Les pays européens réagissent aux menaces de Donald Trump sur le Groenland et cherchent à s’allier pour protéger l’Arctique du populiste états-unien, sécuriser les ressources en matières premières et limiter les présences militaires de la Russie et de la Chine dans la région. Suite à la fonte des glaciers laissant place à de nouvelles routes maritimes, il est primordial pour l’Union européenne de contrer les puissances environnantes qui menacent la zone.

L’UE cherche à assurer sa sécurité face aux États-Unis

La région de l’Arctique est devenue un territoire clé depuis de nombreuses années mais son importance a fortement évolué depuis les déclarations du président états-unien, Donald Trump, il y a huit mois. Une des raisons de ce nouvel intérêt pour la région est dûe malheureusement aux conséquences du changement climatique. Avec le réchauffement de la planète, des glaciers arctiques ont fondu, laissant place à une nouvelle route commerciale. Dans cette zone du globe, le réchauffement est 4 fois plus rapide qu’ailleurs. Dans ce contexte inédit, les pays européens ont bien compris l’importance de se montrer présents et de ne pas se laisser faire face au populisme expansionniste de l’administration Trump. Pour cela, ces 13 et 14 septembre derniers a eu lieu, en Finlande, le Sommet européen sur l’Arctique rassemblant des représentants de 12 des 27 États membres européens ainsi que Kaja Kallas, haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité. C’est au nord du pays, à Rovaniemi, que tous se sont réunis pour approfondir la politique de l’UE relative à sa présence dans la région.

Les intérêts prédateurs de Donald Trump sur l’Arctique et le Groenland

Si Donald Trump utilise l’argument de la sécurité pour dominer à terme le Groenland, il s’agit en réalité d’avoir la mainmise sur les ressources présentes en Arctique. Bien que les menaces américaines sur le Groenland datent d’il y a plusieurs mois, les tensions qu’elles ont générées n’ont pas disparu. Durant l’été déjà, à l’occasion du sommet de l’OTAN en Turquie, Trump avait affirmé à nouveau que le Groenland devrait être contrôlé par les Etats-Unis et non par le Danemark. Plus récemment, le 7 septembre dernier, le président américain a publié sur son réseau social “Truth Social" une carte censée représenter le territoire américain. On y voit les 50 États mais aussi le Groenland, le Canada, le Mexique et les Antilles françaises.

De plus, le Groenland regorge de matières premières fortement recherchées telles que du cuivre, du zinc, de l’uranium ou encore du lithium. En tout, ce ne sont pas moins de 25 des 34 matières premières critiques en plus de 7 gisements rares qui sont utilisés pour les batteries et les semi-conducteurs notamment. En plus des matières premières, plusieurs énergies fossiles s’y trouveraient. On parle de plus de 10 % du pétrole et de 30 % du gaz naturel qui n’auraient pas encore été découverts.

Les menaces russes et l’intérêt chinois

Si l’Arctique présente de nombreuses ressources prisées, elles n’ont pour l’instant pas été fortement exploitées. La raison se trouve dans le manque d’infrastructures le permettant. Cependant, cela tend à changer avec le nouvel intérêt que la Chine porte sur la région.

Aux côtés des États-Unis et de la Chine, une troisième nation cherche à imposer sa présence dans la zone : la Russie. Le pays y a récemment rouvert des bases militaires. Le Groenland est aussi très convoité en raison de sa position géographique entre les États-Unis et la Russie. Le territoire se situe sur la trajectoire des missiles entre les deux pays ce qui le rend clé dans la défense de chaque pays. Avoir une présence dans l’Arctique représenterait donc un avantage stratégique plus que considérable et c’est une question qui demeure depuis le temps de la guerre froide.

Un rapprochement de l’Arctique par le Groenland

Déjà la semaine précédent le sommet, Ursula von der Leyen s’était rendue à Nuuk afin d’annoncer que l’UE allait investir 200 millions d’euros au Groenland. Huit mois après les annonces du président des États-Unis, l’Union met en place des mesures concrètes pour le contrer. Elle compte bien préserver la stabilité politique au sein de l’île rattachée au territoire danois. D’ici 2034, la présidente a pour objectif que cette aide soit d’environ 530 millions d’euros. Cette visite faisait suite à celle du ministre des Affaires étrangères du Groenland, Múte Bourup Egede, le 2 septembre au Parlement européen. Il avait notamment prévenu l’Union de “ne pas perdre de temps” face aux Américains.

Dans le contexte des menaces extérieures émanant des États-Unis, de la Russie et de la Chine, la collaboration étroite entre les pays d’Arctique et l’Union européenne apparaît évidente. non pas qu’elle était inexistante auparavant, seulement là, les deux parties prenantes tendent à rendre ce travail plus concret. La sécurité de l’Arctique est devenue une des priorités de l’Union. À l’occasion de cette visite, la présidente de la Commission européenne, la cheffe du gouvernement danois, Mette Frederiksen et le premier ministre du Groenland, Jens-Frederik Nielsen ont réaffirmé la déclaration UE-Groenland de 2015 dans laquelle le Groenland confirme clairement sa volonté de se rapprocher de l’Union. Le Groenland, bien que sous la coupole du Danemark et malgré son statut de territoire autonome, avait choisi de sortir de la Communauté économique européenne en 1985 après y être entré en même temps que le Danemark en 1973. L’Union et l’île sont restées très proches et leur collaboration s’intensifie.

La Finlande comme État membre hôte du Sommet

Le pays choisi pour tenir ce sommet n’est pas non plus anodin, au contraire c’est un choix bien réfléchi. La Finlande est membre de l’Union européenne depuis le 1er janvier 1995 et a rejoint la zone euro le 1er janvier 1999. Cependant, si la Finlande a été choisie pour le sommet plutôt que le Danemark, c’est parce qu’elle partage une grande partie de ses frontières avec la Russie, actuellement en guerre avec l’Ukraine. Lors de ces deux jours de sommet, la France et la Finlande ont conclu la participation officielle de la Finlande à l’initiative française de “dissuasion nucléaire avancée”, devenant le dixième pays à intégrer le dispositif du parapluie nucléaire français.

La politique avec le Groenland précédant le sommet

Ce sommet n’est pas la seule initiative européenne pour s’imposer dans la région. Déjà en janvier, huit États membres avaient déployé des officiers dans le région pour la mission de reconnaissance “Arctic Endurance”. Quelques jours plus tard, à la suite de nouveaux propos tenus par le président états-unien, le président français, Emmanuel Macron, avait reçu les chefs de gouvernement danois et groenlandais. Depuis 2021, il y aussi eu l’adoption d’une politique européenne concernant l’Arctique. Ce sommet était l’occasion de discuter des brises glaces afin de pouvoir accéder aux ressources qui se trouvent dans l’Arctique.

Une zone clé à surveiller

Si l’UE paraît ne pas avoir assez de moyens pour s’imposer face aux géants américain, chinois et russe, elle continue d’user de tous ses outils pour assurer la sécurité dans la zone Arctique. Sera-ce suffisant pour lutter contre des chefs d’Etat qui repoussent chaque jour les limites et qui cherchent à imposer plus que tout leur vision expansionniste dans le but d’asseoir leur pouvoir ?