Toujours plus à droite au Liechtenstein !

, par Samuel Touron

Toujours plus à droite au Liechtenstein !
Drapeau du Liechtenstein Drapeau du Liechtenstein, source Pxfuel

Si certains de nos lecteurs sont des habitués du blanchiment d’argent ou de l’évasion fiscale ou plus légalement, sont amateurs de sports d’hiver, alors, le Liechtenstein ne leur est peut-être pas inconnu. Pour les autres, peut-être aurez-vous de lointaines réminiscences de vos cours de géographie : « Liechtenstein ? - Vaduz ! ». Sinon, pour les autres, voici ce qu’il faut savoir sur ce pays.

Petit État niché au cœur des Alpes, le Liechtenstein est devenu indépendant du Saint-Empire Romain Germanique en 1806 du fait des invasions napoléoniennes. Gouverné par un prince suivant un ordre de succession de primogéniture mâle, le pays reste neutre durant les deux Guerres mondiales. Dès l’après-guerre, le Liechtenstein renforce son union économique et monétaire avec la Suisse et se lance dans une diversification de son économie vers le secteur financier, notamment bancaire, mais également vers les industries (le géant de l’outillage Hilti en est le principal représentant). D’un pays d’agriculteurs et d’éleveurs miséreux, le Liechtenstein est devenu en l’espace d’un demi-siècle, le pays le plus riche de la planète. Avec un PIB/habitant moyen de 165 028 dollars par habitant et par an, un taux de chômage de 1,7%, une dette de 0,5% du PIB et une fiscalité extrêmement attractive, le pays connaît une situation économique idyllique. État membre de l’Espace Économique Européen, le Liechtenstein très étroitement dépendant de ses voisins cherche à harmoniser une partie de sa politique économique avec ces derniers. Ainsi, sous pression de l’Allemagne notamment, le pays a accepté de lever le secret bancaire pour les comptes de particuliers et de consentir à l’échange d’informations bancaires. Une véritable révolution dans un pays connu comme étant encore plus fermé que la Suisse dans ce domaine.

Le Prince du Liechtenstein : dernier souverain d’Europe

Le Liechtenstein possède la famille monarchique la plus puissante d’Europe, le prince jouit de pouvoirs importants et peut bloquer toute décision prise par la Diète (assemblée délibérative) ou par son peuple. En 2003, à la suite d’un référendum initié par l’actuel prince Hans-Adam II, ses pouvoirs sont encore renforcés. Le prince peut nommer un nouveau gouvernement sans l’aval de la Diète, il peut poser son veto à n’importe quel projet de loi ou référendum, il bénéficie d’une immunité totale et il peut proposer des lois. De plus, la fortune de la famille princière du Liechtenstein en fait l’une des plus riches familles monarchiques au monde, Hans-Adam II est d’ailleurs le souverain le plus riche d’Europe.

Au-delà d’avoir un souverain qui règne véritablement, l’originalité du système politique liechtensteinois réside dans l’usage permanent du référendum. Le pays est une sorte de « monarchie délibérative » ou de « monarchie participative » dans laquelle les citoyens sont consultés sur chaque décision importante et peuvent se prononcer de leur propre chef sur chacune d’entre elles. Ce système politique jouit d’une popularité immense ce qui renforce les pouvoirs et la popularité du prince. Aucun parti politique (le pays compte cinq principaux partis) ne conteste plus la légitimité du prince ou la politique qu’il conduit. En 2012, les militants pour l’avortement organisèrent un référendum pour réduire les pouvoirs de la monarchie, celui-ci fut rejeté par 75% de la population. Retentissant.

