occidental, Bornéo, Indonésie CC Rainforest Action Network - via Flickr

2018 s’annonce être une année essentielle pour ce qui est de la politique environnementale en Europe. Après le lancement par la Commission, en novembre 2016, du paquet Énergie propre, les eurodéputés se sont concertés en vue de définir le cadre de la politique énergétique de l’Union européenne jusqu’en 2023. Parmi les dossiers brulants de l’actualité, on trouve le sensible projet visant à règlementer la consommation d’huile de palme au sein de l’Union. Le vote en session plénière s’annonce décisif.

Dans le cadre du vote sur la directive énergies renouvelables qui se tiendra en session plénière la semaine prochaine à Strasbourg, les eurodéputés seront amenés à se prononcer sur la suppression de l’utilisation d’huile de palme dans les carburants d’ici 2021. Cette avancée s’inscrit dans la trajectoire directe de la politique énergétique et environnementale développée depuis quelques années, dont le premier jalon a été posé par la Commission dans son « cadre d’action en matière de climat et d’énergie à l’horizon 2030 » le 22 janvier 2014.

Cette communication de taille élabore un cadre pour les politiques européennes en matière de climat et d’énergie, de 2020 à 2030. L’appel pour une réglementation significative de la consommation d’huile de palme au sein de l’Union n’est toutefois pas récent. Déjà en 2017, le Parlement signalait le danger que représente la consommation d’huile de palme, en adoptant le 4 avril, une résolution qui invite l’UE à cesser d’utiliser les biocarburants provenant d’huiles végétales d’ici 2020. La même résolution proposait également un système de certification unique pour l’huile de palme, afin que seule l’huile de palme durable puisse parvenir dans le marché européen. Rappelons en effet que l’huile de palme échappe jusqu’à présent à toute régulation au niveau européen, alors que ses effets néfastes sur la biodiversité ont été massivement démontrés par la communauté scientifique, et que sa consommation a plus que doublé dans le monde par rapport au début du siècle.

Concorde politique

Aussi, la proposition des eurodéputés de supprimer totalement l’huile de palme dans les carburants pour le transport d’ici 2021 semble faire l’objet d’une concorde au sein des différents partis politiques et ONG. Cité par Euractiv, Bas Eickout, eurodéputé néerlandais des Verts, indique ainsi que « l’utilisation de l’huile de palme doit être réduite à zéro d’ici à 2021 » et que « toutes les propositions qui ont émane des grands groupes politiques vont dans cette direction » : aussi, « il semblerait que la question politique de l’huile de palme obtiendra une majorité claire ». [1] Dans la même perspective, le porte-parole du groupe PPE indique que « le PPE est prêt à accepter la disposition selon laquelle l’huile de palme sera réduite à 0 d’ici à 2021 ». Une source des socialistes et démocrates va également dans ce sens : « Pour ce qui est de l’huile de palme, nous soutenons également une interdiction totale d’ici 2021 ».

Soutien des ONG et des producteurs européens d’éthanol

La proposition d’interdire l’huile de palme dans les transports a en outre été massivement soutenue par les producteurs européens d’éthanol, qui, selon certaines associations, « n’est pas responsables des inquiétudes liées à la culture de palmiers à huile ». La proposition est en effet l’occasion, toujours selon ces mêmes associations, de clarifier les choses : tous les biocarburants ne sont pas égaux. L’éthanol émet lui 64 pour cent moins de gaz à effet de serre que les combustibles fossiles et est majoritairement d’origine locale, n’entrant pas en conflit avec les cultures vivrières.

Obstacles politiques et juridiques

Néanmoins, le chemin est long avant l’adoption définitive d’une telle résolution. Dans un premier temps, la proposition doit recueillir l’accord des 28 États membres, essentiels pour finaliser l’adopter de la révision de la directive énergies renouvelables. Ensuite, les pays producteurs, à l’instar de la Malaisie ou de l’Indonésie, sont en droit de déposer un recours auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (même si ce recours n’aurait pas d’effet suspensif sur la mesure). Enfin, rappelons que de nombreuses critiques soulignent que la politique de l’Union européenne favorise toujours la déforestation. L’ancienne responsable de l’ONU pour le Climat, Christina Figueres, appelait déjà ainsi il y a plusieurs mois l’UE à prendre de sérieuses mesures contre la déforestation rampante dans l’hémisphère sud. L’UE, en tant qu’importateur majeur de denrées alimentaires provoquant la déforestation, devrait ainsi « passer à l’étape suivante » et mettre au point un plan d’action sur la déforestation.

Le vote de la semaine prochaine à Strasbourg sur la directive énergies renouvelables est donc au cœur des préoccupations européennes en matière de politiques environnementale et énergétique. Non seulement il serait une victoire sur le plan politique, accordant les différents partis en jeu, mais en plus il apporterait de réelles avancées en matière environnementale.

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