Après avoir déclenché une crise diplomatique avec le Mexique, puis s’être fâché avec l’Union européenne, s’être coupé de ses alliés du Pacifique en offrant un cadeau royal à la Chine avec le retrait du traité de partenariat transpacifique, Donald Trump a décidé de s’attaquer à l’Allemagne ou plutôt à ses excédents commerciaux, ce qui, pour nos voisins d’Outre-Rhin revient au même. Il faut dire que le dogme économique dominant en Allemagne consiste à exporter beaucoup grâce à une industrie forte. D’où des excédents commerciaux qui battent des records chaque année.

Prenant les premières déclarations du 45e président des États-Unis comme un signe d’emportement passager, les Allemands ne se sont pas inquiétés outre-mesure. Après tout, les États-Unis sont de fidèles alliés de l’Allemagne depuis des lustres et une bonne partie de la population américaine a des ancêtres allemands. L’ancêtre de Trump lui-même est un immigré allemand parti faire fortune aux États-Unis lors de la ruée vers l’or. Mais voilà, l’instabilité de Donald Trump ne semble guère s’apaiser. Chaque jour fournit son lot de crises diplomatiques et la stabilité de l’ère Obama semble belle et bien révolue.

L’administration républicaine attaque l’Allemagne sur sa politique et l’accuse de manipuler l’Euro [1]. En Allemagne, on tente de rester calme en rappelant que la BCE est indépendante et qu’il n’est pas question pour Berlin d’interférer dans sa politique. Mais tout de même, du côté des industriels [2], on s’inquiète. C’est que les États-Unis constituent un gros marché où les produits allemands sont fort appréciés et les marges intéressantes. Les industriels allemands ont d’ailleurs pris le sujet à bras le corps et réfléchissent déjà avec le Gouvernement fédéral de Berlin sur la meilleure attitude à adopter.

Un conflit de valeurs

Au-delà du slogan « America first » et de la volonté d’appliquer une politique protectionniste pour relancer l’industrie américaine, on peut se demander quelle mouche a piqué le président américain. La réponse est relativement simple : l’Allemagne et la politique appliquée par sa chancelière sont tout ce que Donald Trump déteste.

Favorable au libre-échange, ouverte aux immigrés, respectueuse des institutions internationales, accueillant une forte minorité musulmane, l’Allemagne a vu son influence augmenter ces dernières années grâce à sa stabilité politique et donc à des excédents records qui tombent chaque année avec une régularité qui suscite la jalousie de ses voisins et alliés. Cette bonne santé économique et la stabilité d’’Angela Merkel à la Chancellerie lui permettent de se poser en gardienne des valeurs occidentales. Dans ces conditions, elle a pu se permettre de rappeler au président turc [3] que sa chasse aux sorcières contre l’opposition politique turque jusqu’en République fédérale n’était pas acceptable. Même régime pour les atteintes à la liberté de la presse et plus généralement aux libertés fondamentales [4] dont Erdogan est devenu coutumier.

Il ne faut pas non plus oublier que Donald Trump a lui aussi droit à une explication de texte [5] [6] avec la chancelière en matière de diplomatie internationale. Une discussion fort peu appréciée par le nouveau locataire de la Maison Blanche qui collectionne les propos peu amènes se référant régulièrement au IIIe Reich [7] [8] [9] [10] [11].

L’Allemagne doit donc se faire une raison, l’unité et la stabilité du camp occidental qui existaient sous la présidence de Barack Obama ne sont plus qu’un souvenir. Privée du soutien américain avec la remise en cause par Donald Trump de l’OTAN, attaquée sur sa politique économique soupçonnée de ruiner l’industrie américaine, l’Allemagne doit plus que jamais serrer les rangs avec ses voisins et en particulier le premier d’entre eux : la France. En effet, le récent entretien de Jean-Claude Juncker à la radio publique allemande [12] laisse à penser que la solution ne viendra pas de la Commission européenne mais plus probablement de la multiplication d’accords de coopération renforcée.