Un État conservateur et très catholique

Ce dernier exemple nous permet d’aborder un autre point spécifique au Liechtenstein : son conservatisme. Il est l’un des derniers pays où l’avortement reste interdit même s’il continue d’être pratiqué à l’étranger. La peine encourue est d’un an d’emprisonnement. Deux référendums, l’un en 2005 et l’autre en 2012, ont vu les Liechtensteinois s’opposer à l’avortement et dans le cas du second référendum, le prince avait de toute façon indiqué que, quoi qu’il arrive, il opposerait son droit de veto rendant impossible l’adoption du texte. De même, le pays est le dernier d’Europe à avoir légalisé le droit de vote des femmes, en 1984. La peine de mort n’a été abolie qu’en 1989 afin de permettre l’entrée du pays au sein du Conseil de l’Europe. En matière de progrès et d’ouverture, le Liechtenstein n’est donc clairement pas un modèle, le pays est ultra-conservateur et est d’ailleurs le seul au monde à n’avoir jamais reconnu aucun pays communiste. Il refusa même de livrer à Staline les soldats et civils qui avaient combattu avec la Wehrmacht contre l’URSS leur donnant asile et armes dans l’hypothèse d’une invasion communiste.

La Diète, appelée « Landtag », est composée de 25 députés, élus pour quatre ans dans deux circonscriptions : Oberland et Unterland. Les élections se déroulent suivant un scrutin de liste à la proportionnelle avec un seuil de représentativité de 8%. Le vote est obligatoire mais dans le pays le plus riche du monde, l’amende n’est que de 20 CHF (environ 18€), une pacotille quand le revenu mensuel moyen dépasse les 11 500 dollars (environ 9 500€). Au Liechtenstein, pas de clivage gauche-droite mais tout de même deux partis qui dominent le jeu politique : le Parti Progressiste des Citoyens (Fortschrittliche Bürgerpartei FBP) classé à droite et l’Union Patriotique (Vaterländische Union VU) résultat de la fusion entre le Parti Populaire Chrétien Social plutôt de centre-droit et le Service Liechtensteinois pour la Patrie d’obédience nationale-socialiste. L’Union Patriotique est aujourd’hui située au centre-droit, plutôt libéral-conservateur et marquée par les idées de la démocratie chrétienne. Enfin, trois autres partis politiques : les Indépendants (Die Unabhängigen DU) populistes de droite et eurosceptiques, les Démocrates pour le Liechtenstein (Demokraten Pro Liechtenstein DPO) parti eurosceptique de droite, et la Liste Libre (Freie Liste FL) écologiste et de centre-gauche, complètent le paysage politique liechtensteinois.

Résultats serrés, un nouveau parti et une surprise de taille !

Les élections législatives du 7 février 2021 ont vu deux partis l’emporter avec une quasi égalité des voix : le FBP et le VU, le premier rassemblant 35,89% des suffrages et le second 35,88%. Les deux géants de la vie politique liechtensteinoise vont donc devoir continuer de gouverner ensemble, le Landtag étant notamment chargé de désigner le Premier ministre, de proposer des lois et des référendums. Surprise majeure, les Indépendants disparaissent de la diète, terrassée par une nouvelle force politique : les Démocrates pour le Liechtenstein qui remportent 11,14% des voix et obtiennent ainsi deux sièges. Le choc est de taille, les Indépendants avaient obtenu 18,41% des voix en février 2017 et 5 sièges, ils n’en conservent aucun lors de ces nouvelles élections.

La véritable sensation de ces élections est cependant ailleurs. Pour la première fois de son histoire, le Liechtenstein pourrait avoir une femme à la tête de son gouvernement ! En effet, si la coalition FBP-VU devrait se poursuivre non sans mal, Sabine Monauni (FBP), actuelle ambassadrice du Liechtenstein en Belgique et auprès de l’Union européenne, passée notamment par le Collège d’Europe a de fortes chances d’être nommée Première ministre de la Principauté. Une information sensationnelle dans un pays où les femmes ne peuvent voter que depuis 36 ans ! Cette nouvelle, combinée à la volonté du Liechtenstein d’harmoniser son économie à ses voisins européens, pourrait aussi ouvrir une page nouvelle dans les relations entre l’Union européenne et le Liechtenstein marquées autrefois par l’indifférence et la méfiance, aujourd’hui par la collaboration et demain, peut-être, par l’intégration.

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