Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

, par Léo Renaudin

Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

A l’approche des élections municipales des 23 et 30 Mars mais surtout des élections européennes du 25 Mai 2014, il convient d’anticiper les débats entre les différents partis.

Parmi ces partis, le Front National se démarque par ses positions souverainistes qui pourraient lui permettre de surfer sur la vague eurosceptique actuelle. Lors de la présidence de Jean-Marie Le Pen (1972-2011), le parti axait sa rhétorique électorale essentiellement sur les questions identitaires (immigration et insécurité). L’ascension de Marine Le Pen au FN a changé la donne, et un thème revient comme un gimmick depuis la crise : celui du retour au franc.

Dans le programme du Front National, de nombreuses attaques sont faites à la monnaie unique et un retour au franc fait partie des propositions du parti. En effet, en parcourant le programme frontiste, nous pouvons lire qu’ « alors que les vices de l’euro avaient été dénoncés et son échec annoncé dès avant sa naissance non seulement par le Front National mais par les meilleurs économistes, dont les prix Nobel Milton Friedman et Maurice Allais. ». Le programme ne s’arrête pas à une critique de l’euro, il va plus loin : « la France doit préparer, avec ses partenaires européens, l’arrêt de l’expérience malheureuse de l’euro, et le retour bénéfique aux monnaies nationales qui permettra une dévaluation compétitive pour oxygéner notre économie et retrouver la voie de la prospérité. Le couple franco-allemand doit jouer ce rôle moteur dans cette concertation et cet arrêt programmé de l’expérience de l’euro ». Ainsi le Front National souhaite un retour aux monnaies nationales, et que ce retour se fasse conjointement par tous les états membres de la zone euro. Pour appuyer ses dires, le parti national-populiste cite des noms d’économistes prestigieux ou des rapports scientifiques qui semblent rendre possible et souhaitable un retour au franc.

Il n’en est rien. L’euro est en circulation depuis le 1er Janvier 2002, au départ dans 12 pays, aujourd’hui dans 18 pays avec l’entrée de la Lettonie dans la zone euro (UEM) au 1er Janvier 2014. Même si l’euro en tant que monnaie, et la zone euro en tant qu’Union Economique et Monétaire sont loin d’être parfaits, un retour au franc serait catastrophique et ce pour deux raisons : politique et économique. L’UEM est le stade quasi ultime de la construction européenne débutée avec la CECA en 1951 et le Marché commun de 1957. Et cette coopération économique va de pair avec la coopération politique et la volonté de construire une Europe pacifiée. L’euro en tant que monnaie est un symbole fort de cette construction politico-économique. En effet la monnaie possède les fonctions classiques d’unité de compte, d’intermédiaire des échanges et de réserve de valeurs.

En reprenant l’approche institutionnaliste de la monnaie de Michel Aglietta et d’André Orléan, la monnaie possède une autre fonction. En effet celle-ci « est un rapport social », c’est un lien institutionnel qui unit plusieurs acteurs, et dans le cas de l’UEM elle unit directement les 18 pays qui la composent. Revenir aux monnaies nationales ce serait casser ce lien institutionnel et in fine la construction européenne. D’un point de vue plus économique et pragmatique, un retour au franc entrainerait un renchérissement de tous les produits importés, le franc ne pouvant être aussi fort et crédible que l’euro. La France n’étant pas énergétiquement indépendante, les coûts de production des entreprises augmenteraient. Un retour au franc serait également un mauvais signal envoyé à nos partenaires économiques. Si la France adopte des mesures protectionnistes, il sera difficile de profiter d’une monnaie dévaluée dans les performances à l’exportation de l’économie française. En effet il serait utopique de croire que les états partenaires ne modifieraient pas leur attitude vis-à-vis de la France. La majorité des échanges de la France se fait dans la zone euro, d’une part par la proximité géographique, historique et culturelle, mais également grâce au régime de change fixe au sein de la zone. Un retour au franc serait synonyme à un retour au régime de change flottant ce qui fragiliserait les échanges avec ces pays.

L’euro et l’action de la Banque Centrale Européenne peuvent et doivent être critiquées tant le manque d’une réelle politique de change est criant, et tant le manque de souplesse de l’euro face à la mosaïque de situations économiques des pays de la zone euro suscite parfois incompréhension et colère. Mais la monnaie unique, même imparfaite, protège les pays de la zone et leur permet d’interagir dans de bonnes conditions. Le combat politique ne doit donc pas aller contre la zone euro, il doit aller vers une meilleure zone euro permettant de mieux répondre aux exigences actuelles.

