Un an après sa mort, les idéaux de Jo Cox sombrent dans le silence

, par Alexandre Marin

Un an après sa mort, les idéaux de Jo Cox sombrent dans le silence
Photo prise sur le site du mémorial dédié à Jo Cox, à Londres CC Flickr / Garry Knight

Il y a un an, l’assassinat de Jo Cox ébranlait la Grande-Bretagne. Pour la deuxième fois de l’Histoire, une femme succombait au nom de l’unité européenne, sous les coups de l’europhobie fanatique.

Cette fin soudaine et tragique nous a brutalement rappelé que la démagogie peut être mortelle pour tous ceux qui se consacrent au bien commun. Le Brexit avait alors brièvement baissé dans les sondages avant de l’emporter finalement dans les urnes.

Jo Cox était députée travailliste depuis 2015. Auparavant, elle avait travaillé plusieurs années au sein d’organisations caritatives, notamment Oxfam. « Altruisme » et « courage » semblent être les deux meilleurs mots pour la décrire, dans un pays où l’idéologie la plus xénophobe et la plus idiote triomphait face à une classe politique qui se retirait sans combattre.

Pendant que le premier ministre tentait mollement de repartir à la charge, défendant le maintien de son pays dans l’Union comme on ferait la promotion d’un abonnement téléphonique, elle fut la seule à parler avec amour de la construction européenne et des valeurs qu’elle incarne. Colombe dans un combat de coqs et d’étalons, vieillissants et fatigués, elle s’engageait de manière passionnée pour le pauvre, l’opprimé, la veuve et l’orphelin, alors que même son parti laissait Boris Johnson jouer sur les peurs et les fantasmes collectifs dans l’espoir de ravir le 10, Downing Street à son cousin, David Cameron.

Après sa mort, il n’y eut plus personne pour plaider en faveur de l’accueil des réfugiés ; les citoyens s’accoutumaient à entendre Nigel Farage présenter les étrangers comme des délinquants, des profiteurs et des pilleurs d’emplois. Une semaine avant le résultat du référendum qui a scellé la destinée d’Albion, le trépas de Jo Cox donnait le départ de la course aux discours les plus nationalistes. Le décès emportait avec lui les idéaux défendus depuis la glorieuse révolution et qui ont fait de la Grande-Bretagne une nation phare de l’Europe au cours de la seconde guerre mondiale. En un meurtre, le pays est retombé en deçà de la préhistoire.

Cela fait maintenant un an que l’Angleterre paraît avoir perdu tout projet d’avenir, encouragée par ses dirigeants à rejeter l’autre. Les vexations et les prises à partie contre les ressortissants non-britanniques peuvent aller jusqu’au lynchage. Un ouvrier polonais, Arek Jozwik, y a laissé la vie, passé à tabac par des adolescents. Du jour au lendemain, les Européens venant du continent ont réalisé qu’ils n’étaient plus les bienvenus sur l’Île.

Cette déchéance de la société s’est traduite en termes économiques et sociaux : le personnel des hôpitaux a fondu, la Livre sterling baisse, et les prix augmentent, frappant de plein fouet les personnes les plus fragiles. La prétendue ouverture au monde, faussement mercantile, s’assimile à un désir impérialiste inassouvi de jouir sans limite du droit de commercer librement avec le reste du monde (Union européenne, Inde, etc.) en évitant d’assumer le devoir de laisser aux personnes l’accès à son territoire. La violence se prépare à resurgir en Irlande du Nord. Gravement secouée par la perspective d’une frontière à l’intérieur de l’île, la paix fragile qui règne depuis bientôt vingt ans entre catholiques et protestants est mise à rude épreuve par l’alliance de Theresa May avec les unionistes du DUP : cet accord transgresse l’engagement de neutralité de Londres dans la politique nord-irlandaise, inclus dans l’accord de la Saint-Valentin.

Elle est loin l’époque où Margaret Thatcher était renversée par sa majorité en raison de son manque d’enthousiasme européen.

Vos commentaires

  • Le 20 juin à 11:20, par Bernard Giroud En réponse à : Un an après sa mort, les idéaux de Jo Cox sombrent dans le silence

    Merci Monsieur Marin de ce bon article. Nous n’allons pas échapper, nos sociétés, pour progresser, ne vont pas échapper à l’exigence de plus de civilisation.

    Quand je dis plus de civilisation, cela veut dire plus de liberté et plus de fraternité ; L’égalité, bien sûr centrale, reste tributaire des dons personnels de chacun, et de notre esprit de fraternité.

    Donc, pour aller plus loin dans le développement, la connaissance de nous-même, la connaissance de l’univers, et celui de notre destinée, il est nécessaire de cumuler nos forces , petites et grandes, et il faut surtout en ce moment, dans nos pays européens, bien comprendre que le maigre différentiel, qui aujourd’hui, place certains aux manettes, notamment économiques, ce différentiel est bien relatif, si on le compare à notre potentiel d’infini, ce potentiel d’infini qui semble la logique du système du vivant. Cela devrait nous rendre humbles, réceptifs, et dynamiques.

    Les vrais civilisés doivent donc prendre toute confiance en eux-mêmes et en ces valeurs civilisatrices que nombre de nos pays en Europe connaissent bien. Ils doivent prendre la patience et le courage d’un long terme, pour emmener, avec humilité, le système du vivant dans la bonne direction.

    Cette direction est toujours positive ; Elle élimine, rejette la violence destructrice et accepte des points de vue culturels bien différents. Elle permet la liberté, source de différence ; Nous sortons de l’ennui, pour la couleur, les gouts, voir le génie ; La fraternité, elle, appelle à la construction, au partage, c’est un appel à l’apport et à la multiplication.

    Pour ceux qui sont ouvert à cette voie, toutes les dispositions en germe dans notre esprit et notre corps trouvent leur véritable exutoire, leur véritable raison et let leur véritable service. C’est leur sens. Gardons donc toute confiance dans les exigences bienveillantes de nos meilleurs acquis, avec humilité, et volonté de faire encore et toujours mieux mème si cela ne parait pas toujours facile. Nous avons les jalons.

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