Tête de liste du PPE aux élections européennes : Alexander Stubb dévoile son programme

, par Lucas Buthion

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Tête de liste du PPE aux élections européennes : Alexander Stubb dévoile son programme
Alexander Stubb est candidat pour être la tête de liste du Parti populaire européen aux élections européennes de mai 2019. Photo : Flickr - Friends of Europe - CC BY-NC-ND 2.0

Les grandes manœuvres ont déjà commencé autour de la succession du Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Au sein du Parti populaire européen (PPE, centre-droit), deux candidats aspirent à prendre la tête de liste en vue des élections européennes – avec la perspective de devenir Président de la Commission, si leur parti arrive en tête aux élections : l’Allemand Manfred Weber et le Finlandais Alexander Stubb. Ce dernier présentait hier matin son programme à Bruxelles.

Deux semaines après avoir annoncé sa candidature à la tête de liste du PPE, c’est en plein cœur du quartier européen à Bruxelles qu’Alexander Stubb a dévoilé les principales lignes de son programme. Huit pages pour décrire sa vision politique pour « la prochaine génération de l’Europe ».

Une vision qui place les « valeurs européennes » au cœur du projet de l’ancien Premier Ministre Finlandais : droits de l’Homme, égalité, tolérance, respect de l’état de droit et de la démocratie libérale, autant de principes qu’il estime actuellement « attaqués, à la fois de l’intérieur et à l’extérieur de l’Union », et nécessaire de défendre avec force. Un langage sans ambigüité qu’il tiendra, assure-t-il, également au sein du PPE, à l’égard du Fidesz, parti du Premier Ministre Hongrois Viktor Orban.

Pour le Vice-Président de la Banque Européenne d’Investissement – qui s’est mis en congés de son poste le temps de la campagne interne du PPE- deux défis fondamentaux, de nature transnationale, se posent à notre génération : la révolution numérique et le changement climatique. Sur ces deux questions, « aucun pays ne peut agir seul ». S’il ne liste pas de mesures concrètes dans son programme – ce qui aurait été, selon lui, « contre-productif à ce stade », quelques lignes de force se dégagent néanmoins de ce premier document. Prendre le leadership de la révolution numérique constitue un premier objectif du Finlandais, qui ne se résout pas à ce qu’aujourd’hui, « dans le top 20 des entreprises de la tech, toutes sont américaines ou chinoises ». Stubb souligne ainsi la nécessité d’investir dans l’éducation, l’innovation, la R&D pour renverser cette tendance. Dans le même temps, la protection des données personnelles et de la vie privée en ligne des citoyens européens fonde l’autre cheval de bataille du candidat. Dans son programme, il est d’ailleurs convaincu que l’UE peut (et doit) prendre l’initiative pour impulser des règles internationales en matière d’intelligence artificielle et de robotisation, en ligne avec les valeurs européennes.

La croissance et la prospérité pour tous les Européens, c’est le deuxième angle du programme d’Alexander Stubb – le populisme croissant sur le continent se nourrissant d’après lui d’un sentiment d’injustice et de méfiance quant à notre modèle de société, combinant économie sociale de marché et globalisation. Libéral sur le plan économique, il entend faire en sorte que l’UE continue à être championne en matière de commerce libre et équitable – tout en lutte contre les pratiques déloyales affectant les acteurs européens à l’échelle internationale. Sur l’Euro, Stubb se fait le hérault d’une intégration poussée, appelant à accélérer le pas pour créer une Union bancaire et des marchés de capitaux et à aller vers un Fonds Monétaire Européen.

En matière de changement climatique, l’objectif poursuivi est clair : une Europe neutre en carbone d’ici 2045. Si les Accords de Paris sont un bon début pour Stubb, il considère nécessaire d’être encore « plus ambitieux ». Dans ce domaine aussi, il compte sur l’esprit d’innovation des entreprises européennes pour développer des nouvelles technologies, qui pourront contribuer à cet effort collectif.

La gestion des migrations et la sécurité sont les deux derniers volets – et pas forcément ceux qui ont été le plus mis en avant- du programme du candidat Finlandais. Alors que les formations populistes à travers l’Europe ont surfé sur la crise migratoire depuis 2015 pour dénoncer à grands cris « ‘l’Europe passoire », Stubb prend le parti de ne pas céder à l’alarmisme : pour lui, « il est temps de montrer aux Européens que la situation est sous contrôle » tout en s’assurant que la situation de 2015 ne se répètera pas. Dans son programme, il précise ainsi que « l’Europe a besoin d’une immigration, contrôlée et légale », considérant que « avec une démographie vieillissante et une pénurie de main d’œuvre qualifiée, nous ne pourras pas survivre en construisant des murs ». De ce point de vue, un meilleur contrôle des frontières extérieures constitue un prérequis, tout comme le renforcement de Frontex, la mise en place de centres d’asile à l’extérieur de l’UE de concert avec le UNHCR, ou encore l’instauration de quotas par Etats-membres pour les demandes d’asile à caractère humanitaire. Sans exclure la mise en œuvre d’un système de « solidarité flexible » entre les Etats-membres de l’UE.

En matière de sécurité/ défense, Stubb se veut aussi ambitieux. Bien qu’atlantiste convaincu, il se dit conscient que la marginalisation volontaire des Etats-Unis de la scène internationale oblige l’Europe à « prendre davantage de responsabilité pour sa sécurité ». Il appelle ainsi à renforcer les efforts des Etats-membres et des institutions européennes pour créer une véritable « Union de la sécurité et de la défense. Création d’une stratégie européenne en matière d’intelligence artificielle et de sécurité, améliorer l’efficacité et la compétitivité de la base technologique et industrielle de défense, sont quelques-uns des objectifs d’Alexander Stubb.

C’est donc sur la base de ces grandes orientations que le candidat Finlandais va maintenant tenter de convaincre les quelques 735 délégués du Parti Populaire Européen qui éliront en Congrès, le 8 novembre à Helsinki, leur tête de liste pour les élections européennes. Un marathon de trois semaines qui ne semble pas effrayer le quinquagénaire nordique, triathlète confirmé.

Reste à savoir si les chefs d’Etat et de gouvernement accepteront effectivement de nommer à la Présidence de la Commission européenne la tête de liste du parti politique européen arrivé en tête aux élections européennes – ce qui ne relève en aucun cas d’une obligation dans les Traités Européens mais avait largement été accueilli en 2014 comme une avancée démocratique.

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