Pour une regénération de l’Europe

, par Mathis Lescanne

Pour une regénération de l'Europe

2019 semble une année de transition, aucune grande échéance sportive, nationale et dans l’esprit de beaucoup, aucune grande échéance électorale. Pourtant les Européens seront appelés aux urnes pour dessiner le visage du nouveau Parlement européen. Boudées, ces élections le sont davantage par les jeunes. En 2014, on comptait chez les moins de 35 ans 73% d’abstentionnistes. [1] À l’heure où le président français Emmanuel Macron veut renforcer l’intégration européenne, il devient crucial que les jeunes retournent dans l’isoloir du drapeau aux douze étoiles.

Ramener les jeunes dans l’isoloir nécessite un travail de fond de tous les acteurs engagés dans la cause européenne. Premiers concernés : les médias. Classant rapidement les sujets européens au bas des pages internationales, les acteurs médiatiques se sont perdus tandis que le sentiment européen fanait et que l’euroscepticisme grandissait. Souvent galvaudé, les sujets européens sont davantage traités par le prisme de la forme plutôt que par celui du fond. On se contente d’expliquer les jeux de politicaillerie, en oubliant les impacts des mesures proposées.

Le constat est d’autant plus cinglant sur les sujets étrangers touchant l’Union européenne (UE). Je m’explique, les dernières élections allemandes ont éprouvé Angela Merkel et la recherche de l’alliance gouvernementale a parfois relevé de la quête du Saint-Graal. Décortiquées en France par les grands médias, ces élections n’ont pas eu les accents européens auxquels le public pouvait s’attendre. Les Français connaissaient tout des compromis et des arrangements susceptibles d’accoucher de l’alliance tant recherchée. Mais il était impossible pour eux de trouver des analyses sur le plan européen de ces négociations. Surprenant, surtout quand à la table des négociateurs, Martin Schulz, leader du parti social-démocrate allemand (SPD), et ancien président du Parlement Européen défendait une ligne pro-europe sociale foncièrement opposée à celle de la chancelière Angela Merkel. Rien non plus sur les velléités europhobes, du parti d’extrême-droite Altrernativ für Deutschland (AFD) qui faisait son entrée au Bundestag.

L’Allemagne est un, si ce n’est LE, moteur de l’Union européenne mais malgré cela, quand elle est en trouble, le sujet européen est éludé. C’est la représentation d’un laisser-aller médiatique autour de l’Europe. Si les médias traitent les problématiques du Vieux-Contient d’une manière répétée et usée, comment amener les jeunes à s’intéresser aux élections qui arrivent ?

Montrer comment l’UE influe sur nos vies

La réponse serait d’offrir à ces jeunes des contenus pensés pour eux et réalisés par des gens de leur génération. Les millenials ne sont pas la caricature que l’on fait parfois d’eux. Non, ils ne sont pas 24h/24 sur leur smartphone, non, ils ne sont pas déconnectés des problèmes actuels et non, ils ne sont pas autocentrés. Ils demandent juste à ce qu’on leur explique, qu’on les prenne par la main pour leur montrer les enjeux sur lesquels ils peuvent avoir un poids. L’opération Love Army du Youtubeur français Jérôme Jarre pour alerter sur la cause des Rohingyas est un exemple du genre.

Pourtant, nul besoin d’être une star de Youtube pour éveiller l’intérêt des jeunes. Une bonne pédagogie adaptée aux nouveaux outils numériques suffit. Le modèle de la story Snapchat peut être le moule et le diffuseur de sujets novateurs. Pourquoi ne pas imaginer, chaque semaine, une story évoquant une action ou un enjeu inhérent à l’Europe. Supposons une story sur le financement européen des équipements : pour intéresser les plus jeunes, elle se doit d’être illustrée par un cas concret touchant leur quotidien. On peut imaginer une illustration autour du financement d’un Skatepark ou d’un foyer de la jeunesse. Idem sur les grands enjeux européens, une story évoquant le cas grec où le fil conducteur serait le quotidien d’un jeune Grec attiserait la flamme européenne des millenials. Le but premier des médias doit être de montrer comment l’Union européenne influe sur nos vies. Il faut (ré)expliquer aux jeunes que l’Europe n’est pas la technocratie bruxelloise qu’on peut imaginer lorsqu’on voit certains articles ou le jargon côtoie souvent l’incompréhensible.

Pour voter, le votant doit se sentir concerné et dans le cas des élections européennes, le déficit d’image est impressionnant. En octobre 2016, dans un sondage Ifop [2] seuls 44% des Français se disaient attachés à l’UE. Le sentiment dominant d’une UE, à part, dans une bulle a gagné les consciences, bien aidé par le Brexit et l’avènement du discours europhobe.

