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Carton rouge à Jacques Chirac

, par David Soldini

En écoutant le président Chirac mardi 4 octobre s’en prendre à la Commission et à l’Union européenne qui « ne défend pas avec suffisamment de détermination et d’énergie » les intérêts des citoyens européens, « et en particulier leurs intérêts économiques et par conséquent les problèmes sociaux », on aurait presque eu envie de lui dire : vous avez raison Monsieur le Président, alors maintenant, agissez !

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Oui, raison... Raison de dire que l’Europe ne s’occupe pas assez des questions sociales, raison de dire qu’en dehors du commerce international, l’Europe agit peu ou pas en matière de gouvernance économique. La critique de la Commission cédant sur tous les points face aux autres puissances économiques est probablement un peu forte, surtout lorsque l’on connaît les exploits de l’ancien Commissaire européen au commerce extérieur, Lamy, et ses talents de négociateur. Mais on peut bien excuser Chirac de s’être un peu emporté et d’avoir fustigé, en passant, un socialiste qu’il n’a jamais porté dans son cœur, le jugeant peut être trop intelligent pour être effectivement membre du PS. Mais tout cela ne nous regarde pas.

Ce qui nous regarde, et nous intéresse, c’est cette attaque en règle du Président contre une Commission qui, dit-il, ne fait pas son boulot. Or cette critique, si elle n’est pas sans fondement au regard de ce que devrait être la Commission, souffre d’un vice probablement plus lié à la vision viciée de Chirac qu’à une erreur d’appréciation. En effet, elle aboutit finalement à faire porter le chapeau, des licenciements, du désordre économique et social, bref du mécontentement général, à la Commission européenne. Or, il me semble à la lecture des traités communautaires, qu’en matière de licenciement comme en général au sujet de tout ce qui touche de près ou de loin la question sociale et la gouvernance économique, la Commission n’a aucun pouvoir. Les observateurs attentifs se souviendront même peut être qu’au temps de la Convention européenne chargée de rédiger la Constitution, le gouvernement français, en accord, voir même pousser par le Président, a clairement bradé l’idée d’une politique sociale européenne, dont les Anglais ne veulent surtout pas, contre l’affirmation de l’exception culturelle française. Un choix fortement critiqué à l’époque, entre autre par... Pascal Lamy. Car, s’il faut choisir entre permettre à la France de financer des navets bien français pour concurrencer les navets hollywoodiens, tout en empêchant le décollage d’une politique culturelle européenne, et permettre à l’Europe d’agir pour protéger les salariés européens, je pense que beaucoup de français n’auraient pas fait le même choix que Chirac.

Il faut donc dire les choses tels qu’elles sont réellement et tant pis si au final notre président apparaît plus populiste, et donc menteur, que jamais : si la Commission n’agit pas c’est parce qu’elle n’a pas le mandat pour le faire, et si elle n’a pas cette compétence c’est parce que les Etats, et donc les Chefs d’États, et donc aussi Chirac, refusent de donner cette compétence à l’Union. Il refuse non seulement de lui donner les compétences mais également de lui donner les moyens de faire ce qu’elle est censée faire. En s’efforçant de bloquer toute augmentation du budget communautaire, limitée par volonté chiraquienne entre autre à moins de 1% du PIB, les États s’assurent que l’Union restera bien impuissante dans de nombreux domaines. Il est malhonnête de fustiger une Commission impuissante alors que l’on est soit même responsable de cette faiblesse. Il est populiste de vouloir faire porter le chapeau de nos propres choix irresponsables et dangereux à une Commission qui pour une fois n’y est vraiment pour rien.

D’ailleurs, il existe une politique européenne pour l’emploi. Celle ci est intégrée à la fameuse stratégie de Lisbonne. Si elle ne fonctionne pas c’est justement parce que le niveau européen (Commission, Parlement européen) ne jouit d’aucune autonomie, qu’aucune décision n’est prise sans l’accord unanime des 25 États membres, et quand une décision est effectivement prise, les États sont libres de l’appliquer ou non. Cette procédure s’appelle : la MOC (Méthode ouverte de coordination. En quelque sorte les chefs d’États et de gouvernements ont décidé de faire une politique commune, soumises à leur approbation et qu’ils peuvent décider ou non d’appliquer de façon totalement libre... De là à s’attribuer les éventuels succès en la matière et rejeter les échecs sur « Bruxelles », il n’y a qu’un pas que Chirac aime visiblement franchir.

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P.-S.

Photo : Commission européenne, 2005

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