L’Europe politique n’a pas vocation à se fonder sur une Nation mais sur un concept plus rationnel : la citoyenneté chère au patriotisme constitutionnel. Cependant peu importe la rationalité du fondement du projet européen, il n’a aucun intérêt s’il n’a pas de dimension concrète qui permet la prise de conscience de l’existence d’une communauté politique.

À cet égard, il faut s’empresser d’énoncer que les élections européennes ne suffisent pas. Ce n’est pas en votant seulement une fois tous les cinq ans que l’on va créer un sentiment d’appartenance rationnellement fondé. Il semble donc que la citoyenneté, participation au gouvernement de la cité, va devoir se décliner en une multitude d’aspects pratiques si elle veut avoir un sens pour tous ceux qui en sont titulaires.

État des lieux des droits accordés par la citoyenneté européenne

Est citoyen de l’Union tout ressortissant d’un de ses États-membres. Le citoyen jouit de plusieurs droits. Il peut voter et être éligible aux élections européennes et municipales sur tout le territoire européen indépendamment de sa nationalité ; séjourner et circuler librement dans l’Union ; revendiquer auprès de n’importe quel autre État-membre une protection diplomatique sur le territoire d’un pays tiers où l’État membre dont il est ressortissant n’est pas représenté ; adresser des pétitions au Parlement européen, lancer une Initiative citoyenne européenne (ICE) ; ou encore s’adresser à plusieurs organes de l’Union dont le médiateur européen.

Le besoin d’un espace public pédagogique et médiatique

Une démocratie digne de ce nom a besoin de son Agora. L’espace public médiatique est non seulement un excellent moyen de sensibiliser les citoyens aux affaires publiques européennes mais permet aussi de développer la prise de conscience de l’existence d’une communauté de destin. En effet la possibilité de débattre sur un sujet commun induit l’existence de liens d’interdépendances civiques. Or cet espace n’existe tout simplement pas alors qu’il est indispensable...surtout lorsque l’on constate les carences dont souffrent les citoyens en matière de connaissance des institutions européennes [1]. À ce tire, en décidant de supprimer Presseurop en cette année électorale, la Commission a pris une décision dont la stupidité n’est pas à démontrer.

Augmenter les pouvoirs des citoyens européens

Le Président de la Commission sera issu d’un vote démocratique pour la première fois. C’est un progrès mais cela ne suffit pas. La citoyenneté a besoin de plus d’aspects pratiques. On devrait pouvoir participer à toutes les élections sur un territoire de l’Union dès lors qu’on y réside régulièrement. On devrait pouvoir mieux contrôler l’appareil électoral en obligeant le politicien à se soumettre à un parrainage citoyen avant d’officialiser sa candidature. On devrait pouvoir changer l’ordre des listes afin de démocratiser la désignation interne des candidats et soumettre les partis politiques à notre volonté. Il s’agit tout simplement de remettre le citoyen au cœur du système politique pour réellement lui permettre de s’appartenir.

Faire converger les périodes électorales en Europe.

Favoriser la convergence de toutes les élections en Europe servirait la construction d’un sentiment d’appartenance fondé sur la citoyenneté. La Communauté politique serait encore plus visible car tous les peuples européens renouvelleraient leurs dirigeants nationaux en même temps. De plus cela permettrait de politiser davantage des institutions intergouvernementales comme le Conseil qui n’a plus vocation à fonctionner selon les principes diplomatiques.

Inculquer une culture du référendum

La culture du référendum est sans doute la meilleure solution. Quoi de plus évident que d’instituer une pratique référendaire régulière afin de rendre compte de l’existence d’une communauté politique par l’expression la plus directe de 500 millions de citoyens ? Ce référendum fonctionnerait selon la technique de la double majorité : il serait valide dès lors qu’il atteindrait à la fois la majorité de la population ainsi que celle des États. Cela permettrait de concilier les légitimités nationales et post-nationales et d’équilibrer les rapports de force entre les grands et les petits États.

En résumé un sentiment d’appartenance rationnel ne peut exister tant que le fondement sur lequel il s’appuie, la citoyenneté, est dénué de tout aspect concret. Un véritable travail de réflexion pour renforcer les dimensions pratiques dudit fondement est donc nécessaire.