Renouvellement de l’alliance russo-nord-coréenne, la présence nord-coréenne proche de l’Ukraine n’est pas près de s’estomper

Kim Jong-un, “réélu” à la tête du pays, a réaffirmé le soutien nord-coréen à la Russie.

, par Pablo Salvary-Gassilloud

Renouvellement de l'alliance russo-nord-coréenne, la présence nord-coréenne proche de l'Ukraine n'est pas près de s'estomper
Kim Jong-un et Vladimir Poutine le 25 avril 2019. source : www.kremlin.ru (Wikipedia - Creative Commons Attribution 4.0 International)

Le 23 mars dernier, Kim Jong-un a été reconduit par l’organe législatif nord-coréen en tant que président de la Commission des affaires d’État, le poste le plus élevé du pouvoir. 2 jours après sa réinvestiture, il a réaffirmé son soutien militaire à Moscou quoi qu’il arrive. Alors que la guerre en Ukraine s’éternise, le second souffle de cette alliance militaire induit une présence militaire nord-coréenne plus soutenue sur le front russe.

« Pyongyang sera toujours aux côtés de Moscou. C’est notre choix et notre volonté inébranlable … »

…a déclaré Kim Jong-un le 24 mars dernier dans une lettre adressée à Vladimir Poutine et relue par les médias d’État de Pyongyang. Les deux parties ont conclu un accord de défense militaire mutuelle en 2024 après le début de la guerre en Ukraine (2022). Dans une période de succession administrative, avec la reconduction du leader nord-coréen mais aussi l’accession de sa sœur, Kim Yo Jong, à un poste haut gradé, cette note d’intention n’est pas surprenante tant la Corée du Nord est dépendante de la Russie. Le pays reçoit une grande aide financière, alimentaire et technologique de son homologue russe qui lui permet de survivre à sa réclusion du marché international.

Dans la continuité de cette alliance, le président biélorusse Alexandre Loukachenko, grand allié de la Russie, a procédé à une visite d’État en Corée du Nord le 26 mars dernier. Dans un contexte où la guerre en Ukraine s’éternise, et comme l’a souligné le président Zelensky, est éclipsée par les affrontements au Moyen-Orient, les déclarations de Pyongyang inquiètent. Elles appuient notamment la présence militaire nord-coréenne en Russie.

La Corée du Nord est investie militairement dans la guerre en Ukraine depuis 2022

Les renseignements ukrainiens avaient dévoilé en 2024 que Pyongyang déployait près de 11 000 soldats dans la région de Koursk en Russie en plus de l’approvisionner en missiles et munitions. Cette région est très symbolique car elle fut prise par l’armée ukrainienne en 2024 avant d’être reconquise par la Russie plus tard dans l’année. C’est à cette époque que Kiev avait aussi déclaré 6000 pertes nord-coréennes dans les affrontements militaires. Ce n’est que plus tard, en 2025, que la Corée du Nord a confirmé sa présence militaire sur le front russe, en invoquant la nécessité de défendre son allié dans le cadre de leur accord de défense mutuelle.

Dans la foulée, le gouvernement sud-coréen avait alors promis l’asile aux soldats nord-coréens participant à la guerre en Ukraine. Et cela n’avait pas raté, en novembre 2025, deux soldats nord-coréens prisonniers avaient créé sensation en demandant à être accueillis en Corée du Sud. Ils précisaient que chaque soldat nord-coréen recevait l’ordre de se donner la mort s’il était capturé et qu’un rapatriement était pour eux synonyme de mort assurée. Leur dossier est encore en cours de traitement.

Les déclarations de Kim Jong-un sont donc le présage d’une présence militaire nord-coréenne qui ne faiblira pas en Russie, et qui, au contraire, pourrait être amenée à se renforcer.

Un enjeu géopolitique euro-asiatique

La guerre en Ukraine est d’une importance capitale pour la souveraineté et la sécurité militaire de l’Union européenne. Au cours des 4 dernières années, c’est un conflit qui a transformé la géopolitique européenne et réformé la politique extérieure de l’UE. L’implication assumée de la Corée du Nord dans ce conflit fait cependant évoluer ce conflit au-dessus du niveau régional vers un niveau global. Cet État autoritaire est notamment en possession de l’arme nucléaire et particulièrement belligérant en Asie.

Ainsi, le renforcement des liens russo-nord-coréens dans leurs ambitions militaires inquiète non seulement l’UE mais aussi ses alliés de l’Indo-Pacifique. Et cette inquiétude monte dans un climat où les États-Unis se révèlent être peu à peu un allié moins fiable. En Europe, l’UE est défiée sur le sujet du Groenland mais aussi par la mise en place de restrictions économiques, sans mentionner les nombreux affronts verbaux des politiciens américains. En Asie, l’entretien entre la première ministre japonaise, Sanae Takaichi, et le président américain Donald Trump sur les sujets militaires au Moyen-Orient le mois dernier fut d’ailleurs particulièrement tendu. En parallèle, les États-Unis demandent une plus grande participation financière à la Corée du Sud dans l’effort de guerre ; des changements diplomatiques qui précarisent la région au niveau militaire.

Face aux mêmes adversaires et aux mêmes alliés défaillants, l’Europe et les acteurs majeurs d’Asie-Pacifique ont une nouvelle opportunité de raffermir leur lien face aux belligérants. C’est certainement une des grandes raisons de la visite d’Emmanuel Macron au Japon et en Corée du Sud début d’avril.

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