Transports en Europe : le fret ferroviaire sur de bons rails ?

, par Jérôme Flury

Transports en Europe : le fret ferroviaire sur de bons rails ?
Image : S. Hermann & F. Richter de Pixabay

Après la pandémie, quels transports dans l’Union européenne fin 2020 ? Dans le domaine ferroviaire, la chute a peut-être été moins lourde qu’attendue. Surtout, gagnant en popularité dans le cadre des objectifs environnementaux établis au niveau européen, le fret ferroviaire et le train de nuit pourraient être à l’aube d’un nouveau développement.

2021 sera l’année du rail. Du moins, c’est ce que l’Union européenne a suggéré, par le biais de la Commission européenne en mars dernier, une position confirmée en juin par le Conseil de l’UE. De plus en plus, le train revient “à la mode”, et s’impose comme un enjeu stratégique, dans le cadre du Grean Deal et alors que les députés européens viennent de voter le 6 octobre pour une baisse de 60 % des émissions de CO2 d’ici à 2030. Le transport pose problème au sein de l’Union européenne et reste un secteur où les émissions de gaz à effet de serre ne diminuent pas depuis de nombreuses années. Et si les douze mois à venir ne sont pas suffisants, il est possible d’élargir l’horizon : "Le train va connaître une décennie heureuse", estimait le 24 septembre Hélène Valenzuela, directrice générale de Rielsfera (Groupe SNCF).

Le “flygskam”, ami du train ?

Si 2021 sera l’année du rail, 2020 a été celle de la pandémie de coronavirus et celle d’une réflexion plus globale sur les transports au sein de l’Union européenne. En février dernier, alors que les confinements n’étaient pas encore généralisés sur le continent, un chroniqueur britannique s’interrogeait : “Était-il vrai qu’il n’y avait pas de ligne ferroviaire directe reliant Paris à Berlin, les capitales des deux plus importants pays de l’Union européenne ?” La réponse est malheureusement positive depuis 2014. Chose qui frappait Michael Skapinker, auteur de l’article, qui considère que “de nombreux voyageurs préféreraient nettement se déplacer en train, non seulement parce que c’est plus écologique, mais aussi parce que prendre l’avion est devenu très pénible.

Effectivement, le train gagne en popularité pour une raison écologique. Ainsi, le jeune Autrichien Elias Bohun, qui “voulait renoncer à l’avion, sans pour autant renoncer à découvrir le monde”, a lancé “sa propre agence de voyages, spécialisée dans les grands voyages en train” et reliant les villes européennes, comme le développe le SüdDeutscheZeitung dans un reportage relayé par Courrier international.

L’Europe a défini le fret ferroviaire comme l’une de ses quatre grandes priorités”, précisait pour sa part le 18 septembre, au cours d’une table ronde organisée par l’Humanité, Jean-Baptiste Djebbari, ministre français délégué aux Transports. Reconnaissant un “long déclin de l’activité”, le ministre a assuré : “Il faut l’enrayer”, annonçant plusieurs mesures dont la baisse des péages pour “tous les opérateurs de fret et un investissement massif sur trois autoroutes ferroviaires”.

Mais le train, comme tout transport en commun, ne voit-il pas sa cote baisser alors que les risques de contamination à la Covid19 restent très élevés sur le territoire européen à la fin de l’année 2020 ? En effet, “on se dit que le virus peut-être partout, sur l’accoudoir, sur la poubelle, sur la poignée de porte”, estimait France3 Normandie au mois de mars. Des études ont d’ailleurs été menées sur le sujet mais de nombreux paramètres sont à prendre en compte avant d’affirmer que prendre le train serait “risqué”.

Le retour en force du train de nuit

Finalement, il s’avère que pour le moment, le train fait mieux que résister. En témoigne le Courrier Picard, “les trains de nuit reviennent en grâce en Europe occidentale. Un paradoxe à l’heure où la pandémie de Covid-19 incite à ne pas rester trop longtemps avec des inconnus dans un endroit confiné.” Plus fort même, la pandémie serait “l’occasion de voir renaître les trains de nuit”.

Dans ce domaine, c’est la compagnie nationale autrichienne ÖBB qui est devenue ces dernières années la championne. Une compagnie qui ne cesse de se développer et qui a l’intention de lancer de nouvelles lignes. “À partir de décembre 2020, on pourra en effet se rendre en train de nuit depuis Vienne ou Munich jusqu’à Amsterdam. C’est le fruit d’une coopération avec les Pays-Bas”, détaille le SüddeutscheZeitung.

Dans le cas de la France, si en 2018, les trains de nuit n’effectuaient plus que 1,1 million de kilomètres sur l’ensemble du territoire, contre 3,7 million en 2015, cela pourrait changer, comme le rapelle Les Echos. La Loi d’orientation des mobilités (LOM), promulguée en décembre 2019, demandait au gouvernement de présenter au Parlement un rapport sur les perspectives d’une relance des trains de nuit. Si ce texte n’a toujours pas été communiqué, le président Emmanuel Macron s’est montré clair en juillet. “On va redévelopper les trains de nuit. Parce que ça permet de faire des économies et ça permet de réduire nos émissions.” Un pari, alors qu’il y a encore cinq ans, comme le rappelle Ouest-France, un rapport public “pointait les faiblesses des lignes de nuit, dont le déficit représente environ 25 % du déficit de l’ensemble des lignes TET (trains d’équilibre du territoire), alors même qu’elles ne représentent que 3 % des voyages.”

Le président de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, a d’ores et déjà annoncé que deux nouvelles lignes nocturnes seront relancées dans le pays en 2022. Une initiative nationale intéressante.

Bien aiguiller les dépenses

Cependant, dans ce domaine, justement, les initiatives et les règles restent très nationales. “L’harmonisation du réseau n’est pas encore aboutie. En conséquence, la voiture est largement privilégiée par les Européens et le train reste à la peine. En moyenne, seulement 8 % des Européens utilisaient ce moyen de locomotion en 2017”, explique Camille Henriot sur le site Cuej.info. Les systèmes de tarification en la matière par exemple, peuvent parfois largement différer entre deux Etats.

Et si les projets locaux sont nombreux, les besoins d’investissements le sont tout autant. “L’UE a lancé des programmes de financement comme INTERREG (coopération territoriale européenne) pour rénover le réseau européen de chemin de fer, changer les locomotives. Entre 2014 et 2019, 16 milliards d’euros ont été investis par l’autre programme européen Mécanisme pour l’interconnexion en Europe”, développent les journalistes Camille Henriot et Sophie Piéplu.

Désormais, il semblerait que l’un des projets concerne une relance du réseau Trans-Europ-Express (TEE), conclusion d’une réunion le 21 septembre entre les ministres européens des Transports. Des routes sont envisagées, un accord doit encore être trouvé. Si les envies sont réelles, les concrétisations pourraient être longues à voir le jour. Le site Contrepoints se montre dubitatif : “l’UE a fixé comme objectif le transfert de 30 % du fret routier vers le rail et la voie d’eau d’ici à 2030. (...) Pour la France, c’est actuellement 9 % et sur une pente descendante.” Il est certain que les inconnues demeurent nombreuses et que cet “effet de mode” aura plus de difficultés à s’imposer dans la durée.

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