Trois députés se seraient fait acheter par des journalistes cachés, pour faire passer des amendements à la législation.

Que s’est-il passé ?

Des journalistes du magazine britannique le Sunday Times ont rencontré trois députés européens et se sont fait passer pour des consultants en affaires publiques. Ils prétendaient avoir des clients intéressés par certains amendements à la législation en cours de discussion. [1]

En soi, pour le moment rien de choquant. C’est le travail d’un consultant en Affaires Publiques d’être payé par ses clients (fédérations, associations, ONG, entreprises) pour utiliser sa connaissance des institutions afin de délivrer des informations sur les débats politiques en cours et éventuellement transmettre des commentaires et des propositions d’amendement sur certains textes législatifs en cours de discussion. Tout le monde (on pense à une PME intéressée par un certain aspect réglementaire) n’a pas les moyens de se payer un bureau à Bruxelles avec des salariés payés pour informer l’entreprise de ce qui s’y passe.

Les trois députés ont accepté de défendre les amendements. Mais pas sur la base de leur conviction comme cela doit se passer, mais contre de l’argent ! Et de façon tout à fait officielle : ils voulaient facturer le fait de défendre des amendements en tant que conseil en Affaires Publiques, pour une somme entre 12 000 et 100 000 €. En somme, ils voulaient être payés comme consultants pour un travail de parlementaire !

Qu’est ce qui est grave là-dedans ?

Que des députés se fassent payer pour changer des lois, ceci n’est pas nouveau. Des cas comme celui ci, on ne les compte hélas plus dans les démocraties occidentales. Le détournement de la fonction de consultant est très grave. Travailler comme consultant quand on est député, que ce soit gratuitement ou pire contre rémunération, c’est contrevenir à tous les impératifs de transparence et d’égalité des chances, en plus d’être un cas tout à fait classique de corruption. En effet, dans un tel cas, tout le monde n’a pas la même chance d’exprimer son opinion ou de pouvoir influer sur la vie politique.

La conversation entre les journalistes et l’ancien ministre autrichien Ernst Strasser est par ailleurs lamentablement instructive. Elle nous montre que Strasser se définit sans aucun scrupule comme consultant. Ceci serait normal si il n’avait pas de mandat. Après tout, un ancien ministre est qualifié pour un tel poste. Ce qui est choquant, c’est qu’il comprenne son mandat de député européen comme simple tremplin dans sa carrière de consultant. Ceci montre, à quel point le Parlement Européen est perçu par certains politiques de nos gouvernements nationaux : comme une simple étape intermédiaire dans une carrière.

Strasser insiste également sur le fait qu’il ne veut pas publier l’identité des « clients » en question. Ceci est tout aussi grave et contrevient au principe de transparence. En effet chacun doit pouvoir être en mesure de savoir qui a proposé quel amendement.

Que pouvons-nous apprendre de ce scandale ?

Les groupes parlementaires concernées – PPE et PSE – ont réagi immédiatement et ont contraint au moins deux des trois eurodéputés à quitter le Parlement Européen. C’est déjà cela de positif de voir qu’un tel comportement n’est pas toléré et que le conséquences en sont tirées rapidement. Au moins les dégâts sur la crédibilité de l’institution n’en sont pas amplifiés. On peut même se demander si une telle réaction aurait été visible ailleurs...

Il faut en effet rappeler que nulle part ailleurs qu’au Parlement Européen, l’enregistrement n’est aussi strict, ce que Strasser lui-même déplore. Au moins on peut apprendre de ce scandale – au milieu de toutes les mauvaises nouvelles qu’il comprend – qu’il existe des règles qui ne fonctionnent pas trop mal et que les groupes parlementaires veillent à leur application.

Bien entendu, mais il fallait s’y attendre, le cas est utilisé pour nous faire la campagne Bruxelles habituelle. Citons le journal allemand Die Welt et son titre «  Bruxelles corrompu : des politiques changent les lois contre de l’argent ». Mais ça, c’était prévisible.