Quinze ans de politiques économiques en Europe : une analyse rétrospective (première partie, 2005-2008)

Le Taurillon fête ses 15 ans ! Retour sur une décennie et demie de politique européenne

, par Eric Drevon-Mollard

Quinze ans de politiques économiques en Europe : une analyse rétrospective (première partie, 2005-2008)

Depuis 2005, l’Union Européenne a connu d’importants changements politiques au niveau des États membres, mais une relative stabilité au niveau européen jusqu’à la dernière Commission. José Manuel Barroso, puis Jean-Claude Juncker ont ouvert l’économie européenne à la concurrence internationale. Les procédures d’élargissement successives à l’Est ont permis aux entreprises d’optimiser leurs chaînes de valeur. Voilà pour le positif. En revanche, la gestion de la crise de 2008 fut désastreuse : l’Union a mis des années à s’en remettre, quand les États-Unis n’ont mis qu’un an ou deux. Plus grave, la Commission Von Der Leyen marque une rupture, au moins dans les mots, avec la politique d’ouverture commerciale de l’Europe, renouant avec les illusions protectionnistes sous couvert d’écologie. Encore plus inquiétant : la profonde dépression économique causée par la surréaction de nos élites à la pandémie de coronavirus ne suscite aucune remise en cause de l’agenda politique.

L’Europe a connu des retournements de conjonctures très importants entre 2005 et 2020, subissant deux crises économiques majeures. La politique économique a connu des variations encore plus importantes, passant d’une moindre méfiance envers les mécanismes de marché assortie d’une volonté de réforme et de modernisation de l’économie, à un discours plus critique envers l’économie de marché.

La première vague antilibérale a suivi la crise de 2008, associée à tort au laisser-faire, la seconde date de l’année dernière, à cause de l’intense propagande médiatique en faveur de Greta Thunberg, qui lie capitalisme et pollution, sous couvert d’écologie. La jeunesse en particulier est tombée dans le panneau, grâce à l’intelligence de la campagne médiatique menée par ceux qui tirent ses ficelles : une grève des cours est rarement refusée par des adolescents...

La dernière date de l’épidémie de coronavirus : la mort est devenue tellement taboue, qu’une épidémie qui ne tue que 0,5% des malades a conduit la plupart des gouvernements à confiner massivement les populations, à fermer toutes les frontières, et à émettre des réglementations qui minent gravement la productivité, piétinant d’ailleurs allègrement les traités européens. Loin de remettre en cause les lubies faussement écologistes de la précédente séquence, la dernière crise économique, provoquée par nos dirigeants apeurés, a fait sauter tous les verrous fondamentaux du droit européen, du mandat de la Banque Centrale Européenne, et de l’état de droit tout court. Le despotisme oriental devient à la mode.

Lorsqu’on s’intéresse plus précisément aux statistiques économiques, on peut découper la période 2005-2020 en 5 séquences.

Le temps des réformes

Lors de la première, de 2005 à 2007, le PIB augmentait de manière assez régulière et harmonieuse entre les pays. Les réformes courageuses, impulsées par le président de la Commission de l’époque (José Manuel Barroso, 2004-2014), par le chancelier Gerhard Schröder en Allemagne (1998-2005), et par Tony Blair, le premier ministre britannique lui aussi en poste jusqu’en 2005, ont donné un cadre favorable au bon fonctionnement de l’économie. Ils furent aidés en cela par la récente mise en place de l’euro (1999 pour les comptes bancaires et les produits financiers, 2002 pour les billets et pièces), qui favorisa la concurrence, l’optimisation des chaînes de valeur, la sécurité des échanges, et la confiance des entreprises.

