Face à la croissance du mouvement PEGIDA en Europe, les Jeunes Européens Fédéralistes à travers le continent ont décidé d’associer leur voix pour dénoncer un mouvement xénophobe et islamophobe, qui va à l’encontre des valeurs qui fondent la civilisation européenne.

PEGIDA est le nom d’un mouvement né à Dresde, en Saxe (Allemagne). Le 20 octobre 2014, des manifestations hebdomadaires du mouvement, qui se désigne comme regroupant des « Patriotes Européens Contre l’Islamisation De l’Occident (en allemand : « Patriotische Europäer Gegen die Islamisierung Des Abendlandes ») ont commencé à se rassembler contre – selon les mots des organisateurs – une « politique d’immigration et d’asile en échec » en Allemagne et dans l’Union Européenne, et que le mouvement cherche à modifier.

Il proteste contre ce qu’il considère comme une « islamisation du monde occidental », tout en appelant à des règles d’immigration plus restrictives, en particulier pour les musulmans. Le mouvement se désigne lui-même comme « patriote européen », mais ses valeurs fondamentales contredisent les nôtres, car nous, en tant que Jeunes Européens Fédéralistes, apprécions la diversité et la protection des minorités contre la tyrannie de la majorité.

PEGIDA abuse le label « Europe », en ce que ses sympathisants ne sont pas des « patriotes européens » mais restent piégés dans des systèmes de pensée nationalistes et souvent racistes. Pourtant, il est important d’intégrer le mouvement PEGIDA dans le discours politique et de garder ouvertes les lignes de communication.

Expansion européenne

Actuellement, le mouvement PEGIDA se répand à travers l’Europe et est bien parti pour se transformer, d’un phénomène national propre à l’Allemagne, en un mouvement paneuropéen, ce qui nous pousse à réagir. Son ancien meneur a mentionné dans une interview qu’il croit que « PEGIDA est un sujet européen » et que des sections existent déjà ou sont en cours de création en Autriche, Belgique, Bulgarie, République Tchèque, Danemark, France, aux Pays-Bas, en Italie, Norvège, Slovaquie, Espagne, Suède, Suisse et au Royaume-Uni .

En janvier et février, des sympathisants de PEGIDA se sont regroupés dans nombre de ces pays pour participer à des manifestations, la plus récente à Newcastle upon Tyne. Le mouvement a véritablement pris une nouvelle dimension, en affirmant clairement qu’il ne pouvait être nié ou négligé et qu’il était un enjeu important dans les sociétés civiles européennes.

Le manifeste de PEGIDA : Défaire l’égalité

En février, PEGIDA a publié un manifeste contenant de nombreuses revendications, présentées ci-dessous, dirigées contre le gouvernement fédéral allemand. Cependant, la plupart des branches européennes de PEGIDA adoptent les mêmes revendications, nous appelant, nous Jeunes Européens Fédéralistes, à prendre position.

1) PEGIDA demande une nouvelle loi sur l’immigration pour arrêter « l’immigration quantitative et non-régulée ». À la place, de nouvelles règles pour une « immigration qualitative » doivent être établies. • JEF : L’Europe est une des régions les plus riches du monde, et ce fait entraîne de l’immigration. Une loi sur l’immigration définissant la qualité d’un immigrant ne correspond pas à notre compréhension des droits universels de l’Homme et serait en opposition à une Europe ouverte, tolérante et inclusive.

2) PEGIDA veut amender les lois fondamentales ou les constitutions pour faire de l’intégration dans la nouvelle société un droit, mais aussi un devoir de tout immigré. Cela éliminerait la peur d’une disparition des cultures et identités « autochtones ». • JEF : Respecter les lois et la constitution est une exigence essentielle. Dans le même temps, il est interdit aux autorités de l’État de renoncer à leur devoir d’accorder les mêmes droits à tous les citoyens. De plus, les immigrés comme les citoyens de naissance devraient avoir le droit à l’accomplissement de soi, pour garantir une société ouverte.

3) PEGIDA veut expulser les extrémistes religieux et les fondamentalistes musulmans, ou leur refuser l’entrée et le séjour dans l’espace Schengen • JEF : les partisans de PEGIDA ont peur d’une « islamisation du monde occidental » et réclament des règles d’immigration plus restrictives, en particulier pour les musulmans, mais de cette manière ils excluent, stigmatisent et banalisent le rejet de tous les membres de cette religion. JEF agit pour une Europe tolérante et condamne la discrimination et les restrictions des droits de l’Homme sur la base de la religion.

4) PEGIDA veut apporter une coopération pacifique entre les nations européennes, au lieu de priver les parlements nationaux de leur souveraineté et autorité en raison du « contrôle fou de Bruxelles ». • JEF : nous croyons que la création d’une fédération européenne démocratique est un ingrédient crucial pour la paix de même que pour une société plus libre, juste et démocratique. Les gouvernements et parlements nationaux sont de moins en moins capables de garantir ces buts dans un monde mondialisé et plus interdépendant. À cause de cela, un important pas en avant est de doter le Parlement Européen d’une autorité décisionnelle dans ce domaine.

5) PEGIDA veut renforcer la sécurité interne en augmentant les ressources financières des forces de police et en arrêtant de réduire les effectifs de la police. • JEF : au lieu d’augmenter le budget des forces de police nationales, le point central devrait être l’approfondissement de la coopération entre les départements de police des différents États membres, le financement durable de la protection des frontières extérieures de l’Europe au niveau de l’espace Schengen et, en même temps, la disparition des frontières internes.

Détournement du concept d’ « États-Unis d’Europe »

Le mouvement PEGIDA essaye d’affûter son profil politique en utilisant le concept « d’États-Unis d’Europe » comme une perspective d’avenir pour l’Europe, même si cela ne signifie pas un avancement de l’intégration européenne. Certes, PEGIDA parle d’une fédération européenne dans laquelle chaque nation conserve son identité et sa culture propre, mais, dans les faits, le mouvement adhère au concept gaullien d’une « Europe des patries » (en allemand : « Europa der Vaterländer »). Quelque chose qui est souvent désigné comme un point du programme de groupes politiques extrêmes et d’organisation montrant des signes de racisme et d’antisémitisme. De plus, PEGIDA veut une Europe privée d’institutions supranationales puissantes, et refuse de se soumettre aux « décrets de Bruxelles ».

Nous utilisons le même terme pour notre concept de fédération européenne démocratique, mais il s’en distingue substantiellement et désigne une idée fondamentalement différente ! Ainsi, nous accusons PEGIDA d’information faussée et de dévalorisation, comme le mouvement sous-entend une fédération et un renforcement de l’intégration, mais de fait réclame plus d’autonomie et d’indépendance pour les États-nations. Le modèle d’États-Unis d’Europe développé par PEGIDA est un concept rival contre l’Union Européenne, visant à faire revenir le pouvoir politique au niveau intergouvernemental . Nous protestons contre ce concept trompeur et l’abus du terme « États-Unis d’Europe » !

Intervenons pour une Europe ouverte, tolérante, inclusive et démocratique !

En tant que Jeunes Européens Fédéralistes, nous affirmons que PEGIDA représente une menace pour nos buts politiques clés, ceux d’une Europe ouverte, tolérante, inclusive et démocratique.