« The Movement », un empire de la peur prêt à déferler sur une UE apathique ?

, par Théo Boucart

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« The Movement », un empire de la peur prêt à déferler sur une UE apathique ?
Steve Bannon, le retour de « l’ange noir populiste » ? Photo : Gage Skidmore - Flickr - CC BY-SA 2.0

Steve Bannon est de retour ! Après avoir inondé les États-Unis de ses discours populistes, contribuant grandement à la victoire de Donald Trump, le gourou de la droite conservatrice a de grandes ambitions en Europe. Quand bien même certaines de ses idées puissent séduire, peut-il s’imposer sur la scène politique du vieux continent ?

Les élections européennes sont l’incarnation de la « démocratie européenne » et un rendez-vous incontournable pour tous les partis politiques des pays de l’UE. Les partis populistes l’ont bien compris et comptent bien peser encore plus après mai 2019 au sein de l’hémicycle de Strasbourg. Les sondages semblent donner aux formations populistes une possible troisième place en termes de nombres d’eurodéputés. N’en déplaisent donc à certains « aficionados » d’Emmanuel Macron, sa victoire en mai 2017 n’a pas stoppé net la marée montante du populisme de droite.

Cette progression quelque peu lugubre serait-elle sur le point de s’accélérer encore plus ? C’est ce que voudrait Steve Bannon avec « The Movement », une sorte de think tank politique aspirant à fédérer les mouvements populistes européens de droite pour maximiser leur influence lors de la prochaine législature. Cette organisation sera basée en plein cœur de Bruxelles et compte fournir aux formations visées des sondages, des nouvelles idées, des éléments de langage et de communication. En somme, reproduire en Europe ce que Bannon a réussi à faire aux États-Unis, car même après avoir quitté la Maison Blanche l’année dernière, l’ancien patron de Breitbart News a multiplié les rencontres avec les dirigeant populistes européens, de Matteo Salvini à Marine Le Pen et sa nièce.

Un objectif : détruire l’Union européenne

La stratégie du « Mouvement » de Steve Bannon est simple : tenter de créer l’unité des forces populistes de droite en vue des élections européennes de 2019 pour obtenir le plus d’eurodéputés possible, puis commencer un travail de sape au sein du Parlement européen pour la paralyser et la tuer à petit feu. Pour augmenter son pouvoir d’action, Steve Bannon a même créé une crypto-monnaie pour s’assurer un financement indépendant des banques, sous le contrôle de « l’establishment » qu’il hait tant. Une entreprise qui peut déboucher sur la création d’un empire de la peur, Steve Bannon a donc une nouvelle occasion de s’imposer comme le « populiste perturbateur ».

Bannon en terrain conquis… vraiment ?

Si le populisme en Europe a le vent en poupe, Steve Bannon et « The Movement » peuvent-ils pleinement en profiter en reproduisant la stratégie gagnante aux États-Unis ? C’est loin d’être acquis à vrai dire. Les populismes européens diffèrent en effet de la doctrine de Steve Bannon sur une chose fondamentale : le rôle de l’État. Alors que le trublion américain est un libertarien admirateur de Reagan et de ce fait partisan d’une réduction drastique du poids de l’État, Matteo Salvini, Viktor Orbán ou Marine Le Pen préconisent au contraire un État fort pour protéger contre les méfaits de la mondialisation et de l’immigration de masse. La lutte contre l’immigration est justement la seule chose sur le terrain des idées qui peut réunir tout le monde. Néanmoins, Steve Bannon voudrait-il se focaliser uniquement sur l’immigration ? De plus, « fédérer les populistes d’Europe » est une formule quelque peu oxymorique : comment unifier des partis politiques dont le fonds de commerce est la haine de l’autre, et donc par extension les autres partis populistes ? Comment unifier des partis populistes uniquement focalisés sur leurs propres opinions publiques ? La stratégie de Steve Bannon est certes en partie court-termiste, la construction d’un ordre nouveau qui renverse l’establishment après 2019 est peu probable.

Une nouvelle attaque contre une UE affaiblie

Steve Bannon ne sera certainement pas le nouvel « ange noir » des populistes européens, surtout après mai 2019. Pour autant, le populisme a une influence croissante en Europe, avec ou sans l’américain. L’oublier serait une grave erreur pour une Union européenne apathique, difficilement capable de se réformer. Les pays qui ne sont pas gouvernés par les populistes, dont la France et l’Allemagne, ont toutes les difficultés à avancer sur les dossiers cruciaux pour la pérennité de l’Union. L’Allemagne d’Angela Merkel est sortie affaiblie du blocage politique qui a suivi les élections en septembre et l’instabilité menace toujours, d’autant plus que l’AfD surfe sur le mécontentement croissant de la société allemande et même sur le début d’une crise identitaire. Emmanuel Macron a lui du mal à imposer son volontarisme européen, la résistance se fait de plus en plus forte, surtout en Europe centrale, comme Viktor Orbán l’a prouvé récemment. Une fois de plus, il ne faudrait pas surestimer l’entreprise pernicieuse de Steve Bannon. Le danger populiste est néanmoins bien réel. Il reste un peu plus de neuf mois avant l’échéance électorale européenne et il trop tard pour inverser la tendance à la hausse du populisme d’ici mai 2019. L’Union européenne doit néanmoins faire comprendre à ses citoyens et ses électeurs qu’elle est un pôle de stabilité au milieu de puissances hostiles comme les États-Unis ou la Russie, et que les populistes n’ont pour but que de détruire cette précieuse stabilité.

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