Pour UNE langue officielle européenne

, par Guillaume Anselme

Pour UNE langue officielle européenne
(Source : pxfuel)

L’unité commerciale et juridique de l’UE est arrivée à un stade très poussé mais l’unité linguistique et culturelle reste au stade du « Unis dans la diversité », laissant derrière 90% des citoyens européens ne maîtrisant pas l’anglais. Une langue officielle est nécessaire pour permettre un véritable débat citoyen en Europe et faciliter le travail des fonctionnaires et parlementaires européens qui perdent énormément de temps, d’argent et d’énergie dans la traduction.

Chaque État-Nation se développe sur une base communautaire avec une langue et un territoire en commun pour tous les citoyens. Si le territoire européen fait l’objet de peu de débats grâce à l’espace Schengen, la langue – ou plutôt les langues – officielle de l’UE fait défaut actuellement.

Union territoriale, division linguistique

La coupe de l’Euro nous rappelle que les européens sont unis de par leur proximité géographique mais divisés de par leurs langues nationales. Qui imaginerait une femme de ménage polonaise, un électromécanicien portugais et un chauffeur de taxi suédois discuter ensemble de l’Euro autour d’une terrasse ? On a tendance à oublier que seulement 10% de la population est bilingue de par son diplôme ou ses compétences naturelles, et que les compétences linguistiques des européens se limitent souvent à pointer du doigt un plat sur la carte pour commander au restaurant ou à utiliser la langue des signes avec quelques onomatopées en globish pour demander son chemin.

Le slogan « Unité dans la diversité » atteint donc ses limites lorsqu’il n’y a ni citoyen, parlementaire ou institution européenne parlant une langue commune permettant d’engager le débat. Caractéristique typique de l’UE qui n’a pas encore tranché entre une confédération d’Etats et un Etat fédéral, l’UE n’a pas non plus tranché sur une langue officielle et a préféré ne froisser personne en autorisant chacun à utiliser sa langue maternelle pour les débats et les travaux parlementaires, bien que ceux-ci s’investissent dans l’apprentissage de l’anglais pour travailler plus efficacement. En outre, lorsque certaines personnes sont en mesure de comprendre et répondre aux documents et discussions directement dans la langue de travail, alors que d’autres doivent attendre la traduction (souvent plusieurs semaines ou mois), cela crée une distorsion énorme dans la capacité de négociation et de réponse entre parlementaires.

Difficulté et inadaptation de l’anglais

Néanmoins une langue européenne unique devrait servir pour tous les travaux parlementaires et administratifs de l’UE. Bien que l’anglais reste la langue internationale du commerce, de la technologie et de la culture, depuis le Brexit l’anglais ne fait plus partie des langues officielles de l’UE, le mettant hors-jeu [NDLR : correction, l’anglais fait toujours partie des langues officielles de l’UE, puisque c’est une langue officielle en Irlande et à Malte]. En outre, l’anglais britannique ou américain représente un ensemble de valeurs qui, bien que proches, sont éloignées de la sociologie européenne continentale. Choisir l’une des 24 langues nationales ne serait pas une bonne idée non plus, étant donné le risque élevé de protestations venant des 26 ou 25 autres Etats qui ne la parleraient pas. Gandhi disait « Ce sont nous, les Indiens connaissant l’anglais, qui avons asservi l’Inde. Aucun pays ne peut devenir une nation en produisant une race d’imitateurs. »

Le journaliste Frédéric Panel pointait à juste titre l’immersion permanente des européens dans la culture anglo-saxonne de par le tourisme, les séries américaines en VO ou les échanges économiques qui font que les autorités politiques adoptent des éléments de langage anglo-saxons. M. Panel suggérait d’apprendre dans chaque école européenne deux langues : une internationale (anglais) et une “de coeur” (une langue européenne au choix) afin de favoriser le multilinguisme et de connaître malgré tout une langue européenne. Outre le fait que les plus petites langues (serbo-croates, finno-ougriens,...) seraient systématiquement délaissées, les centaines de millions d’européens ne pourraient toujours pas entamer un débat politique entre citoyens dans une même langue qui reflète la culture européenne.

Pour intégrer la Commission une maîtrise correcte de l’anglais est demandée ce qui prive l’UE de la quasi majorité des citoyens européens et d’une diversité de pensée pourtant nécessaire, ce qui pose également un problème démocratique. On retrouve donc d’un côté des citoyens anglophones, privilégiés, diplômés ou ambitieux et des non-anglophones qui n’ont pas le don des langues et ne peuvent ni se projeter ni participer au débat européen. Malgré des coûts de traduction et d’interprétariat élevés (environ 1 milliard d’euros par an), à peine 5% des documents et discussions sont traduits.

