Pour M. Schäuble, il faut plus de confiance en l’avenir de l’Europe

La pensée nationale dans le cadre des États nationaux n’a plus sa place de nos jours.

, par traduit par Jean-Mathieu Duchêne, Wolfgang Schäuble

Pour M. Schäuble, il faut plus de confiance en l'avenir de l'Europe

M. Wolfang Schäuble, ministre des finances allemands évoque pour un journal berlinois la crise de confiance que traverse l’Europe. Pour lui, il ne faut pas avoir peur dans l’avenir et faire le choix européen. Cet article est traduit dans le cadre d’une coopération avec la section berlinoise des Jeunes Européens Fédéralistes, la version originale est disponible ici

On évoque principalement l’Europe en lien avec la crise. Parfois, cela pourrait donner l’impression que, dans un premier temps, l’avenir de l’Union sera caractérisé par des problèmes et des crises, en particulier si l’on envisage de ne rien changer en Europe. Si rien ne change, nous continuerons donc à sous-estimer la volonté des Hommes de tirer des leçons des erreurs du passé, et leur capacité à le faire et à provoquer le changement. Pourtant, tout au long de l’Histoire, les Hommes ont déjà à de nombreuses reprises démontré qu’ils étaient capables de faire leurs preuves en prenant leur destin entre leurs mains, pour leur plus grand bien. Et je ne doute pas une seconde que cela se produira également en Europe.

Certes, en Europe, tout est loin d’être parfait. La crise de la dette, qui frappe une partie des pays de la zone euro, génère de gros problèmes économiques. Sans compter que le taux de chômage des jeunes, bien trop élevé, est inquiétant. Les pays concernés ont vécu au-dessus de leurs moyens durant de nombreuses années et ont en conséquence perdu la confiance des créanciers internationaux.

Nous sommes maintenant en train de changer de cap pour retrouver pas à pas la confiance perdue. Les pays économiquement forts, dont l’Allemagne, garantissent provisoirement aux pays en difficulté une aide financière sous forme de prêts. Les pays en difficulté profitent de cette période pour lancer des réformes fondamentales. Ce n’est pas toujours facile, et la transition ne se passe pas sans coupes budgétaires qui touchent les citoyens, comme les manifestations dans ces pays le laissent transparaître. Mais pour ces pays, c’est la seule chance de se remettre sur pied.

Certains disent que l’Allemagne pourrait très bien vivre sans l’euro et exigent donc que nous mettions un terme à notre solidarité avec les pays en difficulté. Je crois que ces personnes ne connaissent pas bien la situation. Il s’agit de ne pas négliger le fait que la fin de l’union monétaire remettrait en cause de nombreuses certitudes européennes, telles que le marché intérieur avec ses frontières ouvertes et ses libertés économiques. L’euro est le moteur le plus important et le plus visible de l’intégration européenne. Si un processus de séparation naissait, alors tout finirait par s’effondrer. Et l’Allemagne serait la grande perdante. En effet, l’euro et l’Europe sont particulièrement bénéfiques à l’économie allemande.

Ces personnes présentent également une vision idéalisée de la simplicité du passé, qui ne correspond pas vraiment à mes souvenirs. Contrôle aux frontières, formalités de douane, conversion de monnaies... Tout cela ne m’a pas laissé un souvenir impérissable. Il fallait avoir les nerfs accrochés pour supporter ces lourdeurs administratives. À l’époque, peu d’étudiants pouvaient envisager un échange dans une université étrangère, alors qu’aujourd’hui, cela paraît complètement logique.

Je suis convaincu que la pensée nationale dans le cadre des États nationaux n’a plus sa place de nos jours. Nous vivons à l’époque de la mondialisation, des technologies de l’information et de la communication, de la mobilité illimitée. Si les marchandises voyagent d’un pays à l’autre, et ce partout dans le monde, et que les habitants des pays en développement en bénéficient, nous, les Européens, nous n’allons pas recommencer à penser nationalisme. À l’époque où les gens peuvent communiquer partout dans le monde grâce aux réseaux sociaux, le repli dans le monde des anciens États nations ressemble pour moi à une fuite dans une autre réalité.

