Prise de conscience écologique : la double surprise des élections européennes

, par Sarah Bronsard

Prise de conscience écologique : la double surprise des élections européennes
« Nous n’avons rien à perdre, à part notre avenir ». Avec près de 20% des voix lors des élections européennes de mai dernier, le parti Vert allemand ("Bündnis 90 / Die Grünen) s’est imposé comme une force politique allemande de premier plan. Source : Flickr

Les résultats des élections européennes du 26 mai 2019 ont créé une double surprise au sein de l’Union européenne : une augmentation considérable du taux de participation d’une part, (50,62 % contre 42,61% en 2014) et du nombre de députés Verts d’autre part.

Passant de 50 députés à 74, le groupe des Verts/Alliance libre européenne (ALE) a su gagner en poids. Parmi les différents votes nationaux, c’est Allemagne qui envoie le plus grand nombre de députés verts au Parlement européen (25), suivie de la France (12) et du Royaume-Uni (11).

Néanmoins, cette "poussée verte" reste limitée, les pays de l’est comme la Pologne, la Hongrie, la Roumanie ou la Bulgarie n’envoyant aucun député vert à Strasbourg.

Ces résultats traduisent une certaine certaine fracture écologique au sein de l’UE : tandis qu’on assiste à une prise de conscience écologique en Europe occidentale, les citoyens européens des pays de l’Est et de certains pays du sud semblent bien moins préoccupés par cette question, au regard des résultats. Cette tendance ne corrèle cependant pas nécessairement avec les objectifs nationaux de ces pays dans le cadre de la stratégie Europe 2020. Nous reviendrons ultérieurement sur ce point.

Selon l’ancien député européen Jean Arthuis, les Européens auraient pris conscience qu’une réponse européenne était nécessaire en matière d’environnement. Que l’échelle nationale n’était plus suffisante. Que des lois nationales n’allaient pas apporter de solution.

Un "effet Greta" ?

Comment expliquer la montée des Verts ? Peut-on parler d’un "effet Greta" ? Lors d’une conférence sur l’Union européenne des années 2020 organisée par Euralia à l’institut Goethe à Paris début octobre, c’est une question centrale soulevée par le journaliste allemand Georg Blume, qui anime le débat.

Les intervenants sont assez unanimes : il est difficile de parler d’un "effet Greta" qui aurait poussé une grande partie de la population à voter pour les Verts, mais plutôt d’un « phénomène fortement médiatisé qui intervient à un moment où les Européens prennent conscience [des effets] de la mondialisation ».

Vote vert : une surreprésentation des jeunes

Les différences de perception de l’urgence climatique sont non seulement différentes entre l’Europe de l’Ouest et l’Europe de l’Est, mais sont également intergénérationnelles. Selon une enquête Ipsos/Sopra, 25 % chez les 18-24 ans et 28 % chez les 25-34 ans ont voté pour Europe Écologie les Verts, en France.

En Allemagne, les résultats sont encore plus flagrants : 30 % des moins de 30 ans ont voté pour le parti "Die Grünen". Lors de la conférence, Sylvain Kahn, enseignant-chercheur au Centre d’histoire de Sciences Po souligne également une surreprésentation des moins de 35 ans dans le taux de participation. Face à ces résultats, la "vague" écologiste européenne semble avant tout être une dynamique de jeunes. Le mouvement activiste Fridays For Future initié par la jeune suédoise Greta Thunberg en atteste : ce sont essentiellement des lycéens qui parcourent les villes européennes le vendredi.

Face aux revendications multiples des citoyens et des mouvements écologistes, quels sont les objectifs et résultats concrets de l’Union européenne ?

Objectifs "20-20-20" - quels résultats ?

Le plan climat adopté en 2008 et révisé en 2014 par l’Union européenne s’inscrit dans la stratégie "Europe 2020".

Il fixe 3 grands objectifs, souvent résumés sous l’appellation "3x20" ou "20-20-20" :

  • réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % (par rapport aux niveaux de 1990),
  • porter à 20 % la part des énergies renouvelables dans la consommation d’énergie de l’UE,
  • améliorer l’efficacité énergétique de 20 %.

Ces objectifs ont été révisés à la hausse de respectivement 40 %, 32 % et 32,5 % d’ici à 2030. Bien que certains objectifs soient contraignants, les États disposent d’une marge de manœuvre conséquente, fixant ses objectifs selon sa situation initiale.

En analysant les dernières données disponibles sur Eurostat, nous constatons que les objectifs nationaux sont plus ou moins ambitieux selon les pays. Prenons l’exemple de la part des énergies renouvelables dans l’UE en 2017 : les pays du Nord comme la Finlande, le Danemark, la Lettonie ou encore la Suède se sont fixés les objectifs les plus élevés (autour de 30 % des énergies renouvelables). La Suède apparaît comme le bon élève de l’UE. Avec 54,5 % d’énergie produite à partir de sources renouvelables dans sa consommation finale brute en 2017, elle a déjà dépassé son objectif pour 2020 de 5 points. 11 pays ont d’ores et déjà atteint leur objectif en 2017, d’autres comme la France ont un retard considérable. (16, 3 % d’énergies renouvelables dans la consommation totale, part qui devrait atteindre 23 % en 2020.) Cette part se situe bien en deçà des 10 % pour le Luxembourg, les Pays-Bas et Malte qui s’étaient par ailleurs fixés de faibles objectifs.

Que faut-il attendre du "Green Deal" ?

Concernant la part des énergies renouvelables dans la consommation totale, le bilan est donc mitigé : les ambitions affichées par les pays sont très différentes, se traduisent en objectifs plus ou moins élevés d’une part et d’un laxisme plus ou moins important selon l’importance accordée au respect de l’objectif d’autre part.

Face à ce premier bilan, la volonté d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 s’annonce compliquée. Des mesures peu ou pas assez contraignantes permettent aux États d’avancer à la vitesse qu’ils souhaitent. Parallèlement, la prise de conscience écologiste diffère énormément dans le comportement électoral des citoyens entre les pays de l’Est et du Sud de l’Europe. Ne faisant pas face à une pression citoyenne, des pays comme la Pologne, loin d’atteindre leur objectif national en matière d’énergie renouvelable, se ne sentent pas contraints d’élever leurs objectifs.

La nouvelle Commission intronisée ce premier décembre et dirigée par Ursula von der Leyen a décidé de prendre ce sujet à bras-le-corps : en proposant la "première loi européenne sur le climat pour 2020" et de faire de l’Europe le "premier continent neutre en carbone d’ici 2050" via de sensibles baisse d’émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030, l’exécutif européen entend renforcer l’intégration énergétique européenne, à l’œuvre depuis plus de 10 ans.

Néanmoins, si les objectifs et stratégies climatiques ne sont pas davantage harmonisés, l’avenir climatique restera plus qu’incertain.

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