Vladimir Poutine a engagé son aviation dans la lutte contre Daesh, en s’alliant directement au dictateur syrien Bachar al-Assad. En choisissant d’intervenir frontalement, sans se soucier de l’impact de son action et des forces occidentales en présence, Poutine a adopté une stratégie digne de celle de George W. Bush en 2003. Alors que tous les acteurs occidentaux tentaient d’éviter le fiasco d’un scénario irakien, Poutine opère une dangereuse opération, au risque d’un embourbement.

« La solution militaire n’est pas la bonne parce qu’elle accroît la capacité du virus à se mobiliser. On accroît le recrutement extérieur (de Daech), on accroît l’adhésion des populations sunnites sur le plan local, et on multiplie la capacité de Daech à agir dans les pays voisins »

Dominique De Villepin

L’ingérence russe en Syrie : un choix militaire à courte vue, digne de George W. Bush

Vladimir Poutine a lancé une opération de frappes militaires en Syrie. Lui qui critiquait tant l’ingérence occidentale mène une action qui sert directement et clairement les intérêts russes, sans se soucier des répercussions sur les équilibres du Moyen-Orient. Poutine adopte la stratégie qu’il a tant dénoncé chez les américains : un affrontement direct, frontal, purement militaire, pour combattre le « mal absolu ». Le dirigeant russe fonde son action sur un système de pensée proche de George W. Bush. Conservateur, fermement chrétien, Poutine, tel Bush lors de l’intervention américaine en Irak, enclenche un affrontement direct avec l’Islam radical, tendant encore une fois à la guerre de religion. Poutine, en croisé des « valeurs chrétiennes », voilà un positionnement très périlleux.

Le monde de Yalta : un fiasco géopolitique

L’argumentation de Poutine, notamment dans son dernier discours à l’ONU, se fonde sur l’exemple de l’issue de la seconde guerre mondiale. En réalité, même si le nazisme a été vaincu, les conséquences du partage final, incarné par la conférence de Yalta, ont été catastrophiques. Une Europe coupée en deux, des peuples soumis à la tyrannie russe, une guerre prétendument « froide » qui n’en finissait pas. Non les suites de la coalition contre le nazisme n’ont pas été brillantes. L’Occident avait réussi à battre un ennemi pour en créer un nouveau, beaucoup plus solide et fort : l’URSS. Le cynisme d’un Roosevelt malade et épuisé a engendré un effet en chaîne désastreux qui ne fût brisé que par la chute de l’URSS. Le Général De Gaulle avait condamné ce processus de Yalta duquel il avait été écarté et avait continuellement lutté contre cette séparation du monde en deux blocs, qui conduira à des conflits désastreux comme au Viêt Nam ou en Afghanistan. La seconde guerre mondiale est l’exemple parfait d’une guerre où la paix n’a pas été pensée, où la paix a été ratée.

Un axe Russie – Iran dangereux

Le régime de Bachar al-Assad a dès 2003 collaboré avec les djihadistes en Irak. En 2011, Bachar al-Assad a préféré libérer des détenus djihadistes, voire favoriser leur développement, afin de contrer les manifestations. De manifestations pacifiques pour changer de régime, nous sommes passés à un Etat en guerre civile où Daesh a trouvé le bon environnement pour croître. Le régime syrien n’a cessé de reculer face à l’offensive des djihadistes. L’échec militaire d’Assad est flagrant. Dans ce contexte, Poutine tente de sauver un allié à l’agonie, en frappant tout ce qui s’oppose à cet allié : rebelles modérés et djihadistes. Un axe Russie – Iran pro-chiite se structure, en soutien au régime d’Assad. Cela ne fera qu’accroître l’opposition entre sunnites et chiites et renforcera Daesh dans son rôle de marqueur de l’identité sunnite. Et nous nous retrouvons au cœur des enjeux : la radicalisation des sunnites en Syrie.

L’intervention russe, en gardant la même logique, ne fera qu’accroître les divisions et les luttes communautaires. La Russie est en train de se piéger elle-même, dans une escalade militaire, et risque un embourbement dangereux en Syrie. Une escalade qui accélérera les violences, qui accroîtra les tensions et qui amplifiera la fuite des populations vers l’Union européenne.