
Angela Merkel peut-elle vraiment être satisfaite ? Compte tenu qu’en Allemagne le pouvoir passe moins par la personne que par les partis, la victoire de la chancelière ce dernier dimanche 27 septembre 2009 paraît moins convaincante. Son propre parti conservateur, la CDU, en union avec la conservatrice CSU bavaroise, ne réunit que 33,8% des votes, soit 1,4 points de moins qu’en 2005, son plus mauvais score depuis soixante ans, et loin des résultats d’un Helmut Kohl, toujours nettement au-dessus de 40% jusqu’à sa défaite contre Gerhard Schröder en 1998.
Les Volksparteien en difficulté
Quant à la SPD, la deuxième Volkspartei - « parti populaire » qui prétend héberger et équilibrer une multitude d’orientations en son sein - elle perd un tiers de son électorat, soit 11,2 points et arrive à 23,0% des votes, de loin son plus mauvais score d’après-guerre. Le parti se voit renvoyé à l’opposition après onze ans au pouvoir, onze ans marqués par une fuite colossale de membres et d’électeurs. (Victime lointaine de la défaite : Günter Verheugen qui ne sera pas renommé commissaire européen.)
Les petits partis montés en puissance
En revanche, on voit les « petits » partis atteindre leurs meilleurs scores depuis leur existence. Les Verts, présents sur la scène depuis les années 80, anciens partenaires de Schröder au gouvernement, innovateurs et pragmatiques, arrivent à 10,7% ; Die Linke (« La gauche »), héritière de l’ancien parti communiste de l’est, renforcée par des ralliés de la SPD, sous la direction du très doué Oskar Lafontaine, ancien président de la SPD, de Gregor Gysi et de Lothar Bisky, se présentant comme véritable parti social-démocrate, cauchemar de la SPD, atteint 11,9% des votes ; et les libéraux de la FDP, ancien parti du pouvoir dans la RFA, présent au gouvernement plus longtemps qu’aucun autre parti depuis 1945, regroupe 14,6% des votes, un score spectaculaire.
Les libéraux rentrent dans le jeu
C’est donc avec la FDP de Guido Westerwelle qu’Angela Merkel va former son nouveau gouvernement, la coalition dite « bourgeoise », et mettre fin ainsi à la « grande coalition » avec la SPD. Ce changement de partenaire est radical. La FDP, grand vainqueur de ces élections et en conséquence pleine d’assurance, défend une politique radicale d’économie de marché, marché du travail inclus, et de réductions d’impôts. Alors qu’Angela Merkel défendait cette même politique encore en 2005, elle a pris, pendant les années de la grande coalition, des positions plus sociales-démocrates, qu’elle est apparemment encore prête à défendre - tout du moins en partie.
Plus libéral, mais aussi plus proche des droits civiques ?
Il semble raisonnable de partir de l’hypothèse que la nouvelle politique économique sera plus libérale que pendant les onze dernières années. Au niveau européen, la FDP défend toujours et encore le pacte de stabilité. Par ailleurs, le courant des défenseurs des droits civiques de la FDP exige des changements quant au traitement des données personnelles et en ce qui concerne la législation anti-terroriste. Si cela laisse aussi espérer au niveau européen, conservateurs et libéraux se mettront néanmoins plus facilement d’accord quant à la politique économique…
La CSU rentrée dans le rang ?
Le traité de Lisbonne finalement ratifié en Allemagne la semaine avant les élections, la CSU, ponctuellement euro-sceptique, devrait préférer se tenir calme dans une coalition en principe pro-européenne, les prochaines élections bavaroises ou nationales étant loin. Cela dit, la plainte déposée par Die Linke, le député CSU Peter Gauweiler, notoire euro-sceptique, et d’autres devant la Cour constitutionnelle a amené à un changement des lois d’application du traité de Lisbonne qui donnent dès lors plus de pouvoir aux parlements allemands en politique européenne vis-à-vis du gouvernement. À voir comment les groupes parlementaires de la CSU à Berlin et à Munich réagiront…
Obstruction par la gauche au Bundesrat ?
Après les dernières élections régionales au Brandebourg et au Schleswig-Holstein, tenues également le 27 septembre, la nouvelle coalition détient une faible majorité au sein du Bundesrat, dont les pouvoirs ont également été augmentés par ces mêmes lois d’application du traité de Lisbonne. La majorité dans cette enceinte, représentation des Länder, pourrait pourtant passer à gauche avec les prochaines élections en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, en mai 2010. Si l’opposition choisit, dans ce cas, d’obstruer la politique du gouvernement, cela pourrait donc aussi, de manière générale, encombrer la politique allemande vis-à-vis de l’Europe.
La politique européenne du nouveau gouvernement allemand sera plus libérale, et elle cherchera donc très probablement en premier lieu à renforcer le marché commun, sans tout à fait oublier l’avancement de l’Europe politique. En revanche, le faible taux de participation de 70,8%, le plus faible à des élections générales en Allemagne depuis 1945, ne laisse guère d’espoir pour une prochaine sortie de l’Europe de sa crise de citoyenneté.