Cependant, cette séquence de politique économique était porteuse de déséquilibres : comme l’a montré l’économiste Joseph Stiglitz, l’intensification des échanges sur un territoire tend à le polariser entre des zones très prospères qui attirent à elles toute l’activité, et d’autres endroits qui sont désertés par les entreprises. En effet, il leur est beaucoup plus profitable de s’organiser en réseaux, dans de grands bassins d’emplois. Les coûts de coordination, de transport, et la disponibilité de la main d’œuvre sont ainsi fortement optimisés. Le problème dans l’Union Européenne est que cette polarisation s’est faite au profit de territoires principalement localisés dans certains États membres, au détriment d’autres situés dans d’autres États membres. L’Allemagne, le nord de l’Italie et le Benelux furent les principaux gagnants. Des pays comme l’Espagne, le Portugal ou la Grèce sont restés à l’écart du développement économique.

D’autre part, se surajoutant à la polarisation naturelle de l’économie, des facteurs politiques sont entrés en jeu : si l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni s’étaient courageusement réformés, d’autres ont refusé de se plier au traité de Maastricht qu’ils avaient pourtant ratifié : la dette de l’État ainsi que le déficit budgétaire restaient bien au-dessus des 60% du PIB et des 3% prévus, le marché du travail restait trop rigide, le poids des dépenses publiques trop importants. L’Italie de Berlusconi, la France de Chirac puis Sarkozy, la Grèce des dynasties politiques étaient loin des clous !

Grâce à l’euro, leurs États pouvaient cependant emprunter à des taux d’intérêt très (trop) bas sur les marchés financiers. Ils utilisaient cet argent non pour développer les infrastructures ou la recherche, mais pour payer des armées de fonctionnaires improductifs à des fins électorales. D’autres pays comme l’Espagne avaient un gouvernement relativement économe, mais un secteur privé incompétent qui surinvestissait dans des secteurs mal choisis. L’endettement privé irresponsable des banques espagnoles en direction d’investisseurs immobiliers incompétents ont produit une énorme bulle immobilière. Il était évident que ces banques ne pourraient pas tenir le choc au premier retournement de conjoncture.

Une relation économique malsaine s’est donc mise en place entre pays vertueux et pays mal gérés : les uns produisaient et dégageaient des excédents commerciaux en exportant vers les autres, qui leur achetaient à crédit, gonflant artificiellement les chiffres de leur croissance par la consommation. La crise des dettes souveraines était en gestation.

La crise de 2008

La deuxième séquence fut celle de la crise de 2008, venue des États-Unis à la fin de 2007 à cause de l’éclatement d’une bulle financière sur le segment le plus spéculatif du marché immobilier, elle-même créée par la politique monétaire trop accommodante de la Réserve Fédérale suite à l’éclatement de la bulle Internet des années 2000 puis du choc de confiance des attentats du 11 septembre 2001. Grâce à leur gouvernement léger mais proactif lors des crises, ainsi qu’à leur absence d’excès de réglementations, les États-Unis sortirent de la crise assez rapidement, dès 2010, mais l’Union Européenne encaissa plus durement le coup.

En effet, le retournement de conjoncture a rendu les déséquilibres insoutenables à court terme. Les banques espagnoles durent être rapidement aidées par le gouvernement pour éviter des faillites qui auraient été catastrophiques pour l’économie, gonflant rapidement le déficit et la dette publiques. La pire situation fut vécue par la Grèce : la gabegie de l’Etat y avait atteint un tel niveau que des hauts dirigeants ont dû reconnaître que leurs prédécesseurs avaient sciemment maquillé les comptes publics pour pouvoir entrer dans la zone euro. Cette nouvelle fit l’effet d’une bombe, entraînant l’envolée des taux d’intérêt de la dette publique grecque. Les déficits publics menaçaient de devenir rapidement infinançables.

Les deux premières séquences permettent de comprendre les déséquilibres qui amplifieront les conséquences de la crise économique de 2008 sur l’Europe, et en partie les réactions politiques inadaptées qui lui seront apportées par la suite.

C’est ce que nous verrons dans un second article.

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