Aujourd’hui l’Union européenne est à un tournant de son histoire. L’enjeu est de savoir si l’Europe compte rester un continent musée ou si au contraire, l’Europe veut devenir une puissance souveraine, indépendante, d’un point de vue politique, économique ou culturel.

Or la diplomatie européenne actuelle instaurée par le traité de Lisbonne balbutie. Les principaux objectifs de la politique globale de l’Union européenne initialement prévus sont l’aide au développement, la promotion des Droits de l’Homme, la démocratie ainsi que la paix universelle, chers aux pères fondateurs de l’Europe ainsi qu’à tous les humanistes européens.

Pour l’instant, la politique extérieure de l’Union se résume à la politique du carnet de chèques. Les récents événements en Ukraine ont montré que l’Europe est parfois plus enviée à l’extérieure que comprise à l’intérieure de ses frontières.

Nous devons bien comprendre également que la politique étrangère de l’Union européenne pèsera tout son poids dans le concert des grandes régions mondiales lorsque les Etats de l’Union voudront bien partager leur souveraineté diplomatique et la serviront pour l’intérêt d’une puissance européenne fédérée plus intégrée et donc plus forte !

Aujourd’hui, de fait, l’Union européenne est représentée à l’étranger par plusieurs personnalités : Le président de la Commission, le président du Conseil, celui du Parlement européen et enfin le Haut représentant aux Affaires étrangères. Gageons que Federica Mogherini soit plus active que Catherine Ashton.

« L’Europe, quel numéro de téléphone ? » s’interrogeait Kissinger lorsqu’il était secrétaire d’Etat sous Reagan. Une partie des mouvements dits « fédéralistes » militent pour un président de l’Union européenne élu au suffrage universel direct. L’idée est toujours dans les tiroirs. Nous sommes en mesure d’attendre du changement de la nouvelle Commission surtout si l’Europe veut parler à l’unisson à l’international et veut être cohérente.

La Commission Barroso a échoué. Ce dernier a préféré jouer son intérêt personnel et celui des Etats au vue d’une future place à l’OTAN ou à l’ONU plutôt que de jouer sur l’intérêt collectif européen. Bien souvent soumis à Washington, son atlantisme s’est mué en autisme lorsque l’Europe fut humiliée lors de l’affaire sur l’espionnage américain, alors que le Vieux Continent aurait dû accueillir Edward Snowden, qui dévoilait le véritable visage de la diplomatie américaine.

Victoria Nuland, sous-secrétaire d’Etat américaine aux Affaires européennes avait tout résumé lors d’un échange (« Que l’Europe aille se faire voir », dans des termes plus négligés) avec son ambassadeur à Kiev, nous nous en souvenons encore.

Pourtant, nos relations avec nos cousins d’outre-Atlantique sont primordiales à la veille du plus grand traité commercial de l’Histoire. Nous devons nous faire respecter.

L’OTAN est une alliance qui a été crée dans les circonstances de la guerre froide pour contenir ("endiguement " de Kennan ou Truman, au sortir de la seconde guerre mondiale) la satellisation de l’Union soviétique. Menées par les Etats-Unis, les forces de l’OTAN ont été utilisées lorsque les Russes opposaient leur véto au Conseil de sécurité de l’ONU pour agir militairement à plusieurs reprises. Le Haut commandement militaire est à Norfolk aux Etats-Unis en Virginie. C’est donc les Américains qui décident d’une alliance devenue caduque à la fin de la guerre froide. . Aujourd’hui la majorité des pays de l’Union fait partie de l’OTAN et donc est sous influence américaine. L’Europe se doit d’être indépendante et souveraine pour relever les défis de demain. C’est la condition sine qua none d’un rôle de premier plan de la première puissance commerciale mondiale qu’est l’Union européenne.

Comment faire face souverainement aux défis que sont les nôtres alors que diplomatiquement nous dépendons du parapluie américain ? Comment être cohérent aujourd’hui au sein du concert des grandes régions globalisées ? Aujourd’hui la Chine, le Brésil, l’Inde, le Mexique ou l’Indonésie et l’Amérique sont en ordre de bataille. La diplomatie européenne doit répondre aux nouveaux défis de la mondialisation. Soyons une Europe unie, souveraine et indépendante !

Cinq axes peuvent être explorés :

1 - La sortie de tous les pays de l’Union européenne de l’OTAN pour une Union européenne souveraine et indépendante avec un rééquilibrage transatlantique d’égal à égal à la veille du TTIP.

2 - Un moratoire au sein de l’Union européenne concernant une défense européenne commune et intégrée avec le renforcement de l’Eurocorps, sans participation américaine comme c’est pressenti.

3 - Une mise à disposition d’un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU pour l’Union européenne.

4 - Une refondation des instances de l’ONU sous l’égide et avec la présence patente de l’Union européenne.

5 - Le Service Européen de l’Action Extérieure (SEAE) a des prérogatives juridiques et diplomatiques renforcées avec le respect de l’allemand et du français comme langue de travail face au tout anglais rabaissant la qualité diplomatique européenne.