Les candidats actuels
Aujourd’hui, sept élargissements ont déjà eu lieu, le dernier en date remontant à 2013 avec l’adhésion de la Croatie. A présent, neuf États sont officiellement reconnus comme candidats pour une adhésion à l’UE : le Monténégro, la Serbie, l’Albanie, la Macédoine du Nord, la Bosnie-Herzégovine, la Turquie, l’Ukraine, la Moldavie et la Géorgie. Le Kosovo a, quant à lui, déposé sa candidature en 2022 mais n’a pas encore obtenu le statut de candidat car certains pays de l’Union ne le reconnaissent pas officiellement en tant qu’Etat souverain. Depuis le début de l’intégration européenne, seul le Royaume-Uni a décidé de quitter l’UE et trois pays (l’Islande, la Suisse et la Norvège) ont commencé un processus d’adhésion avant de se rétracter.
La seule candidature ayant été rejetée reste celle du Maroc en 1987, 3 ans après le dépôt de sa demande. Pourquoi ? Car il ne serait pas un “Etat européen”.
Que disent les traités ?
Afin d’entrer au sein de l’UE, la première étape est de s’assurer que le pays candidat respecte les critères de Copenhague. Ces critères d’adhésion sont de nature politique, économique, administrative et institutionnelle et ont été définis par le Conseil européen en 1993. Ils sont mentionnés dans l’article 49 du Traité de l’Union européenne (TUE) qui dispose que “Tout Etat européen qui respecte les valeurs visées à l’article 2 et s’engage à les promouvoir peut demander à devenir membre de l’Union”.
L’expression “Etat européen” est ici ce qui pose problème. Qu’est-ce qui caractérise un État européen ? Doit-on uniquement se baser sur la géographie ? Où s’arrête l’Europe ?
Si les Balkans semblent respecter le critère géographique, il n’en est pas de même pour la Turquie, une candidature qui suscite des débats quant à sa légitimité, et encore moins pour le Canada ou le Maroc. Mais si l’adhésion canadienne devenait plus sérieuse, en quoi le Canada serait européen et non le Maroc ?
A l’heure où l’élargissement paraît imminent et nécessaire pour l’UE et l’Ukraine, quand s’arrêtera-t-il ? Serait-ce un processus infini ?
Le Canada serait plus européen que le Maroc ?
Alors que Donald Trump envisage la poursuite de sa politique impérialiste en intégrant le Canada aux Etats-Unis en tant que 51ème Etat, le peuple canadien s’est prononcé en mars 2026 sur une potentielle adhésion à l’Union européenne. Les résultats sont clairs : 58 % de la population estime que l’idée d’une adhésion canadienne est “une idée à explorer” et 25 % sont déjà en faveur. En raison de la politique expansionniste de Trump, les Canadiens se voient désireux de se détacher des Etats-Unis, d’autant plus depuis l’imposition de droits de douane de 25 %.
L’UE comme le Canada ont reconnu partager de nombreuses valeurs communes et le pays est par ailleurs un membre observateur du Conseil de l’Europe. Devrait-on alors s’en remettre aux institutions dites “européennes" pour évaluer les limites du continent ? Dans cette hypothèse, les 19 pays membres du Conseil de l’Europe qui n’ont pas adhéré à l’UE seraient de potentiels candidats. En est-il de même pour les Etats observateurs tels que le Canada, le Mexique ou les Etats-Unis ? En effet, il n’existe à ce jour aucune liste des Etats dits “européens” rendant floue cette limite.
Le cas de l’Islande
Tout comme la Suisse et la Norvège, l’Islande remplit théoriquement les critères d’adhésion à l’Union. En revanche, ces trois pays ont eux-mêmes refusé d’intégrer l’organisation. L’Islande avait déposé sa candidature en juillet 2009 en raison de la crise économique que traversait le pays. L’année suivante, les négociations avaient débuté puis ont été suspendues en décembre 2013. En 2015, le pays avait même demandé à être retiré de la liste des candidats.
Cependant, cette position réfractaire à une entrée au sein de l’UE s’est vue modifiée en raison des récents événements géopolitiques. La guerre en Ukraine ainsi que la politique de plus en plus impérialiste de Donald Trump favorisent un rapprochement entre l’Islande et l’UE. Le 29 août 2026, le pays organisera un référendum portant sur la reprise du processus d’intégration. Le pays étant déjà membre de l’Espace économique européen et de l’espace Schengen, il est familier avec les coopérations interétatiques. Cette potentielle adhésion constituerait une nouvelle frontière de l’Union européenne, repoussant ainsi ses limites géographiques.
La candidature de la Turquie
Bien que la Turquie soit candidate pour adhérer à l’Union européenne, il a notamment été question, encore aujourd’hui, de définir si elle était localisée sur le continent européen ou non. Effectivement, seul 3 % de son territoire se situe en Europe, les 97 % restants étant situés en Asie. Est-ce suffisant pour qualifier la Turquie de “pays européen” ? Au même titre que la Turquie, la Russie a sa partie la plus peuplée de son territoire en Europe et la majorité restante est localisée en Asie. Cela donne-t-il le droit à la Russie ou la Biélorussie de candidater pour adhérer à l’UE ?
Ainsi, il paraît actuellement difficile d’envisager l’adhésion d’un pays nord-américain alors que les neuf candidats officiels peinent à intégrer l’Union dû aux tensions et aux risques que cette décision provoquerait. En revanche, un futur élargissement apparaît comme inévitable au regard de l’attente des candidats et des processus d’adhésion interminables.

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