TRION-climate, acteur de la coopération énergétique dans le Rhin supérieur

Un article de la série « une coopération transfrontalière qui tourne à plein régime ? : la transition énergétique dans le Rhin supérieur »

, par Théo Boucart

TRION-climate, acteur de la coopération énergétique dans le Rhin supérieur
Lignes électriques dans le Bade-Wurtemberg (Allemagne). Crédit : Pixabay

Le Taurillon s’est entretenu avec Vulla Parasote, Directrice Générale (Geschäftsführerin) de l’association TRION-climate e.V., le réseau franco-germano-suisse des acteurs de l’énergie opérant dans la région du Rhin supérieur, un espace qualifié « d’entité climatique » spécifique.

Le Taurillon : TRION-climate e.V. est une structure juridique de droit allemand depuis 2015. Pourtant, la volonté de coordination des acteurs de l’énergie dans le Rhin supérieur est bien antérieure. Pouvez-vous nous présenter la genèse du projet ?

Vulla Pasarote : TRION-climate est né avec une première stratégie trinationale sur le climat et l’énergie en 2006. Nous avons ensuite constitué un premier réseau transfrontalier des acteurs de l’énergie, grâce à un premier projet INTERREG en 2010. Ce projet était spécifiquement orienté vers l’efficacité énergétique. En 2013, nous avons participé à un second projet INTERREG qui se focalisait davantage sur les énergies renouvelables.

A l’issue de ce second projet, en 2015, nous avions constitué un réseau d’acteurs, mais celui-ci restait informel. Nous voulions donc pérenniser le travail réalisé. C’est pour cela que nous avons créé une association en bonne et due forme, avec de nouveaux engagements pour nos membres. Depuis lors, nous avons connu une croissance continue, puisqu’au départ, seules des collectivités territoriales étaient membres de TRION-climate. Des entreprises ont ensuite adhéré, ainsi que d’autres types d’acteurs si bien qu’actuellement, nous sommes une centaine de membres dans trois pays.

LT : Quels sont les projets emblématiques menés par TRION-climate ? Les différences d’ordre juridique dans les 3 pays sont-elles un obstacle ?

VP : En ce qui concerne Interreg, il s’agit surtout de coopérer dans le cadre d’autres projets. Par exemple, nous participons aux projets Interreg-V RES-TMO, Clim’Ability, Atmo-VISION, SuMo Rhine. Ces projets permettent de développer une palette d’outils innovants qui permettront aux institutions et administrations d’améliorer leurs stratégies air-climat-énergie afin de réduire la pollution sur le territoire du Rhin supérieur. Ces projets nous permettent également de comparer les législations entre les trois pays.

Notre travail s’articule aussi autour de la production d’études. En 2019, nous avons réalisé un rapport trinational climat-énergie, une grande comparaison des objectifs climat-énergie en France, en Allemagne et en Suisse, ainsi que leur niveau de réalisation. Etant donné la largesse du sujet, nous nous sommes cantonnés aux aspects politiques et statistiques (émissions de gaz à effet de serre, consommation énergétique, production d’énergie renouvelables). Depuis lors, nous avons publié des études plus techniques, en particulier une nouvelle publication ENERGIE vis-à-vis, lancée en 2020 et dont le premier numéro est disponible sur notre site.

Il faut également mentionner notre collaboration avec GeoRhena, le système d’information géographique transfrontalier dans le Rhin supérieur, autour de la création d’une carte interactive des bonnes pratiques qui montre l’ensemble des installations d’énergies renouvelables de plus de 300 KW dans la région. En regardant le résultat de ce travail, l’on s’aperçoit que les stratégies en termes de développement des énergies renouvelables en France et en Allemagne sont différentes. Alors que la France favorise les installations d’envergure, en particulier dans les secteurs de l’hydraulique et de la géothermie profonde, l’Allemagne opte plutôt pour le développement de plus petites installations dans le solaire et l’éolien.

LT : Quels rapports entretenez-vous avec d’autres structures et d’autres projets liés à l’énergie et à l’environnement ? Je pense notamment au projet RES-TMO (Renewable Energy Sources – Trinationale Metropolregion Oberrhein), dont vous êtes l’une des parties prenantes.

VP : Nous sommes effectivement partenaire cofinanceur du projet RES-TMO. Il s’agit avant tout d’un projet scientifique, et notre rôle est de faire le lien entre les scientifiques et les entreprises de l’énergie, ainsi que les administrations publiques, notamment dans la promotion des résultats scientifiques. Pour ce faire, nous organisons trois colloques en coopération avec le porteur du projet qui est l’Université de Freiburg.

