Strasbourg peut-elle perdre définitivement le siège du Parlement européen ?

, par Théo Boucart

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Strasbourg peut-elle perdre définitivement le siège du Parlement européen ?
Le siège du Parlement européen à Strasbourg

La session plénière du Parlement européen commence aujourd’hui. Alors que celle-ci devait faire son grand retour à Strasbourg après dix mois d’absence dans la capitale alsacienne, celle-ci est organisée finalement en ligne, face à une forte recrudescence de la pandémie de coronavirus en France et en Belgique.

Depuis plusieurs mois, il sonne désespérément vide. Le bâtiment Louise Weiss, siège du Parlement européen à Strasbourg, est boudé par les Députés européens, prenant le prétexte de la pandémie de coronavirus qui touche durement l’Europe depuis le mois de mars.

Alors que le 19 octobre devait signer le grand retour des Députés dans l’hémicycle strasbourgeois, les présidents de groupes politiques et le président du Parlement européen, David-Maria Sassoli, ont décidé jeudi de reporter une nouvelle fois la rentrée parlementaire à Strasbourg. Dans un tweet, Sassoli a justifié cette décision par l’aggravation de la situation liée à la COVID-19 : « Je regrette d’annoncer que la plénière n’aura pas lieu à Strasbourg. Elle se tiendra à distance. La situation en France et en Belgique est très grave. Le déplacement est un danger. Strasbourg reste le siège du @Europarl_FR et nous ferons tout notre possible pour y retourner ».

Ni Strasbourg, ni Bruxelles donc. La séance plénière se fera en format dématérialisé. Afin de prendre la parole lors des différents débats, les Eurodéputés seront obligés de se rendre dans l’un des 32 bureaux de liaison du Parlement répartis dans l’ensemble de l’Union européenne. Cela risque de complexifier la bonne tenue des discussions, d’autant plus que des sujets de haute importance doivent être abordés, comme la situation au Bélarus, la Politique Agricole Commune, ou encore la Coopération Structurée Permanente (CSP, aussi appelée « union de la défense »).

Le siège strasbourgeois de plus en plus décrié

Au-delà de la difficulté technique, c’est la question de la remise en cause plus ou moins latente de la place de Strasbourg comme siège du Parlement européen qui est très inquiétante.

Si une majorité des Députés européens semble favorable à ce que l’intégralité des travaux parlementaire se tiennent à Bruxelles, siège de la Commission et du Conseil de l’UE, ils ont tendance à oublier que le siège de Strasbourg est inscrit dans un protocole annexe au Traité d’Amsterdam sur la fixation des institutions européennes. Cette inscription officielle oblige également le co-législateur européen à tenir douze sessions plénières par an dans la capitale alsacienne.

Toutefois, aucune session ne s’est tenue dans le bâtiment Louise Weiss depuis le mois de février. La pandémie de coronavirus vient donc conforter les « anti-Strasbourg » dans leur volonté de tout centraliser dans la capitale belge. Le critère sanitaire s’ajoute en effet aux reproches faits en termes de logistique (il est assez difficile de se déplacer de Bruxelles à Strasbourg en transports en commun), de coût (le « rapatriement » des activités à Bruxelles permettrait d’économiser entre 103 et 109 millions d’euros par an en frais de déplacement) ou encore environnemental (le déplacement mensuel est source de fortes émissions de dioxyde de carbone, même si le bâtiment strasbourgeois, construit en 1999, est bien plus efficace énergétiquement que le bâtiment bruxellois, construit dix ans auparavant et fragile, et donc nécessitant des millions d’euros d’entretien et de rénovation).

Une enjeu de démocratie, locale et européenne

Cette situation de remise en cause de la fixation officielle des institutions européennes ne doit pourtant pas faire baisser les bras celles et ceux qui défendent le siège strasbourgeois.

Seuls les Etats membres peuvent changer ce qu’ils ont décidé. Strasbourg étant inscrit dans les Traités européens, une décision du Conseil européen à l’unanimité est nécessaire pour changer cela. Une décision que la France n’est certainement pas prête à prendre. Lors de son déplacement en Lituanie, Emmanuel Macron a d’ailleurs défendu sans équivoque le Parlement à Strasbourg : « Si le Parlement européen ne se réunit qu’à Bruxelles, on est foutus, car dans dix ans tout sera à Bruxelles. Et les gens ne se parleront plus qu’entre eux à Bruxelles. Or l’Europe ce n’est pas cette idée-là ».

Les propos du Président de la République mettent en exergue une idée fondamentale de l’intégration européenne : son appropriation par les citoyens européens. Le fait que les institutions européennes, réputées technocratiques et déconnectées de la vie des citoyens, soient réparties dans plusieurs pays ou dans des villes à l’histoire européenne très riche, comme Strasbourg, montre que l’Union européenne est désireuse de sortir du quartier européen de Bruxelles. Cette « décentralisation » des institutions est un enjeu fondamental de démocratie et participe à la bonne identification de l’idée européenne par les citoyens européens.

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