Vos commentaires

  • Le 27 février 2014 à 12:06, par JB En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    Un article sans aucun argument économique précis si ce n’est l’attachement à des « valeurs » symboliques. Avoir des monnaies différentes n’a jamais empêché de commercer, d’emprunter, de vivre en quelque sorte. L’enjeu ce n’est pas le « mauvais signal », la « confiance », le « symbole », c’est trouver une solution à l’enfer qu’est devenu la zone euro où des pays faibles économiquement sont exsangues. Les jeunesses grecques, espagnoles, italiennes ou portugaises meurent économiquement ou s’exilent vers les pays riches. Stopper ce processus implique d’en finir avec l’euro. Sinon nous aurons l’euro et la mort d’une partie de l’Europe.

  • Le 27 février 2014 à 12:16, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    Sachant aussi l’endettement chronique de nos états contraints d’emprunter sur les marchés internationaux, il faudrait aussi s’attendre à ce que les différences entre états des taux d’intérêt imposés ( les spred) s’élargissent encore. En revenir aux monnaies nationales reviendrait donc à définitivement asphyxier les jeunes générations dans certains pays...comme la France !

    La dévaluation inéluctable de certaines monnaies serait aussi le prix à payer de cet abandon de l’euro, avec, pour corollaire l’appauvrissement supplémentaire des plus âgés dont les bas de laine fondraient comme neige au soleil.

    Abandonner l’euro ? un suicide collectif, donc, mais aussi une double trahison : renier sa signature des traités européens est une chose, tourner le dos à l’intérêt bien compris de ses concitoyens, et donc à son engagement politique, en est une autre.

    Abandonner l’euro, ce serait ce serait manquer de lucidité intellectuelle, ce serait une faute morale et, paradoxalement, un manque de courage politique.

  • Le 27 février 2014 à 17:21, par Shaft En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    Un retour au frac serait catastrophique , d’accord mais aussi catastrophique que la création d’une monnaie unique à marche forcée. Qu’est-ce qui est le plus dangereux ? Une monnaie ancienne qui joue au yoyo ou une monnaie mal préparée et mal conçue ? A quand la réforme de l’euro ?

  • Le 27 février 2014 à 20:45, par Aurélien Brouillet En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    Nous sommes tout à fait d’accord ! La monnaie ne peut exister sans volonté politique derrière, il faut un euro oui mais qui soit la monnaie d’un véritable pouvoir politique européen. Il faut donc un Etat fédéral européen et réformer non seulement l’Euro mais toute l’UE. Et le plus tôt sera le mieux !

  • Le 27 février 2014 à 20:57, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    @ Shaft

    Pouvez-vous nous dire en quoi et pourquoi l’euro en tant que tel : 1) explique la crise de 2008 importée des USA et nourrie des dérives du système bancaire et 2) a pénalisé les citoyens.

    J’ai la faiblesse de croire que l’outil monétaire n’est qu’un instrument au service de politiques économiques, favorisant l’offre et/ou la demande, définies par les gouvernants.

    Je suis aussi convaincu par le fait qu’instrument monétaire, quel qu’il soit, et donc aussi l’euro, est davantage solide quand il s’appuie sur des institutions fortes, des impulsions politiques résolues et donc sur davantage d’Europe ( une politique économique, une politique fiscale...). Nous en revenons aux choix politiques !

    Il n’est pas correct intellectuellement de faire d’une monnaie le bouc émissaire de nos frilosités.

  • Le 28 février 2014 à 00:17, par Shaft En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    De mon point de vue, l’Euro est conçu pour être une monnaie forte capable de rivaliser avec le dollar sur le plan international.S ouvenez-vous du taux de change euro-franc. 1 euro vaut à peu de chose prêt 6 francs. Mais lorsque la monnaie a été mise en service, les artisans, au sens large, ont fait une manipulation. Ils n’ont pas fait correspondre les prix en euros avec leur equivalent en francs. Exemple, disons qu’une baguette valait 6 francs, en toute logique, elle aurait dû être à 1 euro. Mais, tous ont vendu leurs baguettes à 6 euros soit 12 francs. Les citoyens sont donc pénalisés par une hausse malhonête des prix. De plus, lorsque les gens ont perdu le réflexe de penser en francs pour ne penser qu’en euros, ils ’nont pas vue que les prix gonflaient encore plus par ce jeu malsain.

    Sur le plan financier, vous savez que l’économie européenne est dépendante de son homologue américaine, si bien que lorsque les Etats-Unis toussent, nous nous enrhumons. La crise des subprimes, qui n’était au départ qu’un phénomèNe américain, a eu des répercussions en Europe. L’Euro, qui devait être un bouclier, ne nous a pas protégé parce qu’une telles situation n’avait pas été envisagée au départ or gouverner c’est prévoir à plus forte raison à une échelle aussi grande.

    Vous avez raison, la monnaie est un outil au service des politiques économiques. Regardez l’Allemagne qui en profite pour doper ses exportations au détriment de la France, qui de par sa situation, ne peut pas faire face. Je constate que l’Euro est une monnaie allemande avec mes conséquences que nous connaissons. La solidarité européenne est à revoir.

