Si les associations militantes comme la nôtre peuvent être fières de leur mobilisation pour encourager la participation électorale, qui a contribué à la stabilisation du taux de participation, nous sommes cependant inquiets face à la montée des forces d’extrême-droite en Europe et au sein du Parlement européen.

Ne nous voilons pas la face, les résultats des partis d’extrême-droite ne surprennent personne. Les sondages le disaient depuis 6 mois. On ne pourra pas dire que nous n’étions pas au courant, on ne pourra pas dire que nous ne nous y attendions pas. La classe politique, les médias, les intellectuels, les leaders d’opinion n’ont pas voulu voir. Bien au contraire, certains, fascinés par la personnalité de ces leaders, ont voulu faire de l’audimat en les sur-médiatisant, et ont ainsi joué avec le feu. Et le feu a pris. La campagne a été courte, très courte, trop courte. Trop courte pour avoir le temps de faire de la pédagogie et de l’information sur les questions et les enjeux européens. Menée et financée par des partis nationaux, la campagne a apporté peu de perspectives européennes. Les deux débats entre les candidats à la présidence de la Commission l’ont fait, ils ont soulevé les questions qui se posent à l’Union pour les années à venir. Ils ont proposé des visions à long-terme de l’Europe que l’on veut construire, avec des choix et des alternatives dans les priorités. À côté de ça, en France, on s’est contenté d’un débat franco-français monopolisé par le Front National et ses thématiques. Le refus de France 2 de diffuser le débat présidentiel reste en travers de la gorge. Il en va de même pour l’organisation d’un débat entre les représentants des partis français (même pas tous candidats) alors même que ces derniers avaient décliné l’invitation au profit de leurs homologues européens. Leur choix n’a pas alors été respecté par France Télévision...

De la même manière, les soirées électorales, organisées là encore par des médias nationaux, ont interprété les résultats de manière nationale. Pas une seule explication sur les enjeux européens qui arrivent : que va voter le prochain Parlement sur le choix du président de la Commission ? Que vont voter les nouveaux élus lors de la renégociation du budget en 2016 ? Et sur le paquet ferroviaire en cours de négociation ? Et sur les paquets air et énergie ? Et sur la directive sur les investissements de long-terme ? Autant de débats de fond, qui auront un impact sur nous, les 500 millions de citoyens qui habitons cette Union européenne.

Alors, non, nous n’avons pas le droit de nous étonner. Tant que l’on ne portera pas une parole et des enjeux européens pour ces élections, les partis du repli gagneront face à une ouverture qui, si elle n’est pas expliquée correctement, peut apparaître effrayante dans un monde globalisé.

Plus largement, tant que l’on ne renouera pas avec l’éducation populaire pour aller parler aux jeunes, aux catégories en décrochage socio-économique, on n’endiguera pas la montée des discours de repli et d’exclusion. C’est ce que les Jeunes Européens ont essayé de faire à travers les Villages européens de la Jeunesse. Mais que peuvent une poignée de bénévoles face à l’ampleur du travail ? Nous pouvons beaucoup, mais ce travail d’explication au quotidien, tant du fonctionnement de l’UE que des enjeux européens, doit être porté et soutenu bien plus largement.