Il y a une autre raison pour laquelle nous devons également rassembler nos forces ici, en Europe : le monde ne nous attend pas. De nombreux pays dynamiques à la population en pleine croissance veulent accéder à notre niveau de croissance et de prospérité. Si nous voulons, en Europe, préserver notre mode de vie et notre modèle de sécurité sociale, nous devons nous unir, entre Européens. Ce qui est important pour nous en Europe — la liberté, la démocratie, la cohésion sociale, la durabilité, la culture, l’État de droit — ne l’est pas forcément dans tous les pays du monde.

Nous ne devons pas défendre ces valeurs dans la désunion. Certains États ne seront pas non plus capables de faire face seuls aux défis qui nous attendent : changement climatique, pénurie de matières premières, terrorisme, crise financière, pandémies, conflits de répartition. C’est pourquoi nous avons besoin de nouvelles formes de coopération pour relever ensemble les défis qui ne peuvent être relevés seuls. L’Europe nous donne une chance de défendre nos intérêts dans le monde.

Je me réjouis chaque fois que les Européens agissent ensemble, par exemple dans le cadre de la Champions League ou lors de l’Eurovision. Je me réjouis aussi particulièrement chaque fois que nous faisons face au monde en tant qu’Européens unis. C’est le cas par exemple lors de la Ryder cup en golf, où les Européens forment une équipe commune. Je ne suis pas le golf de très près, mais je trouve cette idée exemplaire pour les autres sports et domaines de la vie. C’est par ce biais que nous pourrions réussir à créer un espace public européen. C’est-à-dire à trouver des thèmes et des débats qui font réagir les Européens, qu’ils vivent au Luxembourg, en Finlande ou en Roumanie. C’est une manière importante d’assurer démocratiquement les décisions au niveau européen.

L’espace public européen est la raison pour laquelle je me prononce depuis longtemps en faveur de l’élection directe du Président de la Commission européenne. Jusqu’à présent, il est nommé par les chefs d’États et de gouvernements et doit être accepté par le Parlement européen. Mais je pense qu’une campagne électorale vivante, menée de la Laponie à la Sicile, pourrait contribuer à la création d’une identité européenne.

Bien entendu, un tel changement viendrait nourrir le débat sur la manière dont il est possible de rendre nos institutions plus sures et plus démocratiques, ainsi que le débat sur les compétences que nous sommes prêts à déléguer à l’Union européenne. Ces processus ne peuvent naturellement être mis en place qu’étape par étape, comme très souvent en Europe. Mais n’est-il pas mieux d’avancer par petits pas pragmatiques plutôt que de s’accrocher à des principes et de ne pas bouger ?

L’Europe, ce n’est pas juste la crise. L’Europe, c’est également notre maison. Une maison qui fait partie des régions les plus prospères et les plus agréables à vivre du monde. Si nous arrivons à vaincre la crise grâce à des réformes intelligentes, nous pourrons être fiers de nous dans quelques années. La politique y contribuera. Mais ce qui est tout aussi important pour l’avenir de l’Europe, ce sont les nombreuses expériences et les événements auxquels les jeunes participent aujourd’hui en Europe. Les programmes d’échange scolaires ou universitaires, les voyages linguistiques, les stages dans les autres pays européens. Les jeunes ont de nombreuses et diverses possibilités d’apprendre à mieux connaître l’Europe. Nous pouvons montrer aux autres pays du monde, qui observent avec attention le chemin pris par l’Europe, que nous tenons à un avenir commun. Parfois, nous aurions besoin d’un peu moins de réserves et d’un peu plus de confiance en nos capacités d’action.

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