Notre mission dans le cadre de ce projet est également de faire un état de lieu de l’existant. Ainsi, la rédaction du rapport trinational climat-énergie et la carte des installations d’énergie renouvelable se sont également fait dans le cadre de RES-TMO.

LT : Lors du Forum trinational de la jeunesse tenu début septembre à Bâle, l’un des obstacles identifiés comme pouvant freiner la coopération transfrontalière était le manque de communication sur un certain nombre d’initiatives. Quelle est votre stratégie de communication pour faire connaître vos actions auprès du grand public ?

VP : Pour être parfaitement honnête, le grand public ne fait pas partie de notre cible, contrairement aux représentants politiques et administratifs, ainsi qu’aux publics économiques ou scientifiques. Il y a deux raisons à cela. Premièrement, nous avons des moyens limités et ne pourrons répondre aux attentes des citoyens, qui demandent des informations très spécifiques, notamment sur les aides financières, sur un territoire trinational et si vaste qui est celui du Rhin supérieur.

La deuxième raison est plus politique. Les quatre Eurodistricts du Rhin supérieur ont comme public cible les citoyens de leur territoire, qui est plus petit que le nôtre. Ainsi nous coopérons de façon ponctuelle avec eux sur les thématiques communes qui sont pertinentes pour les publics cibles de nos deux structures.

LT : TRION-climate est situé au pôle de compétences pour la coopération transfrontalière, basé à Kehl, au même endroit que l’INFOBEST Kehl / Strasbourg, l’Euro-Institut, l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau ou encore le Secrétariat de la Conférence du Rhin supérieur. Développez-vous des projets communs ?

VP : Il va sans dire que notre lien avec le Secrétariat de la Conférence du Rhin supérieur (CRS) est traditionnellement fort, car nous sommes littéralement un enfant de la Conférence, grâce aux projets INTERREG mis en place avant 2015. Avant le dépôt de nos statuts associatifs, nous étions sous la gouvernance administrative du Regierungspräsidium de Freiburg-im-Breisgau et la gouvernance stratégique de la Commission climat-énergie de la CRS.

Maintenant que nous avons une personnalité juridique, les liens ne sont pas administratifs, mais plus opérationnels. Nous sommes « à leur disposition », s’ils souhaitent, par exemple, que nous organisions un évènement ou que nous réalisions une étude sur les thématiques énergétiques, climatiques ou environnementales. Aussi, les six membres de notre comité directeur siègent également dans les instances de la CRS et créent ainsi le lien vers TRION-climate.

Concernant les autres institutions, la nature de la collaboration varie : nous ne travaillons pas avec l’INFOBEST Kehl / Strasbourg car nous n’avons pas le même public-cible. Nous collaborons ponctuellement avec l’Euro-Institut, notamment dans des projets de formation continue. Enfin, comme dit plus haut, nous avons une coopération avec l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau, notamment sur la thématique de la géothermie profonde.

LT : Les cadres de coopération institutionnelle du Rhin supérieur se sont emparés de la question énergétique et climatique. On peut notamment citer la Stratégie 2030 de la Région Métropolitaine Trinationale, ou bien la Commission "Agriculture, Environnement, Climat, Énergie" du Conseil rhénan. Quelle est la valeur ajoutée l’échelon régional et transfrontalier par rapport aux niveaux national et européen ?

VP : C’est une question assez politique. Il est évident que les enjeux énergétiques et climatiques ont pris de l’importance dans la région trinationale au fil des années. La dernière stratégie de la RMT que vous mentionnez, validée en 2019, fixe comme premier objectif la protection du climat.

Notre rôle est de coopérer avec les pouvoirs publics et de contribuer à développer une nouvelle stratégie climat-énergie, qui remplacerait la « Stratégie transfrontalière sur le climat et l’énergie pour la Région Métropolitaine Trinationale du Rhin supérieur » du 28 juin 2013. C’est écrit noir sur blanc dans nos statuts qui sont basés sur cette stratégie. Avec la pandémie de COVID-19, cet objectif est toutefois passé au second plan aux yeux des pouvoirs publics.

Sur la valeur ajoutée d’une telle stratégie à l’horizon de 2030, il est encore trop tôt pour s’exprimer. Par contre, je suis persuadée de la valeur ajoutée du réseau TRION-climate qui ressemble des acteurs du climat et de l’énergie au-delà des frontières et créent ainsi un cadre propice à l’émergence de projets communs qui contribuent à mettre en œuvre cette stratégie.

C’est d’autant plus important que le Rhin supérieur est une entité climatique particulière avec de gros potentiels. La vallée fluviale est délimitée par la Forêt Noire et les Vosges, ce qui confère à la région des caractéristiques climatiques et énergétiques communes.

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