Têtes de liste PS pour les européennes : l’obscurité de Solférino

, par Estelle Huchet

Têtes de liste PS pour les européennes : l'obscurité de Solférino

Samedi 16 novembre, 10h. Le Conseil national du Parti socialiste (PS) ouvre sur la proposition de listes des sept circonscriptions métropolitaines prévues pour les élections européennes du 25 mai prochain. Alors que les listes prévoient d’être soumises au vote des militants le jeudi 21 novembre, la constitution des listes a suscité de nombreuses contestations dans les circonscriptions locales... à tel point que la consultation aurait presque pu mal tourner. Il y aurait eu de quoi.

5 jours avant le vote des militants, le Conseil national proposait les listes de candidats aux élections européennes pour les sept circonscriptions locales, des propositions loin de réjouir les adhérents. David Assouline rappelait que la constitution de listes était un "exercice toujours difficile" notamment quand on sait que le parti socialiste était à la recherche d’une "alchimie nécessaire". Selon le porte-parole socialiste, celle-ci serait le fruit d’un subtile équilibre entre la diversité politique du PS et la représentativité des territoires, l’expérience et le renouvellement, la parité et la diversité.

Propositions de listes inter-régionales pour les élections européennes :

• Nord Ouest : la liste sera menée par Gilles Pargneaux avec Claude Roiron et Jean-Louis Cottigny

• Ouest : la liste sera menée par Isabelle Thomas avec Emmanuel Maurel et Françoise Mesnard

• Est : la liste sera menée par Catherine Trautmann avec Pierre Priebetich

• Sud Ouest : la tête de liste sera une femme, issue du PRG. Elle mènera la liste avec le socialiste Eric Andrieu

• Sud est : la liste sera menée par Vincent Peillon avec Sylvie Guillaume et Zaiki Laïdi

• Massif central centre : la liste sera menée par Jean-Paul Denanot avec Karine Gloannec-Maurin

• Ile-de-France : la liste sera menée par Harlem Désir, avec Pervenche Bérès et Guillaume Balas,

• Les circonscriptions d’Outre-mer seront débattues lors d’une prochaine réunion en raison des spécificités des modes de scrutin de ces circonscriptions.

Incohérence des désignations : entre parachutage et exclusions

Des critères qui justifieraient presque - presque ! - les parachutages, les exclusions pures et simples de parlementaires européens impliqués, les incohérences régionales... Vu des régions, le résultat ressemble plutôt à un contrat difficilement négocié entre les poids lourds de Solférino.

Inutile de s’étendre sur le cas Peillon, tête de liste Sud-Est, dont on ne sait s’il démissionnera de la liste pour rester ministre du gouvernement et où le candidat local n’arrive qu’en cinquième position. Cas semblable en Bretagne : Emmanuel Maurel, élu francilien, se voit accorder la deuxième place sur la liste de la circonscritpion Ouest, comme un lot de consolation alors que les socialistes de Languedoc-Rousillon s’opposent à ce qu’il conduise une liste en Sud-Ouest. Une aberration géographique pour les bretons.

La fronde du Sud-Ouest contre Solférino

En Sud-Ouest, c’est à n’y rien comprendre non plus. Alors que le journal Le Monde annonçait samedi 16 novembre que la liste serait conduite par une députée - partié oblige - du Parti Radical de Gauche, la publication socialiste L’hebdo du 23 novembre présentait Eric Andrieu, député sortant et proche de Vincent Peillon en première place de la circonscription Sud-Ouest.

Alors que Françoise Castex était présentie comme rapporteur de la directive propriété intellectuelle à venir, le PS n’a "pas jugé utile de [lui] donner la possibilité de poursuivre [son] travail" nous rappelle l’eurodéputée sortante. Dans un texte paru dans Le Plusdu NouvelObs, la députée se désolait de l’important turn-over qui se profilait à la publication des listes de candidats PS aux européennes, alors même que l’activité de parlementaire européen nécessite assiduité au sein des commissions parlementaires et une capacité à se spécialiser dans un domaine où il pourra faire preuve d’influence ; une influence d’autant plus précieuse que les élections de 2009 n’avait offerts aux députés socialistes que 14 sièges à se partager, contre 31 en 2004.

La brume qui entoure l’Occitanie ne devrait pas se lever de si tôt puisque, suite à des menaces de rejet de la liste, le vote de militants a été reporté. Solférino n’a pas communiqué de date pour ce nouveau vote... mais la procédure est claire : en cas de rejet d’une liste par les militants, le dernier mot va au bureau national et à la commission électorale du parti. Un passage en force serait bien mal venu alors que le PS réussit tout juste à souder les diverses sensibilités du parti derrière le projet de réforme fiscale.

Des barons en mal de mandat ?

Aux alentours du 12 novembre dernier, soit 4 jours avant la sortie des listes par Solférino, des bruits de couloir faisait planer la menace d’un remaniement sur le gouvernement Hollande. Le député PS Malek Boutih, ancien président d’SOS Racisme, expliquait au journal Le Parisien la nécessité de "remplacer le premier ministre d’urgence". Avant d’être poussés vers la sortie, certains barons du parti n’auraient-ils pas cherché une alternative à leur siège de ministre dans les fauteuils du Parlement européen ?

Le cas échéant, on peut s’interroger sur la capacité des dits candidats à porter un projet pour l’Europe. Devant l’opacité entourant la désignation des têtes de liste, le choix des peut-être futurs parlementaires européens ne semble pas se faire sur les professions de foi des candidats. A 6 mois des élections, et alors que les municipales risquent déjà de faire de l’ombre à la campagne des européennes, un peu plus de clarté sur la désignation des listes du Parti Socialiste français n’aurait pas été un luxe.

Décision finale samedi prochain

Devant l’usurpation du vote des militants et le peu de considération du local par Solférino, Françoise Castex, eurodéputée sortante, voit en la mobilisation du Sud-Ouest une lueur espoir : « Il faut aussi entendre deux messages positifs qui sont envoyés : les militants socialistes sont capables de se mobiliser pour les élections européennes, ils ont identifié leurs députés européens et reconnaissent leur action. Il me semble que le Parti Socialiste doit entendre le message de cette façon positive pour la future campagne ». Les listes votées - ou non - par les militants seront validées lors de la Convention nationale du Parti socialiste, le matin du 7 décembre prochain. On espère alors que Françoise Castex sera entendue.

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