Alors que les élections européennes approchent à grande vitesse, c’est avec une immense joie que j’ai appris la naissance d’un grand projet d’alliance paneuropéenne des principaux partis politiques europhobes initié par le front national de Marine le Pen et le parti pour la liberté du néerlandais Geert Wilders. C’est avec émotion que je leur adresse personnellement mes plus sincères félicitations. Voici pourquoi.

Parce que les europhobes se transnationalisent : c’est prometteur !

Il est formidable que même les partis europhobes s’adonnent au dialogue des cultures. Ensemble, ils vont pouvoir parler de leurs haines respectifs des étrangers. Ensemble, ils vont pouvoir parler de leur affection pour l’État-nation. On imagine très bien les dialogues du genre « Marine, j’aime la France tant qu’il existe des frontières entre nos deux pays » et réciproquement. Il existe suffisamment de points communs entre ces mouvements pour qu’ils puissent se fédérer.

L’islamophobie, le rejet du cosmopolitisme inhérent au projet européen, la défense de la civilisation occidentale qui serait menacée par des cultures qui lui seraient inférieures... Je souhaite donc au Front national de s’épanouir en sortant de la xénophobie franco-française pour découvrir la haine à la sauce néerlandaise, belge ou autrichienne et ainsi se familiariser avec la diversité intellectuelle de notre vieux continent. Ainsi ils pourront faire échec aux arguments de ceux qui dénoncent injustement leur étroitesse d’esprit.

Parce que les europhobes dépassent l’idée d’une démocratie consubstantielle à la Nation.

Georges Soros avec sa théorie de la réflexivité met en lumière l’une des principales différences entre les sciences exactes et les sciences sociales. Dans les secondes, les croyances influencent le fonctionnement des objets qu’elles étudient. Peu importe sur ce que l’on pense du fonctionnement des atomes, il n’est pas influençable par la perception humaine. En revanche, lorsqu’on crie sur tous les toits que la coexistence démocratique est impossible avec un individu de culture étrangère, alors évidemment on a du mal à appliquer les théories démocratiques post et transnationales. Mais l’inverse est tout aussi vrai.

Or eux (les europhobes) qui ont toujours refusé d’admettre l’idée d’une démocratie transnationale, les voilà en train de plier face à ce qui était une évidence : la méthode démocratique est transposable au cadre européen. Il n’existe pas dans l’ADN d’un français un gène inhibant toute convergence politique avec un étranger et réciproquement, qu’il soit néerlandais, belge ou autrichien. Toute éventuelle répulsion n’est en fait que psychologique et/ou culturelle. Or les europhobes viennent en l’occurrence de se dépasser, ce qui participe à la diffusion de l’idée d’une démocratie transnationale dans l’opinion publique. Il faut à cet égard saluer cet effort même si la totalité des idées reste à combattre.

Parce que les autres formations politiques ont une pression supplémentaire.

Si l’extrême droite européenne s’organise suffisamment correctement, alors on peut espérer que les autres formations se disent qu’elles n’ont pas le droit à l’erreur et qu’elles devront faire de même. Parce que les europhobes tiendront sans doute un discours très anti-européen, leurs adversaires seront incités à élaborer un argumentaire qui porte sur des enjeux européens et non nationaux puisque c’est l’existence de l’Europe qui est mise en cause. La consistance de la vague eurosceptique devient une opportunité pour nous, européistes, de la contrer en proposant des innovations politiques au service du projet européen. Mais ceci n’est pas un prétexte pour conclure que la campagne doit se résumer à un clivage pro versus anti-européens. Non.

Les partis doivent être capables de proposer une multitude de visions possibles, qu’elles soient progressistes ou conservatrices, pour donner au citoyen la possibilité de choisir parmi les nombreuses idéologies qui travaillent notre vieux continent conformément au pluralisme inhérent à la démocratie.