Latin : racines communes, facilité et exemples historiques

Le mouvement AlterEuropa s’est lancé dans le projet de traduire les documents administratifs et politiques européens en latin tout en proposant une plateforme d’apprentissage personnelle et gratuite pour apprendre le latin vulgaire. Le latin reste une langue assez simple à apprendre, plus que l’anglais, de par l’absence de lettres muettes. Le vocabulaire est proche de nombreuses langues européennes, et la construction facile de mots par des suffixes et préfixes. Enfin, fait d’actualité, le latin ne comporte aucune règle comme “le masculin l’emporte sur le féminin”. Le patrimoine culturel européen comprend de nombreuses citations latines de par ses constructions judéo-chrétiennes et romaines, la devise de l’UE est adoptée en latin : In varietate concordia (Unis dans la diversité), l’hymne européen, qui n’a pas de paroles pourrait être adopté en latin. Outre les racines communes, le latin est une langue de puissance, celle du droit et des grands orateurs, ce qui serait le bienvenu pour une Europe qui se désengage des enjeux de puissance et se voit dépasser dans de nombreux domaines économiques et politiques. Sundar Ramanadane rappelle qu’Israël n’a pas hésité à ressusciter l’hébreu et que l’Inde et le Pakistan ont basé sur l’hindoustani deux registres de langues pour créer l’hindi et l’ourdou.

Bien qu’étant particulièrement proche des langues romanes et peu des langues germaniques et slaves, le latin reste la base structurelle des langues européennes par la grammaire, le lexique et l’alphabet. Si l’UE veut être plus qu’une entité économique pondeuse de normes et moralisatrice sur les questions internationales, tel Charlemagne qui a imposé le latin dans son administration et au clergé afin d’unifier l’Europe sous un empire Franc et chrétien, il lui faut un personnage ou groupe de pères fondateurs prêts à l’imposer à l’administration européenne. Évidemment il ne suffit pas de dire « y’a qu’à » : il faut des personnes convaincues par le projet, chez les élites politiques, économiques et culturelles et les citoyens. Des émissions culturelles avec des « stars » du cinéma, du sport ou de la musique européenne dans une langue commune à tous. Des personnalités politiques qui se rendent dans un journal vu par tous les européens le soir pour parler en latin des projets européens. Un projet ambitieux qui demandera du temps, de la patience et la remise en question de la structure européenne actuelle, uniquement économique et juridique, mais comme disait Mark Twain : "Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait !".

Vos commentaires

  • Le 5 septembre à 18:07, par Giroud Bernard En réponse à : Pour UNE langue officielle européenne

    Bravo Guillaume de vous emparer du problème de façon aussi décidé. Fédéraliste et militant européen depuis toujours (plus de 50 ans), je me pose sérieusement la question, aujourd’hui, de savoir pourquoi nous avons en fait si peu progressé, dans la constitution d’un groupe, d’un peuple, pourquoi pas , d’une nation, plus homogène , plus cohérente ? La raison semble évidente : Tout simplement, parce que , comme vous le dite à un moment nous n’avons pas de « vulgarisation » commune et régulière de la mème idée, dans une radio de langue commune. Les bonnes idées et les bonnes personnes pour les transmettre et les vulgariser, n’ont pas de modèle « semblable ». Il faut donc, c’est aussi mon avis, s’interroger sérieusement sur la façon de permettre l’existence de ce véhicule semblable, cette langue, permettant de toucher chacun des cinq cents millions de citoyens européens et démocrates. Les meilleurs d’entre nous , un peu partout, entraineront tous les autres. Bravo et merci Guillaume

  • Le 11 septembre à 12:55, par Tung07 En réponse à : Pour UNE langue officielle européenne

    Le latin plus simple que l’anglais ???? Houla je ne suis pas d’accord du tout !! Par contre il existe l’espéranto, une langue créée exprès pour ce genre de problème. Très facile à apprendre, 100h pour l’espéranto contre 1500h pour l’anglais à un même niveau de langue. 130 ans d’existence, 3 millions de locuteurs dans le monde, et des sites internet tout fait pour l’apprentissage, duolingo, lernu, ikurso.. C’est la langue qui devrait être une évidence pour une langue commune européenne

  • Le 17 septembre à 12:53, par nadine lemoine En réponse à : Pour UNE langue officielle européenne

    c’est une analyse très pertinente, mais la conclusion est assez consternante… pourquoi aller chercher une solution dans le latin moderne, qui reste à construire pratiquement quand on a l’espéranto, largement répandu dans le monde, en nombre de pays où il est connu et pratiqué , qui ne favorise pas que les racines latines, puisqu’il intègre des racines , germaniques, latines et slaves, donc plus respectueux de la diversité européenne ? Est ce un effet pervers de l’action du lobby pro anglais de lancer un pavé dans la cour des partisans de l’espéranto ?

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