    Qu’est-ce que vous entendez par frilosités ? J’ai peur de comprendre

  • Le 28 février 2014 à 10:37, par Jean-Luc Lefèvre En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    @ Shaft

    Frilosités ? Accepter l’idée que l’euro soit une monnaie bancale mais n’envisager que sa disparition, refuser les euro-obligations qui éviteraient, comme aux USA, aux états endettés de supporter des écarts de taux d’intérêt pénalisants, renoncer à une gouvernance économique de l’Union...

    Plus fondamentalement. N’est-ce pas quelque part injuste de reprocher à la RFA d’avoir profité de sa force économique pour s’approprier l’euro quand sa propre impuissance y a contribué ? N’est-ce pas le réflexe du faible...qui refuse ( frilosité encore !) de l’admettre ?

    Enfin, êtes-vous certain que le passage à l’euro explique à lui seul la hausse des prix ? Comment a évolué le cours des matières premières, dont le blé, depuis une dizaine d’années ? Cela n’aurait-il eu aucune répercussion sur le pain, les pâtes...???

    Pas d’auto-flagellation, telle devrait d’abord être la maxime de l’Europe si elle veut prétendre rivaliser avec les BRICS ! Et abandonner l’euro sous prétexte d’ aboulie politique serait la pire des capitulations !

  • Le 28 février 2014 à 15:47, par Xavier C. En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    Le retour au franc n’est pas souhaitable. L’euro facilite considérablement les échanges intrazones. Cet argument seul suffit.

    Et retourner au franc pour le dévaluer est une *** absolue. Mme Le Pen cite Friedman, elle devrait savoir que cet économiste explique très bien que la création monétaire n’est PAS de la création de richesse et ne résout strictement rien.

    Quant à ceux qui chialent concernant l’inflation, c’est très simple, ils n’ont qu’à comparer avec les autres grandes monnaies et, oh, surprise, on a à peu près les mêmes courbes. Pourquoi ? Parce que les raisons ne sont pas propre à l’euro. Par exemple les avancées technologiques et productives font que le matériel électronique et informatique coûte beaucoup moins cher qu’il y a 10 ans. Tandis que les pressions sur la demande en matière première (métaux, pétrole, etc.) font que les prix augmentent.

    Le débat sur l’euro trop fort ou trop faible est un faux-débat. Tout ce dont les entreprises ont besoin, c’est d’une monnaie stable.

    Les arguments avancés par Le Pen pour un retour au franc n’ont aucun fondement. Si elle était cohérente elle demanderait la création d’un franc normand, un franc francilien, un franc corse, etc. Après tout les économies de ces régions ne sont pas les mêmes, ni leurs taux d’endettement, ni leurs taux de chômage. Si la monnaie était un outil magique, cela justifierait une telle politique, mais ce n’est pas le cas.

  • Le 28 février 2014 à 17:51, par Ferghane Azihari En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    On remarquera que tous les auteurs cités par le Front National ne préconisent jamais une sortie de l’euro mais s’attachent seulement à énoncer que cette monnaie n’est pas viable en l’état tant qu’il n’existe pas de leadership. Les fédéralistes ne disent pas autre chose (sauf peut-être les minarchistes). Mais visiblement le FN ne lit pas les préconisations de ces économistes jusqu’au bout.

    La monnaie est-il un simple instrument d’échange ? Ou bien est-ce un instrument politique ? Il semble que l’on soit là dans des considérations idéologiques. Ce n’est pas un débat économique mais un débat de philosophie politique. Certains vous diront qu’il est préférable que la monnaie soit stable, d’autres insisteront sur la nécessité de pouvoir faire varier son taux. Les deux choix se valent. Après tout si les Européens réclament de l’inflation...pourquoi pas...

    En tout cas une chose est certaine. Si la politique monétaire doit relever de la politique partisane, l’irresponsabilité de la Banque Centrale Européenne est inadmissible. C’est une institution qui a énormément de pouvoir sur le vie des Européens et même au-delà. Elle doit donc être responsable devant les représentants du suffrage universel, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

  • Le 28 février 2014 à 19:01, par Léo Renaudin En réponse à : Pourquoi un retour au franc serait catastrophique

    Ce que je n’ai pu préciser dans mon article (faute de place), c’est que Milton Friedman n’était pas contre l’euro en soi, il était contre l’euro sans réelle organisation politique derrière. Friedman ne croyait pas à l’euro sans « Etats-Unis d’Europe ». Ce qui pointe une première contradiction dans le discours de Marine Le Pen. Ensuite, la politique de la BCE s’inspire de l’ordolibéralisme de la Bundesbank qui se rapproche du monétarisme Friedmanien par la volonté de lutter contre l’inflation. D’un côté Friedman est cité comme anti-euro, de l’autre il s’avère que la politique de la BCE soit en partie inspirée par ses idées. Que de paradoxes...

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