Aller chercher les néo-votants là où ils sont

Des nouvelles théories qui ne peuvent être battues en brèche que par une lutte de tous. Les médias, encore une fois, ont pour mission de prendre la tête de ce cortège. Expliciter par des courtes vidéos illustrées ou des reportages immersifs, c’est la mission première des médias pour les élections à venir. Ensuite, vient leur rôle social. Ils peuvent aider à déconstruire l’image de technocratie européenne. Pour cela, suivre un député européen le temps d’une ou deux journées serait intéressant. Afin de basculer de l’intéressant au pertinent, le sujet se doit de parler au plus grand nombre. Optimisé pour le numérique (format vertical, sous titrage …) le reportage verrait son audience explosée. Chaque jeune pourrait le voir en scrollant son fil Twitter ou Facebook. L’idée ici est d’aller chercher les néo-votants là où ils sont.

Une fois cette mission d’intéressement remplie, les médias peuvent s’attaquer au fond et aux débats suscités par chaque élection. Détailler les programmes ou les comparer sous de nouvelles formes via, par exemple, un serious game rattacherait le débat à un style ludique, susceptible d’arrimer les surfeurs du web au port d’attache européen. En tout cas, la sphère médiatique doit éviter la position de la pythie. Les gens, et les jeunes sont des gens, détestent avoir l’impression qu’on dicte leur choix. Les médias ont voulu imposer Hillary Clinton en marginalisant Donald Trump ou encore mettre au rebut les brexiters pour diffuser largement la pensée du « remain », on a constaté les dégâts.

Les programmes europhobes doivent être exposés. Accompagner ceux-ci d’un appareil critique serait judicieux, mais celui-ci doit être efficace et se fonder uniquement sur des faits. Dans cette optique de confrontation, le débat n’est pas un genre archaïque, son renouvellement reste cependant nécessaire. Les médias pourraient organiser des débats sur des thèmes précis avec les concernés en tête de gondole. Un débat sur la jeunesse verrait, par exemple, s’affronter les concepteurs de la partie jeunesse des programmes qui répondraient à des questions de primo-votants. Les réseaux sociaux avec les outils Live permettent ce genre d’interactions. Il serait dommageable de s’en passer.

Investir le terrain, constamment

Ces outils web sont à la disposition des défenseurs de l’Europe. Ces derniers doivent investir le terrain constamment. Il ne suffit pas de se réveiller à la veille des élections pour réaffirmer son sentiment européen. Depuis sa création, l’Union a accouché d’un espace européanisé. Je passe volontiers sur l’éternelle rengaine d’un espace sans frontière et des programmes Erasmus, marottes ressorties tous les cinq ans pour montrer que l’Europe a du bon. Ces exemples éculés doivent être remplacés. Les synergies européennes sont bien plus profondes. Le rôle de gestionnaire de la Banque centrale européenne, occulté, a pour vocation d’être remis sur le devant de la scène. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Néanmoins, le défi majeur reste de redonner l’envie aux jeunes de s’investir, de monter au créneau pour l’Europe. À l’heure où beaucoup ont jeté les armes et admis que les places de députés européens étaient réservées aux têtes grisonnantes ou à certaines tractations politiciennes, je crois à une profonde envie de s’engager de la nouvelle génération. Reste à l’aider à faire sauter les verrous de l’engagement politique. Oublions la sempiternelle idée des quotas. La jeune garde réinvestira le champ de la politique si une place lui est faite de bon gré. L’instauration de règles européennes sur le cumul des mandats voire sur les absences serait un bon signal. Un député trop souvent absent à Strasbourg (ou Bruxelles) serait susceptible de ne pas pouvoir se représenter.

Ces projets, s’ils ne promeuvent pas forcément les jeunes, offriraient un renouvellement des têtes et une présence parlementaire accrue.

La France Insoumise ou La République En Marche, en France, prouvent qu’une nouvelle vague est prête à prendre le relais. Ce renouvellement ne semble possible que si une véritable campagne s’installe. Par « véritable » j’entends une campagne où les questions européennes seront au centre des débats. Trop souvent les échéances européennes se résument à des règlements de comptes nationaux avec des partis et des médias investis à divers degrés. Les élections de 2019 doivent impérativement éviter cet écueil, au risque de laisser l’Europe aux mains de ses plus violents contestataires.

Notes

[1Sondage enregistré par Ifop-Fiducial « Sondage Jour du Vote : profil des électeurs et clefs du scrutin européen. Elections européennes, 25 mai 2014 »

[2Sondage « un regard français sur l’Europe » réalisé auprès de 1 000 personnes

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